International

Noyé par la misère

Un migrant soudanais, Abdulfatah Hamdallah, s’est noyé dans la Manche fin août. On venait de lui refuser des papiers en France et il tentait une ultime traversée pour tenter sa chance en Grande-Bretagne. Les migrants sont des milliers à traverser les mers et risquer leur vie pour venir vivre en Europe. On ne compte plus les centaines d’entre eux qui meurent noyés en Méditerranée chaque année. Contrairement à ce que prétend la démagogie nationaliste, il y a bien suffisamment d’espace et de richesses en Europe pour accueillir les êtres humains qui fuient la misère et la guerre de leur pays d’origine. 

Biélorussie : la classe ouvrière mobilisée

En Biélorussie, Loukachenko dirige l’État d’une main de fer depuis vingt-six ans. 

Le scrutin truqué du 9 août était censé prolonger son mandat pour 5 ans mais la fraude a été tellement caricaturale qu’un certain nombre de simples citoyens ont aussitôt tenu à crier leur colère. La férocité des forces antiémeute, les morts, les blessés et les arrestations, ont mis le feu aux poudres. En quelques jours, le régime s’est trouvé rejeté de toutes parts, ou presque.

Ce rejet a pris une nette tournure ouvrière avec l’irruption sur la scène de grévistes de l’automobile, de la construction, de la chimie, des mines, notamment. Défilant en cortèges imposants ou votant la grève en assemblée générale et élisant leurs comités de grève dans les usines, les travailleurs donnent désormais à la contestation générale sa physionomie et sa force, en paralysant l’économie jusqu’à un certain point.

Loukachenko ne s’y est pas trompé quand, voulant reprendre la main, il s’est tourné vers les ouvriers de MTZ, la plus grande usine d’engins agricoles, militaires et de chantier de Biélorussie. Espérait-il les mettre dans sa poche ? En tout cas, il en a été pour ses frais : c’est sous les huées qu’ils ont accueilli ses propos doucereux, ses menaces et appels à reprendre le travail.

Profitant d’une conjoncture favorable, le régime a longtemps posé en protecteur de « ses » travailleurs. Mais depuis une dizaine d’années, son masque est tombé. Généralisation des contrats précaires ; contrats d’un an renouvelables avec interdiction pour le travailleur de partir avant terme ; salaires gelés ; conditions de travail aggravées et sanctions contre ceux qui ne s’y plient pas ; apparition du chômage, etc.

Ces mesures, dont beaucoup ont été prises sur simple décret présidentiel, et le fait que Loukachenko a traité par-dessus la jambe les risques du Covid-19, ont focalisé le mécontentement sur sa personne.

Un passage de relais au sommet se ferait avec la bénédiction de Poutine, comme des principaux gouvernements de l’Union européenne, tous inquiets de voir se développer une situation explosive à leurs frontières. D’autant que des travailleurs de pays voisins pourraient se reconnaître dans le combat de leurs frères et sœurs de Biélorussie, qui affrontent les sbires en armes d’un régime qui veut leur faire payer les effets de la crise.

L’opposition a mis sur pied un Conseil de coordination censé préparer la relève du pouvoir – elle est composée de libéraux purs et durs qui, sous couvert de liberté et de démocratie, vont continuer à s’en prendre aux travailleurs. Leur leader, Tikhanovskaïa, appelle les travailleurs à rester dans la légalité et prône un « dialogue constructif » avec le pouvoir, ce même pouvoir qui matraque à tout-va et licencie les grévistes. Soin programme : un retour « à la normale », celle du capitalisme bien entendu…

Des États-Unis au monde entier : à bas le racisme et les violences policières !

L’onde de choc créée par le meurtre de George Floyd, il y a deux semaines à Minneapolis, continue de se propager au monde entier. Aux États-Unis, ces derniers jours, des centaines de milliers de personnes ont encore manifesté pour crier leur colère. Leur colère contre le meurtre raciste, de sang-froid, d’un homme à terre et menotté, qui dit qu’il ne peut plus respirer et va mourir. Leur colère contre ce sinistre écho de l’époque des lynchages et de la ségrégation, cette barbarie avec laquelle le capitalisme américain s’est construit. Comme cela a été dit lors d’un hommage, ce genou sur le cou de George Floyd, c’est celui qui écrase depuis longtemps les Noirs américains, aujourd’hui discriminés au travail, pour le logement, dans l’éducation et la santé, ainsi que l’a montré le lourd tribut qu’ils ont payé au coronavirus.

Quand Obama fut élu, certains ont dit que c’était la preuve que le pays avait soldé l’héritage de l’esclavage et de la ségrégation. On voit aujourd’hui que ce racisme gangrène toujours l’appareil d’État américain, de la base au sommet. À la base, avec ces flics racistes, chargés de défendre la loi et la propriété bourgeoise, et pour lesquels la vie des pauvres, des Noirs en particulier, ne vaut pas cher. Avec ces juges, qui les emprisonnent massivement. Au sommet, avec des hommes comme Trump, qui a fait sa carrière politique en stigmatisant les Noirs.

L’explosion de colère de ces derniers jours est sans doute aussi alimentée par la crise terrible que traverse la classe ouvrière américaine, avec ses 41 millions de travailleurs licenciés, avec ces dizaines de millions de personnes qui font la queue à l’aide alimentaire, tandis que Wall Street a retrouvé sa santé d’avant l’épidémie.

L’extension des manifestations au monde entier, de Buenos Aires à Sydney, de Jérusalem à Montréal, de Nairobi à Tokyo, résulte du fait que, partout, le racisme est présent. Partout, les violences s’abattent sur ceux qui, aux yeux des policiers, n’ont pas la bonne couleur de peau, la bonne nationalité et qui ont en outre, comme George Floyd, le tort d’être pauvre.

En Belgique, dix mille personnes, dont beaucoup de jeunes, ont manifesté contre le racisme et la violence policière ce dimanche 7 juin, bien que la manifestation n’ait pas été formellement autorisée. Certains, comme Georges-Louis Bouchez, s’en sont offusqués, sous prétexte que cela ruinait les efforts du confinement. 

Pourtant, la police tue ici aussi. En avril dernier, le jeune Adil est mort dans une course poursuite suite à une banale infraction, et il y a eu Mehdi, aussi renversé par une voiture de police suite à quoi les policiers ont trouvé plus urgent de fouiller son sac que d’appeler une ambulance. La réalité, c’est que la police est gangrénée par le racisme ici aussi, comme l’illustrent de nombreux épisodes récents.

Si dix mille personnes se sont mobilisées pour crier leur rejet du racisme, c’est bien qu’il y a un problème, qui est d’ailleurs reconnu du bout des lèvres par certains politiciens et même par le chef de la police de Bruxelles. Mais ce n’est apparemment pas suffisant pour agir puisque la Belgique est régulièrement condamnée pour son inaction face aux violences policières.

Les chiffres montrent que les immigrés et les pauvres forment l’écrasante majorité des victimes de la violence policière. La classe capitaliste et son État s’appuient sur la police. Partout, police et État défendent des systèmes fondés sur l’exploitation et sur les inégalités sociales. Partout, cela repose sur l’usage de la force et de la violence. Partout, la police et l’armée veillent à ce que les opprimés subissent l’oppression sans se révolter. Partout, elles défendent la propriété privée de l’économie et le sacro-saint profit.

Et, partout, le capitalisme charrie avec lui tous ces préjugés qui opposent les prolétaires à d’autres prolétaires : le racisme, le nationalisme, la xénophobie et le sexisme. Partout, le capitalisme divise pour mieux régner, il dresse les pauvres contre d’autres pauvres. Et partout, à Minneapolis comme ailleurs, les États capitalistes reposent sur des hommes de main qui entretiennent ces divisions.Alors, il faut espérer que le combat engagé ces jours derniers contre le racisme et les violences de la police se poursuive, qu’il s’amplifie et qu’il s’attaque à la racine du mal, au capitalisme lui-même.

En Inde, tapis rouge pour le patronat, matraques pour les travailleurs

Le gouvernement nationaliste de Modi n’a pas lésiné sur les moyens pour sauver les profits capitalistes. Comme en Belgique, les entreprises bénéficient de prêts avantageux, de délais de remboursement et d’exemptions fiscales. Les travailleurs, quant à eux, n’ont eu droit qu’au mépris et à la matraque. Une fois le confinement décrété, entreprises, usines et chantiers ont été fermés, y compris les sociétés de transports. En perdant leur maigre salaire, il devenait impossible pour de nombreux travailleurs habitant la capitale de payer leur loyer ou leur nourriture. Plusieurs centaines de milliers d’entre eux, originaires de la campagne, tentèrent d’abord de rentrer à pieds dans des villages parfois très éloignés pour travailler dans les champs. Pour plus d’une cinquantaine de personnes, ce voyage fut le dernier ; la fatigue et la faim eurent raison de leurs efforts. Devant ce scandale dénoncé dans les médias, des travailleurs ont manifesté leur colère et quelques bus furent enfin mis à leur disposition. Des milliers de personnes affluèrent donc dans les gares routières, créant un terrain propice pour la propagation du coronavirus. La seule réponse du gouvernement face à ces marées humaines fut la matraque, soit pour leur faire rebrousser chemin, soit pour les faire entrer dans les bus pleins à craquer. Depuis, ces quelques bus continuent leurs aller-retours et permettent à une partie des travailleurs d’échapper à la misère urbaine. Mais pour l’autre partie, la plus pauvre, coincée en ville faute de pouvoir payer le ticket de bus, l’enfer continue. Sans toit, ni toilettes, ni douches, le gouvernement ne leur donne que des miettes pour survivre

USA : Noir = pauvre = malade.

Aux États-Unis, le coronavirus cause de très nombreux décès dans la communauté afro-américaine. Dans l’état d’Illinois, par exemple, alors que les Noirs ne représentent que 14 % de la population, ils comptent pour 41 % des morts dus au virus. Et il ne s’agit pas là d’un cas isolé, les chiffres se répètent partout dans le pays. Bien entendu, cela ne s’explique pas par une disposition génétique particulière à la communauté noire américaine, mais plutôt par sa situation sociale précaire. Nombre d’entre eux logent dans des habitations insalubres et trop étroites, qui causent des maladies respiratoires et facilitent la transmission du virus. Mal nourris, les cas de surpoids, de diabète et de problèmes cardiaques sont nombreux. Bien souvent, ils occupent des métiers surexposés et mal payés, qui les empêchent d’accéder à des soins médicaux de qualité bien trop coûteux. Bref, toutes ces injustices contribuent à aggraver les effets du coronavirus et le rendent donc d’autant plus mortel. On entend souvent dire que pauvres et riches sont logés à la même enseigne face à cette nouvelle catastrophe qui touche la planète, mais force est de constater que cela est un mensonge. Comme d’habitude quand des crises éclatent, ce sont les plus opprimés qui paient la facture la plus lourde dans cette société révoltante.

Moi d’abord

L’impréparation de l’ensemble des pays face à la pandémie – pourtant annoncée depuis des mois par l’Organisation Mondiale de la Santé, a créé une ruée sur les équipements de protection. On a vu des businessmen américains racheter, sur la piste de décollage, des cargaisons de masques à destination de l’Europe. La Turquie a interdit à ses entreprises de livrer des masques achetés et payés par la Belgique. Ou encore la république tchèque a intercepté des masques destinés à l’Italie, pourtant bien plus touchée par l’épidémie.
« Moi d’abord », c’est ça, la devise du capitalisme.

Le virus, un nouveau prétexte pour licencier

Le coronavirus se propage inlassablement, profitant de l’incapacité des gouvernements à le contenir, et crée des secousses dans divers secteurs de l’économie mondiale, particulièrement le tourisme, le textile, l’automobile, les transports et le luxe. Comme à chaque fois en temps de crise, les patrons veulent nous faire avaler leurs émouvantes histoires sur les difficultés qu’ils traversent et sur l’impossibilité qu’ils ont de maintenir l’emploi. Cette fois, c’est le coronavirus qui leur sert de bonne excuse. La larme à l’œil, ils annoncent la mise au chômage technique et le licenciement de nombreux travailleurs et les gouvernements, quant à eux, tendent le mouchoir et appellent à la solidarité. Il ne s’agit là que d’une comédie qui vise à faire payer la crise aux travailleurs et à maintenir les profits. En 2019, les entreprises ont versé la somme astronomique de 1 430 milliards d’euros de dividendes à leurs actionnaires. Il y a donc largement de quoi continuer à maintenir l’emploi des travailleurs sur le dos desquels ces fortunes s’établissent.

Macron au service des patrons

En France, face à l’opposition contre la loi sur les retraites, le gouvernement a annoncé recourir à l’article 49.3 de la constitution qui lui permet de faire passer des lois sans vote des parlementaires. Le Premier ministre a prétendu que les 29 273 amendements déposés par l’opposition relevaient d’une politique d’obstruction et pas d’un vrai débat. La comédie de la pseudo-démocratie parlementaire n’a pas fait pas long feu devant l’impatience de ce valet du capitalisme qu’est Macron à sabrer dans les retraites des travailleurs.
Quant à la population laborieuse, elle a déjà majoritairement exprimé son refus de la nouvelle loi par des semaines de grève dans les transports, par des manifestations de centaines de milliers de travailleurs des secteurs public et privé.
Suite aux manifestations des gilets jaunes, Macron avait lancé un « grand débat national » qui était censé donner à chacun la possibilité de s’exprimer. Comme on s’en doutait, ce n’était que du pipeau car, quand la population laborieuse s’exprime clairement et majoritairement contre le démantèlement du système de retraites, le gouvernement ressort la matraque et fait passer la loi en force.
Puisque ce gouvernement, comme celui de Belgique, n’entend que la voix des patrons, il faudra faire entendre celle des travailleurs encore plus fort.

Au 21ème siècle, les femmes doivent encore se battre pour leurs droits !

A l’occasion de la journée du 8 mars, des manifestations ont eu lieu sur toute la planète, au Chili, en Espagne, en Europe, au Mexique, au Brésil, etc. Dans des pays comme le Pakistan ou l’Irak, elles ont bravé tous les interdits pour exprimer leur colère.
En colère, il y a effectivement de quoi l’être. Partout des femmes se font violer, molester, frapper sans que leurs agresseurs soient poursuivis.
Et quand ce n’est pas de la violence physique, il y a les inégalités sociales criantes : salaires moins élevés, temps partiels imposés. Ce sont elles qui font les boulots les plus pénibles et, en rentrant à la maison, elles doivent encore faire le ménage et nourrir le mari et les enfants. Et quand le mari s’en va, elles restent avec les enfants et les fins de mois difficiles.
Depuis quelques années, le mouvement #MeToo, par exemple, a été l’occasion de lever le voile sur la violence et l’hypocrisie de la société envers les femmes, y compris dans les milieux privilégiés. Mais pour une femme qui ose parler, au risque de subir la haine et le rejet, combien de milliers de femmes « normales » ont dû subir en silence les coups ou la misère ?
Le scandale du César octroyé à Polanski, poursuivi aux USA pour le viol d’une mineure, montre bien que la société n’a pas encore vraiment évolué. Ce n’est que le sommet de l’iceberg. Il faudra encore bien des combats pour que la moitié de l’humanité retrouve la place qui lui est due.

En France : Tous Ensemble

Ce jeudi 9 janvier, jour de grève et de manifestation, a été l’occasion pour les travailleurs de tous secteurs de rejoindre dans la grève ceux qui tiennent depuis 35 jours à la RATP, à la SNCF et ailleurs. Après les va-cances scolaires, le mouvement a repris dans l’éduca-tion et a touché les raffineries. Les manifestations de ce jour ont rassemblé 1 million de travailleurs, bien plus largement que les seuls services publics. Malgré les dé-sagréments, le mouvement de grève est largement sou-tenu dans la population car tous comprennent qu’il s’agit d’un hold-up généralisé du patronat sur les re-traites des travailleurs. Il faut qu’il s’étende encore pour obtenir le retrait du projet de démolition des retraites de Macron.