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Des paroles pour nos soignants… Un cercueil pour nos pensionnés

Qu’elles soient privées ou publiques, les maisons de repos se sont transformées ces derniers mois en de véritables mouroirs. Début juin, Sciensano dénombrait 6 183 décès de résidents de maison de repos causés par le coronavirus, soit deux tiers des victimes du virus ! Avant la crise, la situation n’était déjà pas terrible, le virus l’a rendue carrément insoutenable. Avec des équipes réduites et des horaires à n’en plus finir, les soignants ont dû combattre un ennemi invisible sans matériel et sans tests, au péril de leur propre santé mais aussi de celle de leur famille. Dans certains homes, les employés malades étaient tellement nombreux qu’il a fallu les remplacer par des militaires. Pour ne pas engorger les hôpitaux, les anciens ont été confinés, seuls, dans leur chambre, les condamnant ainsi à une mort certaine dans des homes qui manquaient d’oxygène et d’infirmiers. A part quelques « merci », le personnel soignant des homes n’a toujours rien reçu et nombreux sont ceux qui craignent qu’un scénario semblable se reproduise.

Les symboles de l’oppression coloniale

En Belgique comme aux États-Unis, une des formes que prennent les manifestations contre le racisme, est le déboulonnage des statues de racistes patentés.

Bien sûr, il y a toujours des cœurs chagrins pour qui les statues de Léopold II seraient de l’art, juste de l’art et pour qui ce serait sacrilège de les mettre à bas. Ils n’hésitent pas à comparer avec les nazis qui brulaient les livres !  Ce sont les mêmes qui criaient hourra ! lorsque, lors de la chute du mur de Berlin, des statues de Lénine se sont retrouvées par terre. Et là, il n’était question ni d’art, ni d’histoire. 

Ces blocs de bronze et de pierre ont été mis dans les rues et sur les places par l’État belge pour célébrer le plus grand exploiteur du Congo, et avec lui tout le système esclavagiste. Car oui, ce système capitaliste a été construit avec le sang des populations d’Afrique. Ce n’est pas l’histoire qui est célébrée dans l’espace public, mais bien l’idéologie de la classe sociale au pouvoir. La place de ces bustes est dans les poubelles de l’histoire. 

Après la crise, comme avant, les travailleurs vont devoir se défendre

Pendant la crise du Covid, les commentateurs, journalistes, politiciens se sont relayés sur les ondes pour jurer que plus rien ne serait jamais comme avant, que les leçons seraient apprises, bref, que grâce au Covid le monde allait devenir meilleur.

Ces niaiseries n’ont pas résisté longtemps à l’épreuve des faits : que ce soit à l’échelle de la Belgique ou de la planète, le patronat n’a pas changé d’un iota. Il est en train de profiter de la crise sanitaire pour lancer une série de plans de restructuration probablement encore pires que ceux qui ont suivi la crise de 2008.

En Belgique, la compagnie aérienne Brussels Airlines va recevoir 300 millions d’euros d’aide d’argent public. Cet argent est censé empêcher la « faillite » de l’entreprise. Or dans le même temps, la direction a utilisé le chantage à la fermeture pour imposer gel des salaires, départs en retraite anticipée et chômage technique au personnel naviguant, faisant ainsi un supplément de 500 millions d’euros d’économies.

Pour Lufthansa, la maison mère de Brussels Airlines, c’est le jackpot à encore plus grande échelle : l’entreprise va recevoir 9 milliards d’euros du gouvernement allemand et prévoit 22 000 licenciements.

En France, c’est 15 milliards pour le secteur aéronautique et 8 milliards pour l’automobile. En Italie, le gouvernement va prêter 6 milliards d’euros à Fiat. Dans tous les pays, le même scénario se répète. 

Au bout du compte, le grand patronat compte bien mettre la crise à profit. Certes, les bénéfices ont baissé pendant le confinement et certaines grandes entreprises ont même perdu de l’argent. Mais la grande majorité a passé le cap, grâce à leurs faramineuses réserves, constituées au cours de dizaines d’années d’exploitation des salariés. Ce ne sont que pour des petites entreprises que le coup a pu être fatal. 

Mais comme le montre l’exemple du secteur aérien, les patrons n’ont pas l’intention d’absorber les pertes en prenant sur les profits passés. Non seulement ils vont recevoir des aides publiques mais ils vont tenter d’imposer des sacrifices aux travailleurs, sous prétexte de « sauver l’entreprise », que ce soit en abandonnant une partie de leurs salaires, en acceptant plus de flexibilité ou en travaillant plus. Le patronat espère ainsi, sous la menace de la fermeture, faire accepter aux travailleurs des mesures antisociales qu’ils n’auraient pas espéré faire passer autrement.

C’est ainsi qu’ils espèrent regagner au centuple ce qu’ils ont perdu ces trois derniers mois.

Dès la mi-avril, les bourses européennes ont commencé à remonter et sont quasiment revenues à leur niveau d’avant la crise. Les financiers investissent dans les secteurs qui, à leurs yeux, vont le plus profiter de la situation. Dans les autres secteurs, ils exigeront des restructurations jusqu’à les rendre à nouveau rentables. 

Si les travailleurs se laissent faire, le prix humain sera terrible. Des foyers seront appauvris par le chômage, par les temps partiels et l’intérim. Pour les patrons, les subsides, les réductions d’impôts, etc. Pour les travailleurs, les restructurations et la misère.

Les travailleurs risquent aussi de payer une deuxième fois l’addition : les dizaines de milliards d’euros que le gouvernement Wilmès a mis à disposition des entreprises vont creuser la dette du pays, elle pourrait remonter à 120% du PIB cette année. Or cela fait trente ans que tous les gouvernements successifs justifient leurs plans d’austérité en série au nom de cette dette. Il ne faudra pas attendre longtemps pour que les mêmes recettes indigestes se retrouvent sur la table : dégradation des services publics, coupe dans les budgets sociaux, report de l’âge de la retraite, augmentation du temps de travail, etc. Pour les politiciens au service du patronat, c’est le « business as usual ». 

La crise n’est pas encore finie que les politiciens ont déjà repris leurs petits jeux habituels et les discussions sur la formation du prochain gouvernement vont bon train. Histoire de se rosir un peu, le PS a proposé de suspendre les licenciements jusqu’en octobre. C’est dérisoire. Pour que chacun puisse vivre dignement, il serait vital d’interdire totalement les licenciements, et en premier lieu dans les entreprises qui font des bénéfices. Il faudrait que les travailleurs aient accès aux comptes des entreprises pour savoir où est l’argent et dénoncer les magouilles qui justifient les faillites.

Au lieu d’arroser le patronat à coups de milliards d’euros, qui vont de toute façon finir dans les circuits financiers, il faudrait recruter massivement dans tous les services publics utiles à la population, comme les hôpitaux, les maisons de repos ou les écoles.La classe politique, tous partis confondus, n’a aucune intention de prendre cette voie. Il n’y a que la mobilisation générale des travailleurs qui pourra obliger politiciens et patronat à les respecter.

Swissport : au tour des actionnaires de payer !

Swissport Belgium, l’une des deux entreprises qui assure la manutention à l’aéroport de Zaventem vient d’annoncer qu’elle déposait le bilan, jetant ainsi 1 500 travailleurs sur le pavé. C’est pourtant grâce à leur sueur et leur travail que l’entreprise a pu tourner pendant des années et verser de plantureux bénéfices à ses actionnaires. Et, quand la situation se dégrade et que la crise se profile, c’est encore à eux qu’on demande tous les sacrifices. Les actionnaires et les patrons ne prennent aucun risque : c’est en faisant la peau des travailleurs que ces rapaces capitalistes s’en sortent à chaque fois. Si les activités ont diminué, il y a toujours du travail ! Répartissons-le entre tous et prenons sur les profits passés pour maintenir les salaires, c’est au tour des capitalistes de payer !

Un comité d’accueil bien remonté

La tournée médiatique de Wilmès dans les hôpitaux ne s’est pas faite sans accroc… et tant mieux. Le 15 mai, une centaine de travailleurs de l’hôpital Saint-Pierre se sont rassemblés dans la cour pour lui tourner le dos et montrer ainsi leur refus de cette mascarade. C’est à cause de l’impréparation du  gouvernement et des années de restrictions budgétaires qu’ils se sont retrouvés en manque de personnel et de matériel face à la pandémie. Cela faisait plusieurs mois qu’ils revendiquaient de meilleures conditions de travail et, encore aujourd’hui, ils doivent se contenter de pieuses promesses. Leur geste a été accueilli avec beaucoup de sympathie par tous les travailleurs, ils peuvent être fiers de leur mobilisation !

Surdité à géométrie variable

Emmanuel André, ancien porte-parole interfédéral pour la lutte contre le coronavrius, a livré un diagnostic sans appel sur la manière dont Sciensano et le gouvernement ont géré la crise sanitaire. Dans plusieurs domaines, a-t-il dit, celui des masques et des tests notamment, ils ont fait la sourde oreille devant les recommandations des experts et se sont montrés incapables d’être prévoyants. On se souvient bien des mensonges qu’ils nous ont répétés pour couvrir leur incompétence. Il y a pourtant bien un domaine dans lequel ils n’ont pas traîné : leurs oreilles étaient bien ouvertes pour entendre les doléances du patronat… et pour lui répondre généreusement ! 

Des États-Unis au monde entier : à bas le racisme et les violences policières !

L’onde de choc créée par le meurtre de George Floyd, il y a deux semaines à Minneapolis, continue de se propager au monde entier. Aux États-Unis, ces derniers jours, des centaines de milliers de personnes ont encore manifesté pour crier leur colère. Leur colère contre le meurtre raciste, de sang-froid, d’un homme à terre et menotté, qui dit qu’il ne peut plus respirer et va mourir. Leur colère contre ce sinistre écho de l’époque des lynchages et de la ségrégation, cette barbarie avec laquelle le capitalisme américain s’est construit. Comme cela a été dit lors d’un hommage, ce genou sur le cou de George Floyd, c’est celui qui écrase depuis longtemps les Noirs américains, aujourd’hui discriminés au travail, pour le logement, dans l’éducation et la santé, ainsi que l’a montré le lourd tribut qu’ils ont payé au coronavirus.

Quand Obama fut élu, certains ont dit que c’était la preuve que le pays avait soldé l’héritage de l’esclavage et de la ségrégation. On voit aujourd’hui que ce racisme gangrène toujours l’appareil d’État américain, de la base au sommet. À la base, avec ces flics racistes, chargés de défendre la loi et la propriété bourgeoise, et pour lesquels la vie des pauvres, des Noirs en particulier, ne vaut pas cher. Avec ces juges, qui les emprisonnent massivement. Au sommet, avec des hommes comme Trump, qui a fait sa carrière politique en stigmatisant les Noirs.

L’explosion de colère de ces derniers jours est sans doute aussi alimentée par la crise terrible que traverse la classe ouvrière américaine, avec ses 41 millions de travailleurs licenciés, avec ces dizaines de millions de personnes qui font la queue à l’aide alimentaire, tandis que Wall Street a retrouvé sa santé d’avant l’épidémie.

L’extension des manifestations au monde entier, de Buenos Aires à Sydney, de Jérusalem à Montréal, de Nairobi à Tokyo, résulte du fait que, partout, le racisme est présent. Partout, les violences s’abattent sur ceux qui, aux yeux des policiers, n’ont pas la bonne couleur de peau, la bonne nationalité et qui ont en outre, comme George Floyd, le tort d’être pauvre.

En Belgique, dix mille personnes, dont beaucoup de jeunes, ont manifesté contre le racisme et la violence policière ce dimanche 7 juin, bien que la manifestation n’ait pas été formellement autorisée. Certains, comme Georges-Louis Bouchez, s’en sont offusqués, sous prétexte que cela ruinait les efforts du confinement. 

Pourtant, la police tue ici aussi. En avril dernier, le jeune Adil est mort dans une course poursuite suite à une banale infraction, et il y a eu Mehdi, aussi renversé par une voiture de police suite à quoi les policiers ont trouvé plus urgent de fouiller son sac que d’appeler une ambulance. La réalité, c’est que la police est gangrénée par le racisme ici aussi, comme l’illustrent de nombreux épisodes récents.

Si dix mille personnes se sont mobilisées pour crier leur rejet du racisme, c’est bien qu’il y a un problème, qui est d’ailleurs reconnu du bout des lèvres par certains politiciens et même par le chef de la police de Bruxelles. Mais ce n’est apparemment pas suffisant pour agir puisque la Belgique est régulièrement condamnée pour son inaction face aux violences policières.

Les chiffres montrent que les immigrés et les pauvres forment l’écrasante majorité des victimes de la violence policière. La classe capitaliste et son État s’appuient sur la police. Partout, police et État défendent des systèmes fondés sur l’exploitation et sur les inégalités sociales. Partout, cela repose sur l’usage de la force et de la violence. Partout, la police et l’armée veillent à ce que les opprimés subissent l’oppression sans se révolter. Partout, elles défendent la propriété privée de l’économie et le sacro-saint profit.

Et, partout, le capitalisme charrie avec lui tous ces préjugés qui opposent les prolétaires à d’autres prolétaires : le racisme, le nationalisme, la xénophobie et le sexisme. Partout, le capitalisme divise pour mieux régner, il dresse les pauvres contre d’autres pauvres. Et partout, à Minneapolis comme ailleurs, les États capitalistes reposent sur des hommes de main qui entretiennent ces divisions.Alors, il faut espérer que le combat engagé ces jours derniers contre le racisme et les violences de la police se poursuive, qu’il s’amplifie et qu’il s’attaque à la racine du mal, au capitalisme lui-même.

Amazon : un patron sans scrupules…

En France, un tribunal a fini par entendre la colère des travailleurs d’Amazon, qui ont multiplié les manifestations et les débrayages ces dernières semaines pour dénoncer leurs conditions de travail. En effet, malgré les beaux discours du grand patron Jeff Bezos, les mesures prises pour protéger les salariés entassés dans les entrepôts ont été largement insuffisantes. Nombreux sont ceux qui ont d’ailleurs contracté le virus. Face à la décision du tribunal, qui demandait à Amazon de distribuer uniquement des produits essentiels le temps que les risques de contagion soient réévalués, l’entreprise a préféré tout simplement fermer ses entrepôts français. Voilà qui démontre bien toute la considération qu’ont les capitalistes pour leurs travailleurs. A leurs yeux, les mesurettes qu’ils ont prises sont déjà bien suffisantes et trop coûteuses pour des travailleurs qui ne sont, somme toute, que de la chair à profits.

…qui joue au philanthrope

C’est en faisant suer sang et eau à ses salariés et en les exposant à des risques mortels qu’Amazon a pu honorer la hausse du nombre de commandes et remplir les coffres de ses actionnaires. Jeff Bezos, l’actionnaire principal et PDG de l’entreprise, a vu sa fortune personnelle passer de 114 à 138 milliards de dollars de janvier à avril 2020 ! Lui, comme d’autres capitalistes en son genre, véritables profiteurs de guerre bâtissant leurs fortunes grâce aux sacrifices imposés à leurs employés, ont tenté dernièrement de faire oublier leurs méthodes abjectes. Pour se refaire une réputation, ils ont distribué quelques millions – des miettes pour ces milliardaires – à la recherche scientifique afin de stopper une épidémie qu’ils contribuent, en fait, à propager. Ces bienfaiteurs à bon marché ne trompent personne !

Tracing : pas confiance!

Pour accompagner sa stratégie de déconfinement, le gouvernement a lancé il y a peu le « tracing » des personnes infectées. Puisqu’il est toujours incapable de tester massivement la population, il préfère la fliquer. Il a d’abord voulu utiliser une application pour smartphone afin de s’occuper du traçage, mais devant la méfiance légitime de la population, il a temporairement abandonné cette possibilité et a préféré recourir au traçage physique. Ainsi, une armée de 2 000 contractuels se charge de passer des coups de fil aux malades et aux personnes qu’ils ont côtoyé en raflant toutes sortes d’informations personnelles stockées ensuite dans une base de données. Les politiciens assurent, la main sur le cœur ou dans des textes de loi, que ces informations seront utilisées seulement dans le cadre de l’épidémie, en respectant la vie privée de chacun. Mais ces belles paroles et ces bouts de papier ne dupent personne : menteur un jour…