Plus que jamais la lutte des classes

Journalistes et intellectuels peuvent bien clamer que les classes sociales n’existent plus et que la lutte des classes est une histoire ancienne, il suffit d’observer la situation sociale pour se convaincre du contraire.
Warren Buffet, l’une des premières fortunes mondiales n’expliquait-il pas « il y a une guerre des classes, c’est un fait. Mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui est en train de la gagner. » La Belgique ne fait pas exception, les conditions d’existence des classes populaires n’arrêtent pas de se dégrader. Depuis quelques semaines, des travailleurs se sont mobilisés chez Ryanair, AviaPartner, Bpost, Mestdagh, etc.
Dans la compagnie irlandaise, les grèves sont fréquentes et un mouvement à l’échelle européenne s’est construit. Suite aux dernières grèves fin octobre, la direction belge s’engageait à faire appliquer la législation locale, plus favorable aux travailleurs et garantissant de meilleures conditions de travail.
Le jour même de la conclusion de l’accord chez Ryanair, ce sont les travailleurs d’Avia Partner qui entraient en grève. Six jours plus tard, la direction a dû céder et passer un accord avec les syndicats. Les travailleurs ont obtenu la transformation de 27 contrats d’intérimaires en CDI, la prolongation de CDD et l’embauche de 40 intérimaires supplémentaires. De plus, alors même que la direction refusait toute intervention pour remédier au matériel défectueux, elle a consenti à débourser 3,2 millions d’euros pour son remplacement.
À BPost, les sous-effectifs et les cadences de travail démentes ont poussé les syndicats à organiser une grève tournante d’une semaine début novembre.
En effet, l’exploitation des travailleurs s’y était fortement aggravée ces dernières années : retour de l’engagement à la journée, chronométrage du tri, allongement des tournées, introduction de nouvelles machines augmentant les cadences, etc. À cette heure, les travailleurs n’ont pas gagné la lutte. Mais ils ont refusé d’accepter l’accord que les syndicats avaient signé avec la direction et les grèves ont continué.
Plus récemment, et sur un mode très différent, des travailleurs manifestent leur opposition à la hausse du prix de l’essence. Les Gilets jaunes comme ils s’appellent, bloquent les routes et les dépôts d’essence. Le mouvement est parti de France et s’est étendu au sud de la Belgique. Mais très vite, les manifestants, pour la plupart des travailleurs, ont exprimé leur ras-le-bol des petits salaires et de ne pouvoir joindre les deux bouts en fin de mois.
Le mouvement s’est organisé à la base, à partir des réseaux sociaux et sans lien avec les syndicats, raison qui explique en partie les réticences syndicales à l’égard des Gilets jaunes. Bodson, le président de la FGTB wallonne, estime aussi que les revendications contre les taxes sont trop partielles, qu’elles ne posent pas le vrai problème des travailleurs, celui des salaires trop bas.
Bodson n’a pas entièrement tort. Les taxes pèsent à la fois sur les travailleurs et sur les petits patrons. C’est la raison pour laquelle les uns et les autres se retrouvent dans le mouvement, sans doute de manière plus importante en France qu’en Belgique. Or, les taxes et les impôts servent de plus en plus à financer les profits des grandes entreprises. Si le gouvernement devait reculer sur les taxes, il se tournerait vers les classes populaires pour les ponctionner un peu plus et combler le manque à gagner pour la grande bourgeoisie.
Des salariés du public ou du privé, des chômeurs et des retraités participant aux blocages ont exprimé qu’ils n’en pouvaient plus des sacrifices et de devoir se serrer la ceinture d’un cran de plus pour se déplacer, ne serait-ce que pour aller au boulot ou pour essayer d’en trouver. Mais, s’ils veulent se battre pour leur droit à l’existence, les travailleurs doivent cibler les donneurs d’ordre : cette classe capitaliste pour laquelle le gouvernement est aux petits soins et qui mène la guerre aux travailleurs.
Aujourd’hui, les manifestants se déclarent apolitiques et par là expriment leur défiance vis-à-vis des partis traditionnels qui mènent tous une politique contre les classes populaires. Mais l’apolitisme est une chimère. Le monde du travail doit mettre en avant ses propres objectifs et se mobiliser sur ses propres revendications.
Pour l’instant on ne peut pas dire quelle direction va prendre ce mouvement. Lorsqu’un ancien membre du parti d’extrême droite de Modrikamen a essayé de lancer un nouveau parti au nom des Gilets jaunes, celui-ci a dû faire marche arrière devant le désaveu exprimé par les portes-paroles du mouvement. Mais hier encore, des militants de Nation, un groupuscule d’extrême droite, ont participé à des blocages.
L’intérêt des travailleurs est de montrer leur indignation sur leur terrain de classe. C’est le meilleur moyen d’empêcher toute récupération par des démagogues.

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