Editorial

La grève est l’arme politique des travailleurs

N’en déplaise au patronat et au gouvernement à son service, la grève du 10 octobre a été largement suivie.
Aux TEC et à la Stib, aucun bus n’a circulé, dans les écoles où à la poste, dans les communes, les CPAS, les intercommunales, les prisons, à la SNCB, des centaines de milliers des travailleurs du service public ont cessé le travail. Le secteur de la métallurgie s’est joint à eux, et Audi, Clabecq, la Sabca, étaient à l’arrêt, parmi d’autres. La participation varie évidemment en fonction des régions. A Verviers, quelques centaines de grévistes sont allés de service en service pour appeler leurs collègues à la grève.
Pourtant, les conditions n’étaient pas favorables. Seules la CGSP et une partie de la FGTB appelaient à faire grève tandis que les autres directions syndicales veulent « attendre », attendre quoi ? On se le demande… mais le résultat est la division et cela est forcément démoralisant.
Cette grève a subi dès son annonce un feu croisé de tous les alliés de la bourgeoisie, gouvernement, FEB, journalistes, tous ont accusé ce mouvement d’être « irresponsable », minoritaire et dénoncé la grève comme étant une « grève politique ». Sans compter les menaces d’astreintes en cas de blocage des voies.
Charles Michel a même prétendu qu’il ne savait pas pourquoi les travailleurs faisaient grève. Et il a ressorti la rengaine des grévistes qui prennent les étudiants et les navetteurs en otages ; et, le jour même de la grève, il a brandi la menace du service minimum, l’arme patronale contre les grèves dans les services publics.
Tout ce blabla n’a qu’un but : discréditer la lutte des travailleurs pour défendre les services publics.
Le gouvernement suit son programme : réduire les budgets des services publics au détriment des usagers, transports insuffisants, routes dégradées, hôpitaux à la dérive, etc. Il réduit aussi les budgets sociaux en reportant l’âge de la retraite et en réduisant les allocations de chômage. Dans le même temps, et grâce à ces coupes budgétaires, les impôts des riches et des entreprises sont réduits à leur plus simple expression. La seule différence par rapport au gouvernement PS qui l’a précédé, est qu’il se donne encore moins la peine de maintenir une illusion de concertation avec les syndicats. Mais dans le fond, la politique est la même.
Et c’est toute la population laborieuse qui est prise en otage de cette politique, c’est elle qui est rackettée, une première fois par les patrons et une deuxième par l’Etat à leur service.
Face à ces attaques systématiques et répétées les travailleurs ont une arme : la grève.
La concertation n’a jamais rien apporté aux travailleurs car le patronat ne cède que face à la menace.
Les élections n’ont jamais permis aux travailleurs de d’imposer au gouvernement une politique qui soit réellement en leur faveur.
La seule manière que les travailleurs ont d’influencer la politique des patrons et celle des gouvernements, est de se mobiliser pour rappeler que sans eux, rien ne fonctionne et qu’ils n’ont pas peur de tout bloquer pour se faire respecter.
En ce sens, la grève est toujours une arme « politique ». Ce sont les faux-amis des travailleurs qui prétendent qu’il ne faudrait pas faire de grève politique. Selon eux, les travailleurs n’auraient le droit de grève que pour défendre leur salaire ou leurs emplois. Au-delà des revendications concrètes, c’est la chasse gardée des politiciens.
Pour les partis de droite, les travailleurs doivent tout sacrifier sur l’autel des profits. Pour les autres, les travailleurs sont juste bons pour voter pour qui va les plumer, mais dès qu’ils veulent exprimer réellement leur volonté, dès qu’ils franchissent la ligne rouge du syndical au politique, alors ils remettent en cause la hiérarchie du pouvoir. Et ça, les faux-amis des travailleurs ne le veulent pas plus que les autres.
Tout le monde sait qu’il ne suffira pas d’une grève pour changer les choses. Il faudra que la mobilisation atteigne un seuil tel que le gouvernement et les bourgeois aient à nouveau peur des travailleurs, comme ils ont eu peur en 1960, en 1936 en France, ou en 1917 en Russie. Même si cette grève n’a encore rien changé, elle a au moins montré que les travailleurs sont encore capables de se mobiliser, et elle peut leur donner confiance en eux pour les luttes à venir.


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