Editorial

Coronavirus : un système irresponsable

Tous les soirs à 20 heures, des salves d’applaudissements retentissent pour féliciter, à juste titre, les infirmières, les médecins, les pompiers et tous ceux qui se dévouent en première ligne à la lutte contre le coronavirus.

Sophie Wilmès, la première ministre, et Maggie de Block, la ministre de la Santé, ne tarissent pas non plus d’éloges sur le « dévouement remarquable » et le « courage exemplaire » du personnel soignant. Mais dans leur cas, ces remerciements sont bien hypocrites et, au vu du mépris que ce gouvernement a affiché pour les conditions de travail du personnel soignant, ce sont en réalité des excuses qu’il mérite.

Depuis des dizaines d’années, les hôpitaux et les soins de santé en général sont sous-financés. Cela s’est traduit par un manque criant d’infirmières et d’infirmiers dans les hôpitaux, par une diminution du nombre de lits et la fermeture pour « rationalisation » de certaines unités. Avant la crise, les urgences étaient déjà débordées. Les syndicats du personnel et les experts médicaux avaient beau tirer la sonnette d’alarme, tout ce qui comptait alors pour le gouvernement, c’était de faire des économies. Il fallait bien reprendre quelque part ce qu’il donnait aux entreprises sous forme de réductions d’impôts et de charges sociales.

En octobre dernier, le personnel infirmier avait fait grève et manifesté pour le refinancement des soins de santé. Mais à ce moment-là, Maggie de Block a fait la sourde oreille !

Pendant toutes ces années, le personnel hospitalier était tout autant dévoué qu’aujourd’hui. Hier, ils sauvaient des vies mais maintenant ils vont peut-être aussi sauver la tête des ministres en empêchant que l’épidémie ne se transforme en catastrophe totale malgré le manque flagrant de préparation, de matériel et de personnel.

La priorité, disent aujourd’hui les ministres, c’est de s’assurer que les hôpitaux ne soient pas submergés. Mais il aurait fallu y penser avant, alors que le virus s’était déjà répandu en Chine, alors que plusieurs scientifiques avaient déjà mis en garde contre le danger de pandémie. Mais même face au danger, le gouvernement a temporisé, rechignant à engager le moindre centime.

Le résultat est affligeant : il n’y a pas assez de tests, il n’y a pas assez de masques pour protéger le personnel hospitalier et encore moins pour les pompiers, policiers, etc. Les hôpitaux manquent non seulement de masques mais aussi de gants, de désinfectants, de blouses, etc. C’en est au point où certains réseaux hospitaliers font appel aux dons des particuliers.

Le gouvernement prétendait maîtriser la situation, mais, de toute évidence, il n’en est rien.

Ce manque de prévention est criminel. Le gouvernement envoie des femmes et des hommes en première ligne, sans préparation, sans protection, en espérant que leur courage va compenser son impréparation.

Mais les ministres gardent la tête froide : quand De Block libère un milliard d’euros pour que les hôpitaux puissent payer leur personnel, c’est une « avance » et ça veut bien dire que les hôpitaux devront rembourser après la crise. Les problèmes ne sont que reportés. Même dans une situation comme celle-ci, ce gouvernement bourgeois ne veut pas lâcher une miette pour les services publics !

En revanche, l’argent est là pour aider les entreprises : report de charges, aides directes fédérales ou régionales. Elles ont été autorisées à mettre leur personnel en chômage économique, ce qui impose une perte nette de salaire pour tous les salariés concernés. Le gouvernement a demandé aux banques d’être flexibles sur les prêts et s’engage à compenser en partie le manque à gagner des banques. Patrons, ne vous inquiétez pas, le gouvernement veille à la santé de vos profits !

Les mesures nécessaires sont pourtant évidentes : imposer aux entreprises de payer l’intégralité des salaires, y compris aux CDD, réquisitionner les entreprises capables de produire des masques ou tout autres équipements sanitaires et fermer celles qui ne sont pas indispensables.

Quelles que soient les mesures effectivement prises, les travailleurs devront se montrer vigilants car c’est à eux que le gouvernement cherchera à présenter la note après coup, sous prétexte de déficit budgétaire.

Ce sont les grandes entreprises, leurs actionnaires, les banques et les assurances, qui sont assises sur des magots qui se montent en milliards, qui doivent prendre sur leurs profits passés pour financer ces mesures. Cette épidémie n’est devenue une crise que pour une seule raison : l’avarice des bourgeois et l’incurie de leurs gouvernements successifs. C’est à eux de payer maintenant ! Voilà ce qu’il serait légitime d’exiger mais, si on le laisse faire, le gouvernement se contentera de laisser les hôpitaux faire appel à la charité et féliciter les infirmières pour leur courage.

 


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