La corruption, c’est l’ADN du capitalisme

Le Kazakhgate est le nouveau feuilleton politico-financier qui empoisonne les politiciens. L’affaire trouve son origine dans l’intervention de l’ancien sénateur MR Armand De Decker, pour faire adopter la loi sur les transactions judiciaires. Cette loi de 2011 permet aux riches qui se sont fait prendre la main dans le sac de payer pour échapper à un procès et à une condamnation en justice. Or, il se trouve que De Decker était à la fois un politicien influent et l’avocat de l’homme d’affaire Patokh Chodiev, qui était poursuivi pour avoir collecté les pots de vins de Tractebel au Kazakhstan. Et ce même Chodiev était au cœur d’une négociation de vente d’hélicoptères entre la France de Sarkozi et le Kazakhstan. L’affaire a été vite conclue : De Decker s’arrange pour faire tomber le procès contre Chodiev, et la France vend ses hélicoptères.
Deux mois plus tard, Chodiev était sorti d’affaire et De Decker empochait 730 mille pour ses services.
Aujourd’hui, les « Monsieur Propre » de la politique font semblant de s’offusquer et clouent De Decker au pilori au nom de la « déontologie », mais surtout pour se distancier d’un collègue devenu encombrant…
Il faut une sacrée dose d’hypocrisie pour s’étonner que des capitalistes puissent corrompre des politiciens. Comme si cette corruption des politiciens, ou aussi des policiers, des magistrats ou des journalistes, n’avait pas toujours fait partie des pratiques parfaitement courantes du capitalisme. Cette affaire rappelle évidemment le scandale qui a éclaté suite aux pots-de-vin versés au PS et au SP lors de l’achat des hélicoptères Agusta par l’Etat belge en 1988. Mais toute l’histoire du capitalisme est remplie d’affaires de corruption liées à des commandes de matériel militaire, de construction de voies ferrées, de centrales électriques ou de toutes sortes de grands travaux publics.
Les politiciens se présentent comme les dirigeants des nations, comme des arbitres garants du respect des lois, mais en réalité ils ne sont que les gestionnaires du système capitaliste. S’ils étaient vraiment « neutres » et impartiaux, alors pourquoi toutes les lois qu’ils font vont-elles toujours dans le même sens, celui de faciliter l’enrichissement des riches, de diminuer leur part d’impôts, de garantir leur droit à exploiter les travailleurs plus durement et plus longtemps ? Les seules lois qui s’imposent aux riches sont celles qui ont été imposées par la mobilisation des travailleurs.
Dans le régime de la démocratie bourgeoise, la richesse exerce son pouvoir de manière indirecte, au travers de l’Etat, des partis et des politiciens. C’est pourquoi ils ne sont ni neutres ni justes. Ce n’est pas une question de tel ou tel parti : ils sont par définition au service du capital.
Les bourgeois payent ces politiciens à la fois de manière légale et illégale. Leurs salaires sont payés par les impôts, c’est à dire par le travail de la population exploitée. En quelque sorte, le patronat laisse aux politiciens les miettes du festin, en échange de leurs bons et loyaux services.
Et les uns et les autres se fréquentent tous les jours. Les patrons ont leurs propres syndicats qui rencontrent régulièrement les ministres pour discuter de leurs affaires ou donner leurs ordres. Localement, ils rencontrent députés et bourgmestres dans les bons restaurants qu’ils fréquentent ensemble. Et puis, les politiciens ne sont pas une espèce à part, ce sont en majorité des médecins, des avocats et toutes autres sortes de professions libérales qui font elles-mêmes partie de la moyenne bourgeoisie. Ils sont du même milieu et de ce fait, entre la corruption passive et active, entre le légal et l’illégal, il n’y a que l’épaisseur d’un cheveu. Ils ne crient au scandale que quand l’un d’entre eux est pris la main dans le sac.
Ces politiciens bourgeois, tous ardents défenseurs du capitalisme qui les nourrit, parlent de déontologie et d’éthique mais leur morale est à géométrie variable. Faire des profits en exploitant des millions de travailleurs, en pillant et étranglant les pays pauvres ; en laissant crever de misère des milliards d’êtres humains pour enrichir une poignée de profiteurs, tout cela ne leur semble pas immoral. Diminuer les impôts des riches pour faire porter tous les coûts sur le dos des travailleurs, c’est pour eux de la justice.
Le capitalisme est construit sur le vol, l’injustice, le mensonge et la corruption. Il n’y a pas moyen de le rendre plus moral ou plus juste. Les seuls qui pourraient le renverser, ce serait les travailleurs, en le remplaçant par une société sans capitalistes et sans profits.

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