Editorial

Verbist fraude et l’État regarde ailleurs

L’abattoir Vevibas, propriété du groupe Verbist, trafique les étiquettes et vend de la viande avariée. Les faits sont connus depuis 18 mois, lorsque que le Kosovo a porté plainte. L’Afsca, elle, n’a fermé l’abattoir qu’il n’y a quelques jours. La perquisition a révélé que des travailleurs roumains y travaillaient sans contrat. Le parquet et l’Afsca se rejettent la faute. Et sans doute que les découvertes ne sont pas terminées. L’affaire Vevibas fait suite à une longue série de scandales dans l’industrie alimentaire. Dans les années nonante, le trafic des hormones battait son plein. Il était aux mains d’une véritable mafia qui n’hésita pas, le 20 février 1995,  à assassiner un vétérinaire trop bavard à leur goût, Karel Van Noppen. En 1997 éclata le scandale de la vache folle. Les vaches s’avèrent être nourries avec les cadavres d’autres vaches ! En 1999, ce sont les poulets qui s’avèrent être nourris par des graisses contaminées par de l’huile de moteur, ce qui provoque la grave crise de la dioxine. On ne sait toujours pas aujourd’hui le nombre de cancers qui en résultent.

Dans la foulée, l’Afsca a été créée afin d’assurer la traçabilité de la chaîne alimentaire. Le moins qu’on puisse dire est qu’elle a complètement failli à ses objectifs. Depuis l’époque, il y a eu la crise de la grippe aviaire, le cheval dans les lasagnes, les œufs au fipronil, etc. La liste n’est pas exhaustive et est certainement loin d’être finie.

A chaque fois, le principe de précaution n’a pas été respecté par l’État, les industriels ont fraudé, l’organisation des contrôles a été défaillante et les autorités ont souvent tenté de cacher les faits tant elles portent de responsabilités dans ces catastrophes. Ces scandales qui touchent l’alimentation choquent particulièrement la population occidentale. La nourriture a toujours été considérée comme sacrée dans les sociétés humaines. Essentielle à la survie de l’homme elle méritait d’être traitée avec respect. Même dans cette société capitaliste, il reste quelque chose de cette culture comme si l’exploitation et la course aux profits s’arrêtaient à la porte de l’étable. Bien évidemment, ce n’est pas le cas !

En occident, là où les gouvernements sont élus par des élections plus ou moins démocratiques, il y a aussi, bien tenace, l’illusion que l’État est au service de la population, qu’il est garant des intérêts communs, au-delà des oppositions entre capitalistes et travailleurs. Bien évidemment, ce n’est pas non plus le cas. L’État bourgeois n’est pas là pour réfréner l’exploitation capitaliste, pour la maintenir dans des limites raisonnables qui ne mettraient pas en danger la vie des populations. Il n’est pas là pour chasser les fraudes des capitalistes, ni même pour garantir la sécurité sanitaire. L’État n’a pas pour fonction de garantir la justice entre les hommes, de contrer les contournements de la loi par les capitalistes, alors même que ces lois sont faites pour eux et eux seuls.

Si rien ne semble fonctionner, surtout en Belgique diront certains, si les institutions publiques fonctionnent à l’envers et ne parviennent pas à remplir les tâches auxquelles elles sont pourtant destinées, c’est qu’en réalité elles ne sont pas ce qu’elles prétendent être. Dans une société capitaliste, l’État et toutes ses institutions forment un organisme qui assure le pouvoir de la bourgeoisie sur le prolétariat. L’État, c’est l’État de la bourgeoisie. Alors évidemment, que les budgets des services publics soient toujours insuffisants est dans l’ordre des choses. Le patronat ne veut pas payer pour les services publics à moins qu’ils ne soient indispensables à la réalisation des profits. Il n’est donc pas étonnant que l’État soit gangréné par la corruption, petite et grande, que ses institutions se fichent comme de l’an quarante de remplir leurs objectifs. Il n’y a pas d’erreur sur la marchandise.

Prenons l’exemple de la police, institution fondamentale s’il en est. Elle n’est pas là pour défendre la veuve et l’orphelin. Jusqu’au bas de l’échelle, chaque fonctionnaire en a l’intuition. L’illusion d’être au service du bien commun n’est jamais totale. Alors celui qui se sert au passage ou fait mal son travail n’a pas l’impression de dépareiller dans le paysage.

Bien sur, Verbist s’est enrichi au passage. Mais que l’État se fiche des conséquences est bien plus parlant sur ce qu’est cette société. Ce qu’il nous faut, c’est un État au service des travailleurs. C’est seulement alors que nous pourrons chasser les fraudes et les malversations. Seul l’État des travailleurs aura à cœur que les choses se passent au mieux pour la collectivité et pourra y consacrer toute son énergie. Et ça camarade, ça ne va pas sortir des urnes !


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