Belgique

Pas de miettes salariales !

Les négociations autour de l’accord interprofessionnel entre syndicats et patronat ont commencé début janvier. Alors que, lors des dernières années, les patrons ont obtenu le gel des salaires, voici qu’ils plaident eux-mêmes pour leur hausse ! On n’a jamais vu la bourgeoisie abandonner sa rapacité par bonté d’âme. En fait, elle craint les luttes des travailleurs qui se sont multipliées fin 2018. Un patron le reconnaît lui-même : “si nous ne prévoyons pas des hausses au niveau national, les exigences des travailleurs risquent d’être très élevées dans le contexte actuel, et nous risquons d’être confrontés à des mouvements sociaux ou à de nouveaux dérapages salariaux”. Les patrons espèrent qu’en lâchant quelques miettes, ils se préserveront de la colère des travailleurs. Il ne tient qu’à nous de les détromper.

Proximus : les actionnaires assoiffés de profit

Le 10 janvier, la direction de Proximus a annoncé son intention de licencier 1900 personnes d’ici 3 ans et escompte réaliser 240 millions d’euros d’économies en augmentant la charge de travail du personnel restant dans l’entreprise. En même temps, elle promet l’embauche de 1250 travailleurs pour “renouveller les compétences”. En clair, cela veut dire qu’elle considère les travailleurs comme des outils bons à jeter quand leurs compétences lui sont devenues obsolètes.
Pour justifier ce regain d’exploitation, la direction prétend que des menaces pèsent sur l’entreprise : un marché “hyper concurrentiel” et un potentiel quatrième opérateur qui pourrait lui voler des parts de marché. Or, ces menaces n’a pas empêché pas Proximus de verser 487,7 millions aux actionnaires en 2018 et de payer à la CEO, Dominique Leroy, près de 937 000 euros de salaire annuel ! Les soi-disant difficultés de l’entreprise sont un mensonge utilisé par le patron pour berner les travailleurs et leur faire avaler la pilule des licenciements.
L’Etat, se gardera bien d’intervenir. Michel a convoqué Leroy pour la forme mais il s’agit d’une comédie destinée uniquement aux travailleurs pour leur faire croire que les dirigeants politiques se soucient d’eux. En réalité, alors que, sur 21 ans, Proximus a licencié 12 421 emplois, l’Etat, qui en est l’actionnaire majoritaire, n’a rien fait pour préserver l’emploi.
Les travailleurs ne peuvent compter que sur leurs propres forces.
Jeudi 10 janvier, les call centers sont entrés en grève. Ils craignent d’être les premiers touchés par les licenciements, la direction cherchant à délocaliser leurs services. Mardi 15, c’est une grève dans toute l’entreprise qui s’annonce.
Il est plus que nécessaire que les travailleurs réagissent à ce patronat rapace et qu’a contrario du patron, ils imposent l’augmentation des salaires, de l’embauche et la répartition du travail entre tous, en prélevant sur les profits des actionnaires.

Les nationalistes dans la rue

Plusieurs centaines de manifestants d’extrême droite se sont rassemblés à Ninove jeudi 3 janvier, à l’initiative des organisations Schild en Vrienden et Voorpost. Dans cette petite ville où l’alliance d’extrême droite a obtenu 15 sièges sur 33 aux dernières élections, ils protestaient contre la majorité alternative qui s’est formée par la suite. La ville avait été bouclée par les autorités en prévision de la manifestation. Si l’extrême droite se sent forte aujourd’hui, libre de sortir dans la rue et de répandre ses idées nauséabondes à tous vents, c’est qu’en face, il n’y a plus grand monde. Plus personne pour leur faire entendre que, quelle que soit notre origine, nous sommes tous des travailleurs et nos intérêts communs sont bien plus importants que nos différences. Il faut que l’extrême gauce se fasse entendre elle aussi, et reprenne à son tour le haut du pavé.

NVA bla bla

Le gouvernement MR-NVA est tombé. A l’approche des élection, la NV-A veut se garantir sa place au pouvoir en taillant des croupières au Vlaams Belang. La NV-A a donc saisi l’occasion de ce pacte de Marrakech, parce qu’il fallait bien avoir un semblant de prétexte. Bien sûr, le MR crie que c’est déloyal, c’est de bonne guerre. En réalité, le MR n’aurait pas hésité non plus à faire un coup bas s’il en avait eu l’opportunité. Les élections, c’est chacun pour soi !

L’extrême droite est dans la rue

Dimanche 16 décembre, environ 5000 manifestants d’extrême droite se sont sentis en force pour manifester à Bruxelles contre le “Pacte migratoire”. Ils avaient initialement prévu de marcher sur le Parc Maximilien pour y terroriser les migrants. La misère pour les travailleurs, la démagogie raciste d’une fraction de la classe politique bourgeoise font pousser des ailes à cette fange de la société.
La police a été bien plus clémente à leur égard qu’avec les gilets jaunes et les grévistes en général. Il est vital que nous ne nous laissions pas la rue à l’extrême droite. Le 16 nous étions un peu plus de 1 000 dans la rue contre l’extrême droite, il faudra que le 12 janvier prochain nous soyons des milliers. Il serait d’ailleurs nécessaire et normal que les organisations syndicales mobilisent. Mais la victoire contre l’extrême droite se fera dans les entreprises, par la grève, lorsque la classe ouvrière reprendra confiance en ses propres forces et fera reculer la bourgeoisie et les patrons.

Pour une riposte du monde du travail

2018 a été une année de plus d’attaques répétées contre les classes populaires, d’une misère accrue et de régression sociale.
Le gouvernement et les employeurs, armés de rapports du FMI ou d’universitaires, prétendent aujourd’hui que le pouvoir d’achat a augmenté et que le chômage a baissé. Ce mensonge ne tient pas.
Les travailleurs ne s’y trompent d’ailleurs pas. Les fins de mois sont toujours plus difficiles, il faut toujours plus se serrer la ceinture.
Les prix ont augmenté. Ce n’est pas seulement le coût des carburants qui a décollé mais aussi celui de denrées et de services aussi indispensables que le gaz (+17%), l’électricité (+10%), les soins dentaires (+8%) et des produits alimentaires comme les pommes de terre par exemple (+11%).
Quant aux salaires, ils ont reculé. Entre 2015 et 2017, les salaires réels ont perdu 2,3%. Cela a continué cette année. Les raisons sont à chercher dans le saut d’index et, de façon plus générale, dans le chantage à l’emploi que les patrons font peser sur les travailleurs.
Les statistiques qu’utilisent le gouvernement et les employeurs sont tronquées. Elles intègrent dans leurs moyennes tous les privilégiés qui ne tirent pas leurs revenus de leur travail, contrairement à l’immense majorité de la population.
Pour ce qui est du chômage, il est bien loin de diminuer. Les statistiques officielles de l’ONEM dénombraient 365 000 chômeurs indemnisés au premier semestre 2018, mais il faudrait y ajouter plus de 150 000 chômeurs sans indemnités. C’est en laissant dans l’ombre plus du tiers des sans-emplois que le gouvernement tente de cacher que sa politique ne profite qu’aux riches.
Ainsi, le Tax-shift a permis au patronat de faire des économies de cotisations au détriment de la sécurité sociale tandis que la réduction de l’impôt sur les sociétés a été synonyme de coupes dans les services publics que les classes populaires sont les premières à subir.
Face à ces attaques, il n’a pas toujours été facile pour les travailleurs de s’organiser et de s’unir pour résister efficacement au gouvernement et au patronat.
Dans le secteur public, les fonctionnaires sont entrés plusieurs fois en grève. Cependant, les syndicats ont organisé trop peu de jours d’action pour que le gouvernement se sente menacé.
A la SNCB, plusieurs jours de grève n’ont pas réussi à faire abandonner les projets du gouvernement sur les retraites. A Bpost, une grève de 5 jours contre la détérioration des conditions de travail décidée par les syndicats a amené nombre de travailleurs qui n’avaient jamais fait grève à débrayer. Nombreux sont ceux qui n’ont pas accepté la capitulation syndicale qui a suivi, ont refusé l’accord proposé et continué le mouvement encore plusieurs jours. Chez Ryanair et AviaPartner, les travailleurs en grève ont réussi dans les deux cas à faire plier la direction. De nombreux autres secteurs, dont la distribution avec Carrefour-Mestdagh, ont été touchés par des annonces de vagues de licenciements et les salariés sont aussi entrés en lutte.
Tout cela montre que, quoi que veuillent faire croire les politiciens bourgeois, et malgré les coups et les reculs, le monde du travail peu se mobiliser pour se défendre.
Une preuve de plus en a été donnée à la fin de l’année quand de nombreux travailleurs, encouragés par les gilets jaunes en France, se sont mobilisés contre le gouvernement et la cherté de la vie.
Ce mouvement spontané reste disparate, sans unité, traversé par un mélange d’idées qui reflétait une composition sociale hétéroclite allant des travailleurs salariés aux petits patrons indépendants. Il n’est pas clair qui, des uns ou des autres, donnera le ton.
C’est la classe ouvrière qui fait fonctionner toute l’économie. Elle possède un atout essentiel pour faire plier le patronat : la grève. Les gilets jaunes, en restant à l’écart du mouvement ouvrier, se privent de cette arme essentielle.
Aujourd’hui, les travailleurs ont un besoin vital d’une augmentation générale des salaires, des pensions, des allocations et de l’embauche. Alors, il faut souhaiter que 2019 soit l’année de la riposte du monde du travail !

Pas de quoi faire la fête

La déclaration universelle des droits de l’homme a été adoptée par les nations unies après la seconde guerre mondiale, en décembre 1948. Nous sommes donc supposés fêter le 70ème anniversaire de ce texte. Pourtant, on se demande bien ce qu’il y a à fêter ! Les droits humains, tels qu’énoncés dans la déclaration, sont en régression un peu partout dans le monde. Et la Belgique ne fait pas exception. Un rapport de l’ONG Amnesty international pointe notamment les ventes d’armes réalisées par la Belgique à des dictatures notoires, ainsi que sa politique d’asile qui permet à nouveau l’enfermement des enfants, qui oblige des personnes à dormir dans la rue à cause de la limitation du nombre quotidien de demandes d’asiles. On peut encore citer les conditions de vie des détenus qui sont indignes d’un pays civilisé. Non, notre gouvernement n’a pas de quoi se vanter ni donner de leçons en matière d’applications de ces droits pourtant élémentaires.

La culture prend l’eau

Les directeurs des musées fédéraux belges tirent à nouveau la sonnette d’alarme : les mesures d’économie qui leur sont imposées compromettent leur survie à court terme. En 10 ans, les 14 musées gérés par l’État ont perdu entre 15 et 30% de leur budget. Autant de personnel en moins pour assurer les expositions et l’entretien, de matériel non renouvelé. [Sans parler de l’état des bâtiments : il y a plusieurs années que le toit du musée des beaux-arts laisse entrer la pluie et plusieurs œuvres majeures ont dû être décrochées et sont cachées dans les réserves pour les protéger.] A ce rythme, certains n’auront d’autre choix que de fermer. Pourtant, la culture ce n’est pas un luxe. C’est ce qui permet aux hommes de savoir d’où ils viennent, de comprendre le monde pour pouvoir le transformer. Le fait qu’elle ne soit même pas capable de préserver ce patrimoine démontre une fois de plus la décrépitude de la société capitaliste.

C’est dans les entreprises que le combat doit se mener

La journée d’action du 14 décembre contre la réforme des pensions et pour l’augmentation du pouvoir d’achat a été un franc succès. Les lignes des TEC en Wallonie et de De Lijn en Flandre étaient quasi totalement à l’arrêt, des zonings ont été bloqués ainsi que des centaines de grandes entreprises, aussi bien dans le secteur de la métallurgie que du textile, avec parfois 100% de grévistes. Des hôpitaux et des écoles se sont joints au mouvement. Des convois ont mené des actions escargot sur les routes tandis que d’autres actions étaient menées sur les ronds-points des centres-villes.
Isolés dans leur bulle, les politiciens et les médias avaient pour unique préoccupation les éternelles bisbilles politiciennes de la N-VA, du MR et des autres. Ils en viennent à considérer comme acquis que les travailleurs accepteront éternellement sans réagir à l’humiliation et aux privations qu’ils leur sont imposées.
L’histoire devraient leur avoir appris qu’ils ne doivent pas compter là-dessus. L’ampleur du mouvement a été bien au-delà des habituels bastions syndicaux. Les syndicats ont eux-mêmes reconnu qu’ils avaient été surpris par la volonté des travailleurs de faire grève.
Il est clair que le mouvement des gilets jaunes des semaines passées a donné envie à d’autres travailleurs d’entrer eux-aussi en lutte. Des grévistes racontent comment, au zoning de Courcelles par exemple, les piquets syndicaux cohabitaient avec ceux des gilets jaunes dans une ambiance fraternelle. Certains gilets rouges ou verts déclaraient d’ailleurs être gilets jaunes les autres jours ! C’est assez logique, car ils sont animés par la même volonté, celle de combattre la pauvreté grandissante des couches populaires.
Tous, travailleurs, chômeurs, pensionnés sont confrontés aux mêmes difficultés. Les fins de mois, les frais scolaires, les soins de santé réservés aux enfants, les privations permanentes, tout cela pèse toujours sur les mêmes. Certaines familles en sont réduites à compter sur l’aide des instituteurs pour nourrir les gamins à l’école. Un tel niveau de pauvreté dans un pays riche comme la Belgique, est une honte.
Le gouvernement Michel, non content de maintenir le blocage des salaires, y a ajouté des sauts d’index et surtout le report de l’âge de la retraite à 67 ans. Tout cela au nom de la dette de l’État, alors que cette dette vient principalement des cadeaux aux entreprises sous la forme de baisses successives des cotisations patronales. On en est au point où, selon les statistiques européennes officielles, la Belgique est le pays de la zone euro où le salaire a le moins augmenté et où les charges patronales ont le plus diminué.
La Belgique est candidate au titre de paradis des patrons et Michel voudrait gagner la course. Que cela provoque la colère des travailleurs est inévitable, la seule incertitude est quand.
L’étincelle des gilets jaunes a probablement aidé à la réussite du mouvement, mais elle n’explique pas tout. Chaque année il y a des grèves et des manifestations auxquelles les travailleurs répondent présents. Si le mouvement des gilets jaunes a pris cette ampleur, c’est justement parce qu’il est en partie composé de travailleurs plus déterminés à agir que leurs propres syndicats et qui ne se reconnaissent pas dans des structures syndicales qui n’organisent pas la lutte pour leurs revendications. Tous les travailleurs le savent et le disent : ce n’est pas en avec une manifestation par an qu’on peut forcer un gouvernement à céder quoi que ce soit.
L’organisation d’un micro rassemblement devant la FEB ce 14 décembre, au lieu d’une vraie manifestation, tout comme l’absence de mot d’ordre de grève à la SNCB, dans l’enseignement et à la Stib, montrent bien que les syndicats n’ont rien vu ou compris de la situation actuelle et en tout cas qu’ils ne sont pas prêts à organiser les grèves nécessaires. Alors, tant mieux si les travailleurs les ont surpris par leur détermination ce vendredi, et tant mieux si certains, en endossant un gilet jaune, ne les ont pas attendus pour agir !
Mais, les gilets jaunes se revendiquent d’être le Peuple et c’est là que le bât blesse. Car il n’y a pas de Peuple, il n’y a que des exploités et des exploiteurs. Le Peuple est un mot fourre-tout qui avait tout son sens au XVIIème siècle à l’époque de la Révolution française lorsqu’il représentait la population opposée à l’aristocratie, parasite au-dessus de la société. Le Peuple, c’est une communauté d’individus, aux intérêts divers voire contradictoires, réunis par leur opposition au pouvoir politique.
Nous ne sommes pas le Peuple, nous sommes la classe des travailleurs, la classe des exploités et nous sommes dans une guerre contre le grand capital, contre la classe des exploiteurs. Que ce soit pour gagner la bataille ou la guerre, il faudra que la lutte se mène dans les entreprises, là où nous sommes une force.

Oui, notre pouvoir d’achat baisse

Malgré ce qu’essaient de nous démontrer les ministres et les grands savants soi-disant spécialistes de l’économie à leur solde, la vie est de plus en plus difficile pour la majorité des travailleurs. Un sondage réalisé entre novembre et décembre montre que plus d’un ménage sur deux a vu son pouvoir d’achat diminuer au cours de l’année écoulée. Bien sûr, on peut faire entrer n’importe quoi dans les statistiques. Une minorité de gens sont de plus en plus riches. On peut aussi s’acheter, beaucoup moins cher qu’avant, une série de gadgets ou d’appareils électroniques, et on peut trouver de la nourriture – de mauvaise qualité – très bon marché. Mais cela n’a rien à voir avec notre quotidien. Les loyers augmentent, les factures d’énergie augmentent, les soins de santé augmentent. Le prix des transports est faramineux pour les milliers de personnes obligées de faire des kilomètres en voiture tous les jours. Et les salaires n’augmentent pas. C’est cela, notre quotidien messieurs les ministres, arrêtez de nous enfumer !