Editorial

La violence contre les femmes : reflet de la barbarie de notre société

Ce dimanche 24 novembre, 10 000 personnes, hommes et femmes, ont manifesté à Bruxelles à l’occasion de la journée internationale contre les violences faites aux femmes. Des manifestations similaires ont eu lieu dans la plupart des grandes villes des cinq continents.
Ces manifestations expriment un ras-le-bol légitime. Rien qu’en Belgique en 2019, trente-sept femmes ont été tuées par leur compagnon ou un proche. En France, ce nombre atteint les 131, soit une femme tuée tous les deux jours. Mais en proportion de la population, le problème est deux fois plus grave en Belgique.
Ce qui choque encore plus est que dans la plupart des cas, la police et la justice n’ont rien fait alors qu’elles étaient informées du comportement violent du mari.
En Belgique, 80% des plaintes des femmes pour violences conjugales sont classées sans suite, comme si les coups et violences étaient moins grave quand ils sont portés par le mari. On comprend dès lors que la plupart des femmes renoncent à porter plainte, y compris en cas de viol.
Comme s’il en fallait une preuve de plus, ce 27 novembre, trois jours à peine après cette manifestation, une trente-huitième femme a été tuée à coups de poings par son mari violent et alcoolique. Elle avait porté plainte mais il avait été remis en liberté sans que rien ne soit fait pour la protéger.
Le féminicide est le sommet de la violence masculine contre les femmes, mais cette violence commence par les comportements quotidiens, les sifflets, les sales blagues, les mains aux fesses, tout autant d’actes de violence quotidienne qui sont considérés comme « pas bien graves » par les hommes mais qui montrent aux femmes, depuis leur plus jeune âge, qu’elles n’ont pas leur place dans cette société masculine.
Toute la société renvoie les femmes à leur statut d’inférieures. Jusqu’en 1948, elles n’avaient pas le droit de vote en Belgique et ce n’est qu’en 1958 qu’elles ont enfin obtenu l’égalité devant la loi. Cette égalité en droits ne s’est toujours pas traduite dans la pratique économique : les femmes gagnent toujours moins que les hommes et elles ont moins accès aux postes de direction. Et même si ce n’est qu’une coïncidence liée au départ de Charles Michel, il aura fallu attendre 2019 pour qu’une femme soit Première ministre en Belgique.
Pour les communistes, l’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas une revendication... car cette égalité est un fait. Car il n’y a aucune raison que les différences sexuelles et biologiques impliquent une inégalité sociale. Ces inégalités ne sont pas naturelles, elles n’existaient pas à l’origine de l’humanité et sont apparues tardivement, après la découverte de l’agriculture, l’apparition de la propriété privée et des sociétés d’exploitation, esclavagiste, féodale puis capitaliste.
Le développement du capitalisme a encore accru la domination et la détresse des femmes. Les crises économiques catastrophiques qui se succèdent depuis des dizaines d’années ont fait reculer le monde du travail, aggravé sa misère et sa précarité. Les femmes en ont subi les premières conséquences, ce sont les premières à devoir se contenter d’intérims, d’horaires coupés et de temps partiels.
Ces reculs ont favorisé jusqu’à présent les idéologies réactionnaires des Trump, Salvini et autres Vlaams Belang, qui en rajoutent une couche avec un discours ouvertement contre les droits des femmes. Ce n’est pas par hasard si la N-VA et le Belang se sont retrouvés la semaine dernière aux côtés du CD&V pour voter contre la dépénalisation de l’avortement : ces messieurs veulent contrôler le corps des femmes qu’ils jugent mineures et tout justes bonnes à faire la vaisselle et à porter leurs enfants.
Tout ce que proposent les partis c’est de mettre le féminicide dans le code pénal. Cela ne coûte rien et surtout cela ne sert à rien. Il serait bien plus utile de protéger les femmes en détresse plutôt que de condamner leurs maris une fois qu’elles sont mortes...
Mais même si le gouvernement mettait plus de moyens, cela ne suffirait pas à mettre un terme à la violence faite aux femmes car elle n’est qu’un des sous-produits barbares d’une société elle-même foncièrement barbare. L’injustice, la violence, la prostitution, l’exploitation de la précarité des plus pauvres – tout cela fait partie de l’ADN du système capitaliste. Toutes ces tares indignes de l’humanité, ne pourront disparaître qu’avec le renversement de ce système.


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