Editorial

Frontières fermées, migrants refoulés : s'opposer à la barbarie du capitalisme

Après l’Aquarius, le Lifeline, navire d’une ONG allemande, est à son tour bloqué en mer avec 230 migrants qu’il a secourus au large de la Libye. Les gouvernements italien et maltais refusent de le laisser accoster. La Belgique accepte de recevoir 15 personnes maximum, mais uniquement ceux avec un « haut potentiel de reconnaissance » dixit Francken, c’estàdire ceux qui seront reconnus comme demandeurs d’asile. On assiste de nouveau à cette situation insupportable où des femmes, des hommes et des enfants, après avoir traversé l’enfer, sont coincés aux portes de l’Europe.
En Italie, le ministre de l’Intérieur d’extrême droite, Salvini, utilise les migrants pour faire une démonstration de fermeté. Non sans ajouter des propositions dignes des lois raciales du régime fasciste de Mussolini, comme celle de ficher les Roms.
Les demandeurs d’asile errent de campements provisoires en centres d’accueil saturés. Francken dit qu’il faudrait pouvoir refouler les bateaux de migrants et contourner l’article 3 de la déclaration des droits de l’homme qui interdit le refoulement des navires. Pour lui, les ONG qui secourent les migrants en Méditerranée font du trafic d’êtres humains et aident la mafia. S’il s’est vaguement rétracté, la justice l’a bien compris et emboîte le pas : quatre personnes, dont deux journalistes sont poursuivies pour avoir aidé et hébergé des migrants du parc Maximilien.
Les dirigeants européens n’ont que le mot « solidarité » à la bouche. Une solidarité à l’image de la société qu’ils défendent ! C’est une série de calculs sordides, pour accorder l’asile à un minimum de migrants et en refouler le plus grand nombre, pour les parquer le plus loin possible de cette Europe des riches. Quitte à ce que la pauvreté s’ajoute à la pauvreté, comme au Niger, vers lequel des dizaines de milliers de migrants sont reconduits, ou au Liban, dont un habitant sur six est un réfugié.
Depuis des années, l’Europe soustraite le rôle de gardes-frontières à des dictateurs et des bandes armées, au Soudan ou en Libye ! Ils y subventionnent l’implantation de camps où les migrants sont soumis à la torture, au viol, à l’esclavage. Du coup, la proposition récente de construire des camps de triage des migrants en Europe, dans les pays où ils arrivent, passerait presque pour humanitaire !
Le sort réservé aux migrants illustre la barbarie de cette société capitaliste. L’écrivain Roberto Saviano a écrit que d’ici un siècle, devant les centaines de corps au fond de la mer, on se demandera « quelle guerre s’est jouée là ? ».
Une partie des migrants qui perdent la vie dans ces traversées fuient effectivement des massacres derrière lesquels on retrouve la main des grandes puissances. D’autres fuient la misère. Et les dirigeants des pays riches osent justifier un tri entre les migrants qui ne veulent pas mourir sous leurs bombes et ceux qui refusent la misère que leur domination provoque !
Le capitalisme, c’est la guerre permanente, y compris sur le terrain économique, comme le rappelle la guerre commerciale que se livrent aujourd’hui les pays les plus développés. La concurrence exacerbée sur un marché rétréci entraîne des tentations protectionnistes, qui sont présentées faussement aux travailleurs comme un moyen de protéger leurs intérêts. Mais le protectionnisme attise une concurrence dont ils sont toujours victimes. Les taxes aux frontières se répercutent sur les prix des marchandises et c’est la double peine pour le monde du travail ! Car on paie en tant que consommateurs et en tant que travailleurs, sommés d’être plus « compétitifs » pour faire face à la concurrence.
La guerre des capitalistes entre eux se fait sur l’exploitation des travailleurs et sur la peau de l’immense majorité de la population. Ne nous laissons pas entraîner dans une logique qui veut opposer entre elles les victimes de cette société folle !


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