Editorial

A quoi servent les élections ?

Les résultats des élections communales ont montré un ras-le-bol général envers la politique des partis qui se partagent le pouvoir depuis des dizaines d’années. Pour le MR, ça a été la douche froide, il se casse la figure un peu partout et n’a plus, par exemple, que deux mayorats à Bruxelles au lieu de six auparavant. Charles Michel a beau crier sur tous les toits que tout va bien en Belgique, il semble que seuls les plus riches sont d’accord avec lui et que les couches populaires, qui ne vivent pas dans les discours mais dans une réalité bien moins dorée, ont marqué clairement par leur vote qu’elles n’étaient pas dupes.
Même s’il n’est pas au gouvernement fédéral, le PS baisse aussi. Il paye sa complicité avec la politique d’austérité et ses magouilles à la région wallonne.
Au sud du pays, la désaffection pour les grands partis a essentiellement profité à Écolo et au PTB. Dans ce dernier cas, il est clair que cela représente une aspiration à une politique plus sociale.
Cependant, l’agitation médiatique a fait place aux négociations discrètes entre les partis pour décider entre eux comment se partager le pouvoir. Et soudain, les ennemis d’hier deviennent les « partenaires » de demain !
L’attention s’est surtout portée sur les négociations entre le PS et le PTB et principalement à Molenbeek, Charleroi et Liège où le PS, majoritaire, a proposé au PTB d’entrer dans une coalition. Les négociations n’ont abouti nulle part et chacun des partis a accusé l’autre de mauvaise foi et de manipulation. Le PS accuse le PTB de ne « pas prendre ses responsabilités » tandis que le PTB accuse le PS de ne pas vouloir suffisamment prendre en compte ses revendications.
Que le PS soit de mauvaise foi dans l’affaire ne surprendra personne. Il compte bien discréditer le PTB soit en le mouillant dans la gestion des affaires et en l’intégrant comme satellite du PS, soit en le faisant passer pour irresponsable. Le PS espère ainsi garder le monopole des voix de la classe ouvrière et continuer à se présenter comme la seule alternative « crédible » aux partis ouvertement pro-patronaux comme le MR.
L’idée d’une alliance des partis de gauche peut paraître séduisante à première vue pour les travailleurs. En réalité, c’est une impasse. Cela revient à imaginer que si des politiciens sincèrement de gauche arrivaient au pouvoir, ils pourraient gérer le capitalisme de façon plus sociale et plus humaine, que le capitalisme deviendrait du coup plus supportable pour les exploités.
Au contraire, toute l’histoire du monde du travail a montré que ce n’était pas possible. Et ce n’est pas par hasard ! Les travailleurs et le patronat ont des intérêts tout à fait opposés : les uns veulent vivre décemment, les autres sont prêts à tout pour augmenter leurs profits, en bloquant les salaires, en esquivant l’impôt, en réduisant les effectifs, en utilisant de la main d’œuvre sous-payée, en trichant, en polluant, tout est bon !
Aucun politicien, même sincère, ne peut s’opposer au rouleau compresseur économique du capitalisme. L’État est de toute façon un rouage du système et les politiciens ne sont pas là pour contrarier le capitalisme mais pour le faire fonctionner.
Il n’y a qu’une manière d’empêcher le patronat de nuire, c’est de lui opposer l’unique force à sa mesure : celle de la grève et des manifestations des travailleurs. Seule une menace sur leurs profits et leur pouvoir peut faire suffisamment peur aux bourgeois pour qu’ils reculent. C’est ce que les salariés de Ryanair et Avia Partner ont montré récemment, à leur échelle bien sûr.
Voilà pourquoi ce front de gauche PS-PTB est une impasse pour le monde du travail. Le PTB, qui connaît très bien l’histoire et qui se prétend du côté des travailleurs, contribue à une énième répétition de la même illusion qui mènera aux mêmes déceptions.
Pour nous communistes, si les élections servent à quelque chose, ce n’est pas à envoyer des représentants des travailleurs dans les institutions bourgeoises. Car ils ne pourront rien changer. Ce n’est pas là que les choses se passent et que s’exerce le vrai pouvoir. Les élections servent à populariser les idées révolutionnaires et à défendre un programme politique pour la classe ouvrière. Elles sont l’occasion pour les travailleurs de se rassembler autour du drapeau de la révolution et de se compter. Et si des militants communistes sont élus, ce n’est pas pour participer à la gestion des affaires mais pour dénoncer les arrière-cours de la société capitaliste et la politique de la bourgeoisie à tous les niveaux de pouvoir.
Oui, pour que les choses changent, il faudra une révolution qui mette en place une société réellement démocratique, débarrassée du capitalisme, où les travailleurs décideront ensemble de tout ce qui les concerne, de l’économie à l’écologie, de l’éducation aux soins de santé et aux loisirs.


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