Editorial

La drogue, fléau du capitalisme

Bruxelles a été le théâtre d’une série de fusillades au cours des derniers mois. Il y en a eu à Forest, Saint-Gilles, Molenbeek, Laeken, Anderlecht et Saint-Josse. A chaque fois, il y a eu des blessés, parfois des morts.
La plupart d’entre elles ont été attribuées au trafic de drogues et, depuis, les habitants des quartiers où cela s’est produit vivent dans un climat de peur. Ils craignent à juste titre que cela se reproduise et qu’eux ou leurs proches se retrouvent victimes d’une balle perdue. Beaucoup d’entre eux dénoncent les points de deal qui sont autant de lieux où la violence règne, sous une forme ou une autre.
Le Conseil National de Sécurité s’est réuni le 27 mars, mais les mesures annoncées par le gouvernement ne sont évidemment pas à la hauteur des problèmes : renforcer la coordination des services de police et expulser les dealers étrangers ne suffira pas. Quand bien même de nouveaux policiers seraient recrutés, ces mesures sont inefficaces car axées exclusivement sur la répression.
Cette politique ne fonctionne pas ; ni en Belgique – cette dernière a déjà augmenté les effectifs policiers et douaniers –, ni ailleurs. La France, par exemple, qui est le pays le plus répressif d’Europe est aussi celui où la consommation est la plus forte ! L’augmentation actuelle de la violence est elle-même la conséquence des attaques récentes contre les milieux de la drogue, qui ont eu pour effet de l’éclater en une myriade de petits réseaux qui luttent chacun pour leurs territoires. La répression ne règle rien, elle ne fait que déplacer le problème. Si elle fonctionnait, il y aurait moins de drogues en circulation ; or, de toute évidence, ce n’est pas le cas.
Dans de nombreux pays, y compris aux USA où la répression a longtemps été la seule approche, c’est la légalisation qui a fait diminuer la violence dans les États où elle est mise en œuvre.
D’ailleurs, cette vision répressive n’est pas neutre : elle fait porter le chapeau aux consommateurs au lieu de chercher à les soigner. Pour quelques usagers « récréatifs », combien y a-t-il de personnes devenues dépendantes, qui auraient bien plus besoin d’être aidées que jetées en prison ?
Bien sûr, une approche basée sur la prévention exigerait de dégager des budgets pour traiter les victimes d’addiction. Il est bien plus facile et moins onéreux de les accuser de tous les maux !
Et surtout, la prévention exigerait de reconnaître que les addictions sont un problème social et pas le simple résultat de choix individuels. L’alcoolisme, la toxicomanie et l’addiction aux médicaments se nourrissent de l’angoisse du lendemain, des rythmes de travail et de vie insoutenables, de la mise en concurrence au travail et des pressions répétées qui minent une grande partie de la population laborieuse, parmi laquelle de très nombreux jeunes.
Le sentiment d’impuissance et de désespoir devant l’inhumanité de cette société pousse à la recherche de paradis artificiels, qui ne sont paradisiaques que le temps d’un plaisir fugitif, suivis de l’enfer du manque.
Lutter à la racine contre les addictions, c’est donc aussi lutter contre l’exploitation de la population par les capitalistes.
Or, pour eux, la drogue est aussi un juteux business, en commençant par les drogues légales que sont le tabac et l’alcool. Les fabricants de cigarettes et les producteurs d’alcool sont déjà sur les rangs pour prendre des parts dans le marché du cannabis. Et que dire de ces firmes pharmaceutiques dont les opioïdes comme le fentanyl ont fait des centaines de milliers de victimes. Ces marchands de mort ont pignon sur rue et ont leurs entrées dans tous les gouvernements pour maintenir leur droit à empoisonner. Cela n’est pas nouveau et on pourrait remonter au XIXe siècle, quand les entreprises anglaises ont introduit l’opium en Chine, transformant la consommation récréative d’une minorité en catastrophe faisant des millions de victimes. Tout ça avec l’appui de l’armée anglaise, qui est intervenue quand le gouvernement chinois a tenté d’interdire la vente de l’opium.
Si les capitalistes avaient le moindre souci de la santé des travailleurs, cela se saurait !
Dans sa quête de profits, le capitalisme se nourrit de tout, même du plus nuisible, des engins de mort aux produits toxiques, pourvu que ça rapporte ! C’est bien le signe de son pourrissement. C’est pourquoi la prévention ne peut être que radicale, par un changement profond de la société, qu’il faut remettre sur ses pieds et faire fonctionner d’abord au service de l’humanité.


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