Avant, pendant et après l’épidémie, la lutte des classes continue

Après bientôt deux années de Covid, beaucoup espèrent un « retour à la normale » et il est vrai que les confinements, le masque, le télétravail obligatoire et le Covid Safe Ticket ont été et sont encore un coup de plus porté à une vie déjà difficile. 

Depuis le début de l’épidémie, tout se passe comme si elle était devenue le centre de toute l’activité politique, comme si toutes les décisions étaient prises en fonction de cette situation exceptionnelle. En réalité, pour le patronat, les affaires continuent. Les riches sont toujours plus riches et les travailleurs toujours plus pauvres, « comme avant » pourrait-on dire. Les grandes entreprises ont engrangé des profits comme jamais, les places financières sabrent le champagne.

Et pour « après », la FEB, la Fédération des Entreprises de Belgique, a donné le ton : elle attend du gouvernement qu’il bloque les salaires, y compris l’indexation, alors même que l’inflation galope et que les prix de l’essence, du gaz et de l’électricité ont explosé ! Le patron de l’UWE, l’Union Wallonne des Entreprises, allait dans le même sens le mois dernier, en demandant qu’on durcisse les règles contre les chômeurs.  

Les paroles que le Premier ministre, De Croo, répète à chaque Codeco « prenez-soin les uns des autres » ne concernent évidemment pas les patrons…

La crise sanitaire a servi de prétexte à assouplir les règles qui gênent les patrons, à leur distribuer des aides publiques que le gouvernement compte bien faire payer plus tard aux travailleurs. La sortie de la crise va fournir de nouveaux prétextes à de nouvelles attaques. Les restrictions imposées pendant le Covid vont perdurer si on se laisse faire.

Cette agressivité patronale se traduit aussi politiquement : aux États-Unis, en Allemagne, en France, on voit la droite se durcir. Trump, Le Pen ou Zemmour font beaucoup de bruit autour de leur soi-disant opposition aux élites et leur prétendu intérêt pour le sort des « gens ». En réalité, leur discours de haine sert surtout à diviser les travailleurs, selon leur origine ou leur religion, afin de les affaiblir face à la bourgeoisie. Bien sûr, les partis d’extrême droite, leurs discours racistes, réactionnaires et démagogiques, existent depuis longtemps. Mais depuis les fascismes des années trente, ils n’avaient jamais été aussi forts. 

Leur succès n’est pas un simple effet de mode, c’est le reflet exact du fait que le patronat se sent de plus en plus fort, que le rapport de force est en sa faveur et qu’il ne voit aucun frein à sa politique anti-ouvrière de choc. 

La crise inhérente à cette société accroît inexorablement la concurrence entre capitalistes. En même temps, l’absence depuis des décennies d’un parti révolutionnaire, l’affaiblissement des organisations politiques de la classe ouvrière ouvrent un boulevard aux capitalistes. Ils se sentent pousser des ailes, ne se privent plus de financer et de soutenir ouvertement les partis d’extrême droite. Aujourd’hui, Bolloré, le patron de Vivendi et 10ème fortune de France, ne cache pas son soutien à Zemmour. 

 En Belgique, l’extrême droite reste marginale en Wallonie mais elle a déjà pris de l’avance en Flandre. Mais les attaques contre les travailleurs ne manquent pas : il s’en est fallu de peu que la non-vaccination devienne un motif de licenciement. La direction de Brussels Airlines a menacé d’exiger des astreintes contre la grève du personnel. La condamnation des syndicalistes de la FGTB pour le blocage de l’E40 est aussi un signal d’alarme.

En 2021, les grèves dans des entreprises n’ont pas manqué, mais il n’y a malgré tout pas eu de mouvement d’ensemble. Les syndicats continuent à faire des grèves d’un jour et des manifestations sans suite, en espérant être invités à une table des négociations où il n’y a plus de place depuis bien longtemps. 

La force du monde du travail réside dans son nombre et dans sa capacité à bloquer l’économie, puisque rien ne peut fonctionner dans cette société sans travailleuses et travailleurs. Le patronat a ses partis – il a même tous les partis de son côté. Ce qu’il manque aux travailleurs, c’est un parti qui leur appartienne, qui ne se contente pas de demander des ajustements à la marge, mais qui organise notre force collective pour changer réellement le fonctionnement de la société. C’est le parti que nous cherchons à construire.

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