Editorial

Les vieilles recettes du nouveau gouvernement

Cette fois-ci, il aura fallu 493 jours depuis les élections de mai 2019 pour que les partis politiques se mettent d’accord sur la manière dont ils vont se partager le pouvoir. Toutes les combinaisons ont été envisagées, y compris l’alliance PS-N-VA dont Paul Magnette disait pourtant qu’elle était inacceptable – toutefois, ce n’est pas lui mais le CD&V qui l’a torpillée. Ces seize mois de tractations discrètes ont accouché d’une improbable coalition à sept partis – le PS, le MR, l’Open Vld, le CD&V, Ecolo, Groen et le SP.A – où chacun a durement négocié ses postes de ministres et les points du programme qu’il souhaitait ajouter pour justifier sa participation et présenter des « victoires » à ses électeurs. Le programme qu’ils ont finalement signé en commun est d’ailleurs volontairement vague.

Quoi qu’il en soit, ce sont toujours les mêmes qui jouent et qui gagnent, comme dans un jeu de chaises musicales auquel les travailleurs perdent toujours. 

Certes, il y a quelques nouvelles têtes, mais qui croit encore que cela va changer quoi que ce soit à la politique qui sera menée ? Alexander De Croo, le nouveau premier ministre, est le rejeton d’une famille de politiciens depuis plusieurs générations. C’est un chantre de la privatisation et de l’austérité qui souhaite faire trimer les travailleurs plus longtemps et pour moins cher.

Le CD&V est le parti qui s’est le plus fait prier. Il s’est longtemps focalisé sur la question de l’avortement, dont il refuse la légalisation. Derrière ce symbole se cache sa peur de froisser sa base catholique et réactionnaire, souvent proche de la N-VA et aux yeux de laquelle la coalition semblait trop à gauche ! 

Le PS, lui, malgré ses discours, a montré qu’il ne faisait pas la fine bouche et qu’il était partant pour n’importe quelle coalition. Magnette a affiché sa satisfaction en exhibant comme un succès la revalorisation des pensions minimales. Or, il n’est même pas clair s’il s’agira d’une augmentation à 1500 euros brut ou net. Magnette dit que oui, Bouchez dit que non. Ce qui est certain, c’est que seuls les travailleurs avec une carrière complète de 45 ans y auront droit tandis que les autres, ceux qui ont vécu le chômage, l’intérim ou les temps partiels, devront continuer à se contenter d’une pension misérable. Que les patrons se rassurent, avec ou sans le PS, les pauvres resteront pauvres ! 

Les autres promesses électorales du PS passent à la trappe. Plus question de revenir à la pension à 65 ans, ni sur le « Tax Shift » et autres cadeaux aux entreprises. Quant à la promesse d’un impôt sur les grandes fortunes, elle accouche d’une souris : Magnette a bien précisé qu’il ne toucherait qu’une infime minorité des plus riches. Selon De Croo, cet impôt rapporterait 200 millions. Ce n’est rien par rapport à la fortune des gros actionnaires et ce n’est qu’une miette par rapport au budget fédéral, qui dépasse les 120 milliards d’euros ! 

Le nouveau gouvernement a promis de refinancer les soins de santé. Il aurait été difficile de ne pas le faire après la crise qu’on vient de vivre. Mais les chiffres annoncés sont de très loin inférieurs aux besoins. Il est prévu d’augmenter leur budget de 2,5%, alors que c’est ce qui aurait été nécessaire chaque année depuis vingt ans rien que pour maintenir le système à flot, sans compter la crise du Coronavirus. Or, pendant ces vingt dernières années de gouvernements libéraux, socialistes, socio-chrétiens et autres, le budget des soins de santé a au contraire été raboté au nom de la rigueur budgétaire. Le trou à combler est énorme et cette goutte d’eau ne va pas suffire.

De Croo et Magnette se sont également engagés à augmenter le taux d’emploi à 80%. La question est comment comptent-ils s’y prendre ? les méthodes pour y parvenir peuvent être totalement opposées : remettre les malades de longue durée au boulot et mettre les vieux au travail plus longtemps ou alors créer de vrais emplois ? Même dans cette éventualité, il faudrait créer plus de 600 000 emplois, soit trois fois plus que les 200 000 promis par Verhofstadt en 2003 ou que les 220 000 de Charles Michel avec ses « jobs-job-jobs ». Autant de promesses non tenues vis-à-vis des travailleurs mais qui ont servi de justificatifs pour réduire les charges patronales et augmenter la flexibilité du travail.Le nouveau motto du gouvernement c’est « apporter la modernité ». Moderne, vraiment ? Depuis des décennie la bourgeoisie mène une politique anti ouvrière qu’elle tente de camoufler derrière des promesses creuses. Ce qui serait vraiment moderne, c’est que grâce à leur mobilisation, les travailleurs imposent les mesures d’urgence nécessaires aux classes populaires : augmentation des salaires, interdiction des licenciements dans les entreprises qui font des bénéfices, levée du secret bancaire et ouverture de la comptabilité des entreprises.


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