Editorial

Les augmentations ne se gagnent pas sur le papier mais dans la rue

La FGTB appelle à une manifestation nationale ce vendredi 24 septembre contre la loi sur la marge salariale.

Cette loi, votée en 1996, vise à limiter les augmentations de salaires en Belgique en les alignant sur les salaires des pays voisins. Depuis lors, chaque année, l’augmentation des salaires que peuvent demander les salariés est limitée par la loi. Ce système a été mis en place sous le gouvernement Dehaene 2 auquel participait le PS. La loi a été durcie en 2017 par le gouvernement Michel et la norme salariale est devenue impérative alors qu’elle était auparavant indicative.

Ces lois sont toujours présentées comme devant servir à protéger l’emploi. C’est grotesque car cela veut dire que si les travailleurs ne trouvent pas d’emploi, c’est parce qu’ils demandent des salaires trop élevés et qu’il est donc logique que les patrons cherchent ailleurs des salariés qui leur coûteront moins cher. Toute la logique de ces lois injustes est que les travailleurs peuvent bien limiter leur salaire alors qu’il est inimaginable de demander aux patrons de limiter leurs profits.

La même chose est vraie pour les pensions : les travailleurs peuvent bien accepter de travailler deux ans de plus, mais jamais un gouvernement ne demandera au patronat de cotiser plus, parce que tous les efforts de tous les gouvernements vont justement dans le sens de réduire les cotisations patronales.

Ce que la loi sur les salaires de 1996 a de particulier, c’est d’ériger en règle de base le principe de la concurrence entre les travailleurs des différents pays. Il n’était évidemment pas nouveau que les patrons utilisent les différences de salaires entre pays pour mettre les travailleurs en concurrence, mais la loi en a fait la règle : pour sauver leur emploi, les travailleurs d’un pays doivent être moins chers que ceux des pays voisins.

Même si la FGTB est seule à appeler à la manifestation du 24 septembre, les autres syndicats demandent eux aussi une modification de la loi. Mais leurs demandes à tous se limitent essentiellement à revenir à avant 2017, quand la marge de négociation était plus souple, et à changer les règles de calcul. La CSC souhaite, une « discussion honnête » pour fixer la norme. La FGTB, comme la CGSLB, voudraient intégrer d’autres éléments dans le calcul. Aucun des trois ne remet en cause le principe même d’une norme salariale, tous acceptent le principe que les travailleurs doivent se plier à la concurrence voulue par le patronat. Alors que les syndicats prétendent unir tous les travailleurs et mettre en avant la solidarité de tous, ils trouvent normal que les travailleurs belges doivent coûter moins cher que leurs voisins. Certes, aucun syndicat ne le dit aussi crûment, mais quand ils avancent comme argument que les travailleurs sont plus productifs en Belgique qu’en France ou en Allemagne pour justifier un assouplissement de la norme, cela veut bien dire qu’ils rentrent dans le jeu de la concurrence capitaliste.

Alors, oui, il faut participer à cette manifestation, il faut nous mobiliser contre cette loi qui maintient des millions de travailleurs la tête sous l’eau. Mais pas pour la remplacer par une version adoucie qui redonne simplement l’illusion que les syndicats vont pouvoir obtenir quelque chose de la part du patronat simplement parce que la loi a changé. 

Il n’y a pas de « discussion honnête » possible avec le patronat car son seul objectif est la maximisation des profits. C’est à ce niveau que se place la concurrence entre les entreprises, à celle qui en fera le plus, sous peine d’être exclue du marché des capitaux. Cette concurrence capitaliste élimine toute possibilité d’un équilibre entre patronat et travailleurs. Cela supposerait qu’il existe un niveau de profit « raisonnable » qui mettrait tout le monde d’accord. C’est une illusion.

Donc, même si la loi changeait comme le demandent les syndicats, ça ne voudra certainement pas dire que les salaires vont augmenter ! Loi ou pas, le patronat cherchera encore et toujours à raboter les salaires, éviter les taxes, réduire ses cotisations sociales, etc. Contrairement à ce que laissent entendre les syndicats, ce ne sont pas les lois qui font la force du patronat, mais à l’inverse, c’est la faiblesse du monde du travail qui permet au gouvernement de graver les dictats patronaux dans la loi. 

Pour que cela change, il faudra nous imposer au patronat, par des grèves et des mobilisations. Les augmentations ne se gagnent pas sur le papier mais dans la rue.


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