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Il n’y a pas de feu sans fumée…

Un incendie dans les tunnels de la Gare du Nord a suffi à paralyser la plus grande partie du réseau ferroviaire, toute la journée du 14 mai dernier. D’Anvers à Namur des centaines de trains ont été annulés.
La direction de la SNCB a aussitôt accusé un SDF d’avoir commis un acte de « vandalisme ». Il semblerait – mais ce n’est même pas encore prouvé – que le SDF en question cherchait simplement à se réchauffer avec un feu de bois.
Ce qui est scandaleux, c’est que dans la très riche Belgique, il y ait encore des gens condamnés par la misère à vivre dans des tunnels !
Quant aux pontes incompétents de la SNCB, avant d’afficher leur mépris pour les pauvres, ils devraient expliquer comment un simple feu de bois peut paralyser des centaines de trains et des millions de passagers.

Salaire minimum, profits maximums

La FGTB a organisé une journée d’action ce 14 mai pour demander une augmentation du salaire minimum à 14 euros de l’heure. La réaction patronale ne s’est pas fait attendre : selon l’Union des Classes Moyennes, ce serait la faillite pour les entreprises et la FEB renchérit en affirmant que ce serait néfaste pour la création d’emplois. C’est l’éternel chantage à l’emploi. Les grandes entreprises se vantent pourtant d’accumuler les bénéfices, elles ont donc de quoi payer de meilleurs salaires ! Et puis, d’où viennent ces bénéfices sinon du travail des salariés ? Ce ne serait que justice qu’ils en reçoivent une plus grande partie. Et pendant que ces patrons pleins aux as pleurnichent sur leurs profits, des centaines de milliers de travailleurs survivent avec des salaires à la limite de la misère.

Après les élections, la lutte continue

Un résultat des élections qui est rarement commenté : le nombre d’électeurs qui n’ont pas voté ou ont voté blanc.
Ils sont 1,4 millions, soit 17% des inscrits auxquels il faut ajouter tous les travailleurs qui n’ont même pas le droit de vote, ce qui fait encore 900 000 de plus ! Au total ce sont 25% des adultes en âge de voter qui n’ont pas pris part à ces élections. C’est plus que le score des socialistes et des libéraux réunis au niveau national ! Tous les chiffres officiels des pourcentages de votes « exprimés » occultent complètement cette partie de l’électorat.
Tous les partis qui ont participé au pouvoir à un quelconque niveau que ce soit ont été sanctionné par les électeurs. Les socialistes, les libéraux et les sociaux chrétiens perdent chacun des centaines de milliers de voix. Il y a quatre ans, les partis représentant ces grandes familles politiques, y compris la N-VA, totalisaient 77% des voix. Le 26 mai, ils ne représentaient plus que 61% des voix ! Ce résultat reflète le dégoût de la politique menée par les gouvernements nationaux et régionaux. Et même si le PS était dans l’opposition, cela n’a effacé ni les années de complicité dans la répression contre les chômeurs, ni les affaires dans lesquelles il a trempé jusqu’au cou.
Le désaveu des politiques anti-ouvrières menées ces dernières années s’est incontestablement exprimé par un vote massif pour les listes PTB qui ont obtenu au parlement plus de 8% des voix sur l’ensemble du pays. Le gouvernement a fait des mécontents même parmi la petite bourgeoisie, dont une partie a préféré voter écolo.
Un autre fait marquant a été la progression du parti flamand d’extrême droite, le Vlaams Belang, qui a récolté 800 000 voix. Ce parti donne avec la N-VA une majorité nationaliste de droite en Flandre tandis qu’au sud du pays ce sont les partis dits « de gauche » comme le PS, le PTB et Ecolo qui obtiennent la majorité. C’est ce qui a fait dire aux commentateurs politiques que la Belgique était coupée en deux et Bart de Wever en a tiré un argument supplémentaire pour justifier le séparatisme.
Or il y a au nord comme au sud du pays, à la fois des bourgeois qui votent en toute conscience pour la droite, pour l’Open VLD et le MR, la N-VA ou le VB, mais aussi des travailleurs qui s’inquiètent pour leur emploi, leur pension et l’avenir de leurs enfants et pour qui il est beaucoup moins évident de savoir pour qui voter.
Les travailleurs ne sont pas plus à droite en Flandre qu’à gauche en Wallonie. Mais l’expression du rejet de la politique du gouvernement par les couches populaires ne peut s’exprimer qu’à travers des partis existants. Du coup, il a pris en Flandre une coloration nationaliste, anti-immigrés et socialement rétrograde. Cela ne signifie pas qu’il n’y ait pas de régionalisme ou de racisme au sud du pays mais il n’y a pas aujourd’hui de parti important qui exprime ces idées de manière aussi ouverte. Dès lors, le mécontentement des travailleurs francophones s’est plutôt exprimé en votant sur des programmes qui expriment les préoccupations économiques ou sociales qui départagent le PS et le MR, et le rejet s’est exprimé par le vote PTB.
Prétendre que les travailleurs de telle ou telle région seraient plus à droite ou à gauche est une manière hypocrite d’entériner les discours régionalistes qui cherchent à les diviser. Au contraire, le problème du monde du travail aujourd’hui c’est surtout l’absence d’un parti communiste qui représente réellement les intérêts des travailleurs dans leurs luttes, quelles que soient leur langue ou leur origine.
Maintenant que la fièvre électorale est retombée, les partis sont passés aux habituelles négociations en vue de former des coalitions. Finis les grands discours, chacun met de l’eau dans son vin. Le PS a rangé la pension à 1500 euros au placard et envisage sereinement de former, pourquoi pas, un gouvernement avec le MR qui était pourtant hier encore l’ennemi à abattre.
Le MR, de son côté, ne verrait pas d’un mauvais œil une nouvelle alliance avec la N-VA et c’est pour cela qu’il renvoie dos-à-dos le Vlaams Belang et le PTB : en diabolisant tout le monde aujourd’hui, il rend plus « acceptables » les coalitions de demain.
L’annonce alarmiste d’un futur déficit de dix milliards par les informateurs chargés de déblayer le terrain pour la future coalition va servir à justifier de retirer des programmes des partis toutes leurs mesures tant soit peu sociales.
Les politiciens sont repartis pour leur train-train au service de la bourgeoisie. De leur côté les travailleurs doivent se préparer aux prochaines attaques et à défendre becs et ongles leurs emplois et leurs salaires.

En grève pour mieux soigner

L’ensemble du personnel hospitalier du réseau Iris était en grève le lundi 3 juin. Les membres du personnel administratif, soignant et technique sont entrés en grève simultanément à Brugmann, Saint-Pierre, Bordet, Reine Fabiola et les Hôpitaux Iris Sud. Ils réclament plus de personnel, de meilleurs salaires, le remboursement des frais de transports, la réduction du temps de travail, etc.. La situation n’est plus tenable et nombre d’entre eux, inquiets, estiment ne plus être en mesure de soigner correctement les patients.
Des grèves avaient déjà eu lieu le 15 mars et le 8 mai à Brugmann. La direction avait alors essayé de temporiser, proposant de mettre en place des groupes de travail. Elle comptait ainsi enterrer le problème avec des discussions interminables. Cependant, les travailleurs ne s’en sont pas laissés conter. Ils sont repartis en grève et cette fois le mouvement a fait tache d’huile. Aujourd’hui, la direction régionale des hôpitaux déclare son impuissance, expliquant être paralysée par le pouvoir politique. Mais elle n’a qu’à s’accorder avec lui. Ce n’est pas le problème des travailleurs, qu’elle trouve une solution !

A qui profite la démagogie ?

Déplacer les arrêts de la gare du Nord ne servait strictement à rien. Par contre, c’est de la démagogie puante qui stigmatise les migrants en les rendant responsables de l’insécurité. Et ça fait les choux gras des réactionnaires de tous poils. Le MR ne s’y est pas trompé. Ducarme a sauté sur l’occasion pour dire bien fort qu’il ne veut pas d’un Calais bis à Bruxelles. Les élections approchant, il préférait que la presse parle des migrants plutôt que des pensions, en espérant que ça amène quelques voix aux libéraux qui semblent en avoir besoin.

Élections européennes – France

Le parti d’extrême droite Rassemblement national est arrivé en tête avec 23,3 % des voix.
Dans ces élections, le RN a eu en partie les voix, à droite, de ceux qui se sont détournés du parti Les Républicains, le parti de la droite durablement discrédité par les scandales. Qu’une partie de l’électorat de droite issu des milieux les plus réactionnaires de l’opinion, parmi les catholiques intégristes, les racistes et les nostalgiques des guerres coloniales, puisse voter à l’extrême droite, ce n’est pas un phénomène nouveau.
Mais c’est souvent dans les quartiers populaires et dans les villes ouvrières que l’extrême droite a eu des succès. Une fraction importante, sinon majoritaire dans les quartiers les plus pauvres, a exprimé son mécontentement en s’abstenant. Mais d’autres ont apporté leurs voix à la liste de Le Pen, en donnant à ce vote le sens d’une protestation sociale contre Macron. D’autres listes avaient appelé à faire de cette élection européenne un référendum anti-Macron. Mais, le RN apparaissant comme celui qui était le plus en situation d’arriver en tête, il a bénéficié d’un effet « vote utile » contre Macron. Tous ceux qui ont réduit l’élection à un vote sanction contre le président ont ainsi contribué à faire le jeu du RN. La campagne empreinte de nationalisme de la France insoumise de Mélenchon, sur la nécessité de rétablir les frontières du pays avec l’Europe, a contribué à effacer celle qui la différenciait politiquement du RN aux yeux des électeurs des milieux populaires.
Plus largement, l’électoralisme des partis de gauche, du PS et du PC, leurs trahisons et leurs reniements répétés chaque fois qu’ils se sont retrouvés au pouvoir, tout cela a contribué à effacer les réflexes de classe des travailleurs et à les désorienter politiquement.
Ainsi, au sein des classes populaires, certains ont voté pour l’extrême droite en croyant que c’était le moyen d’exprimer leur opposition à Macron sans forcément exprimer leur adhésion aux idées de celle-ci. Mais ainsi ils ont permis à un mouvement profondément antiouvrier de se renforcer. Les succès électoraux de l’extrême droite risquent de faire reculer encore davantage parmi les travailleurs la conscience que les capitalistes et leurs représentants sont les véritables responsables des reculs catastrophiques imposés à toute la société.

Double punition pour les usagers des TEC

La dernière action d’éclat du gouvernement wallon MR-CdH avant les élections a été d’imposer une sanction d’un million d’euros contre les TEC pour « non-respect du service garanti », en réalité une sanction suite aux mouvements de grève qui ont secoué l’entreprise publique à plusieurs reprises. Au lieu de financer correctement les TEC afin que les travailleurs puissent bénéficier de transports modernes et efficaces, les gouvernements n’ont eu de cesse de couper dans les budgets. C’est ce contre quoi les travailleurs des TEC ont fait grève à plusieurs reprises. Ce million d’euros en moins ne va faire qu’empirer les choses pour les chauffeurs, les mécaniciens et au bout du compte pour les usagers. Mais le MR s’en fiche, ce qui compte c’est le message aux bourgeois, petits et grands : ce gouvernement est contre les grèves et contre les travailleurs.

Pas en reste chez Ores

Chez Ores, le principal gestionnaire de gaz et électricité en Wallonie, les travailleurs de plusieurs sites débrayent les uns après les autres. Cela a commencé avec Louvain-la-Neuve, Montignies et Gosselies le mardi 7 mai. Frameries a suivi le 10 mai. C’est Leuze-en-Hainaut qui a débrayé le 14 mai.
Les travailleurs dénoncent le non-respect des conventions de travail et la nouvelle méthode d’évaluation dont le but pourrait être de déboucher sur des licenciements. C’est bien tous ensemble, unis malgré leur distance, que les travailleurs sont à même de battre en brèche le patron !

Ça roule pour les profits

Alors même que le groupe Ford a engrangé un bénéfice net de 1,1 milliard d’euros seulement pour le premier trimestre de 2019, il a annoncé le 20 mai la suppression de 7 000 emplois dans le monde, soit 10% de ses effectifs. Comme d’habitude, la direction justifie les licenciements par les difficultés de l’entreprise et la soi-disant nécessité de s’adapter à l’évolution du marché. C’est un discours plus qu’usé, utilisé par tous les patrons du monde. Il ne doit pas tromper les travailleurs : ces licenciements ont pour seul but d’augmenter les profits des actionnaires, en diminuant la masse salariale et en augmentant la charge de travail de tous les travailleurs qui restent dans l’entreprise.

L’ordre des riches

Un jeune a été passé à tabac à Molenbeek le 22 mai. La presse parle de “bavure”. Cependant, la répétition des faits de brutalité policière, relatée périodiquement dans l’actualité, montre que cette « bavure » n’est pas une exception mais correspond bien un fonctionnement habituel. La police exerce une violence constante dans les quartiers populaires sous forme de provocations, d’humiliation ou de brutalité.
Quand on dit que le rôle de la police est le « maintien de l’ordre », il s’agit bien de l’ordre social, rigide et inégalitaire, qui pèse sur notre société, l’ordre qui garantit le pouvoir des exploiteurs sur les exploités. Les jeunes bourgeois qui sortent le soir n’ont pas peur de se faire tabasser, au contraire, ils se sentent protégés.
Les violences policières ne sont que le reflet de cette société servile pour les puissants et impitoyable pour les pauvres.