Editorial

La crise du climat,
c’est celle du capitalisme

Cet été a été marqué par une série de catastrophes climatiques à travers le monde.

A

u Pakistan, les inondations ont déjà fait plus de 1200 morts. Des incendies ont ravagé l’Espagne, la France et la côte Ouest des Etats-Unis. Des fleuves, et non des moindres, ont été quasiment asséchés, tels la Loire, le Rhin ou le Yangtsé en Chine – au point d’être devenus impropres à la navigation ou de réduire à néant la production hydroélectrique. Dans les Alpes, un glacier s’est effondré, un autre a disparu. La canicule qui a frappé toute la planète, de l’Europe à la Chine, a battu tous les records de température et de durée, avec son lot de morts, de sécheresse et de misère.

Dans le même temps, les experts du GIEC ont annoncé que la montée des eaux liée à la fonte des glaciers serait plus rapide que prévue et atteindrait 30 centimètres ce siècle-ci, même si le réchauffement était bloqué au niveau actuel.

Et tandis que des humains meurent de chaleur et de faim, des espèces animales disparaissent à un rythme accéléré.

Ce n’est pas le scénario d’un film catastrophe, c’est le monde dans lequel nous vivons. Ce n’est pas une surprise non plus, le dérèglement climatique est annoncé depuis des dizaines d’années par des scientifiques. Si rien n’a réellement été fait, ce n’est pas parce que les dirigeants politiques et financiers d’ici et d’ailleurs sont sourds, mais parce qu’ils ne veulent pas agir.

Il ne s’agit évidemment pas que de la Belgique, dont les dissensions communautaires ridicules continuent malgré l’urgence. La ministre fédérale du climat, Zakia Khattabi, a bien mis en place un «mécanisme de suivi ». Mais quelles actions vont être suivies ? Pour l’instant, mystère. Cet attentisme reflète ce qui se passe au niveau mondial, où les négociations entre les pays achoppent sur qui va payer quoi.

Pourtant, les moyens ne manquent pas. Nous vivons à une époque où les entreprises sont capables d’organiser la production à l’échelle planétaire : elles extraient les ressources naturelles sur un continent, usinent les pièces sur un autre, effectuent le montage final encore ailleurs, pour vendre ensuite sur les cinq continents. Tous les jours, des milliers d’avions et de navires parcourent la planète en tous sens. La terre est entourée d’une myriade de satellites extrêmement sophistiqués et la Nasa a été capable de placer un télescope ultra puissant à 1,5 million de kilomètres de nous. Technologie, organisation, tout est à notre portée mais, malgré tout, l’humanité est incapable de s’organiser pour cesser de détruire sa propre planète. Ces moyens ne sont même pas utilisés pour contrer les effets actuels du réchauffement. Qu’est-ce qui empêcherait dès aujourd’hui de transporter les gigantesques stocks de nourriture pour nourrir ceux qui meurent de faim ? S’il est possible de maintenir des golfs verts, pourquoi ne le fait-on pas pour les pâturages du bétail ? 

Et puis, pourquoi doit-on continuer à transporter inutilement des marchandises d’un bout à l’autre de la planète ? Le bœuf brésilien en route vers l’Europe croise le bœuf européen exporté au Brésil…

Poser la question, c’est y répondre : c’est le profit, c’est le principe même du capitalisme qui veut que la loi du profit prime sur tout le reste, sur l’humanité, sur la planète elle-même.

Pour cesser de détruire la planète, il faudrait autre chose que les promesses des conférences internationales, il faudrait autre chose que les « petits gestes quotidiens » dont les politiciens moralisateurs nous rebattent les oreilles.

Car c’est là l’enjeu : qui va payer ?  

La Commission européenne a bien parlé de taxer les billets d’avion pour le transport des voyageurs, mais les jets privés et le fret en seront exemptés ! On consomme trop d’eau ? Mais 20% de la consommation est due aux fuites qui perdurent faute d’investissements. On pourrait multiplier à l’infini les exemples qui démontrent que les gros pollueurs, ce sont les grandes entreprises et leurs actionnaires.

Alors, oui, pour cesser de détruire la planète, il faudra arrêter de produire des choses inutiles, même si elles rapportent de l’argent, et investir dans des moyens durables de nourrir, loger et soigner l’humanité. Cela exigera de faire passer le profit après le reste. Les capitalistes ont le pouvoir depuis plus ou moins trois siècles, cela leur a suffi pour démontrer amplement leur immense capacité de destruction et leur incapacité à enrayer la catastrophe qu’ils ont enclenchée. Leur reprendre ce pouvoir est une nécessité vitale. Ça s’appelle une révolution !


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