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Prime « de découragement » pour la santé

Le gouvernement a annoncé fièrement qu’il verserait avant la fin de l’année une prime unique de 985 euros bruts afin « d’encourager » le personnel de la santé. Ils auront dû attendre de nombreux mois pour voir arriver enfin du concret de la part du gouvernement, plus généreux en paroles qu’en actes ! Or cette prime ne s’adresse qu’aux soignants des hôpitaux au niveau fédéral. Rien n’est prévu pour le personnel d’entretien, pour les travailleurs des maisons de repos ou des maisons psychiatriques, ou pour les nombreux indépendants qui travaillent dans le secteur. C’est donc une bien maigre compensation pour ceux qui se sacrifient et s’épuisent depuis le mois de mars dans des conditions épouvantables.

Hausse des inégalités scolaires

Une étude récente est venue appuyer ce que les enseignants disent depuis des mois : la crise sanitaire, a accru les inégalités scolaires. Comme toujours, ce sont les classes populaires qui paient le prix fort en temps de crise, et les enfants n’y échappent pas ! Déjà parqués en temps normal dans des établissements vétustes, amiantés et exigus, confrontés à une pénurie de professeurs ainsi qu’à un manque de matériel électronique, la situation s’est empirée depuis mars. Résultat des comptes : un retard scolaire d’environ six mois en moyenne. Mais l’éducation devra encore se contenter de quelques miettes et de beaux discours, quand le patronat, lui, encaisse les millions.

Le profit d’abord, les travailleurs peuvent crever

La seconde vague de la pandémie est bel et bien là. Les contaminations sont reparties à la hausse de façon spectaculaire et les hôpitaux se remplissent à nouveau. Les experts tirent la sonnette d’alarme : une nouvelle catastrophe s’annonce et malgré le renforcement récent des mesures sanitaires, la situation va s’aggraver encore dans les jours qui viennent.

Dès le début de cette seconde vague, les politiciens en ont imputé la responsabilité à la population, en particulier aux jeunes qui ne respecteraient pas les règles ou aux fêtards irresponsables. Il y a certainement une minorité de réfractaires au port du masque mais ce ne sont pas eux qui expliquent que la pandémie ait repris son expansion dans tout le pays, ni dans toute l’Europe.

Il ne faut pourtant pas chercher loin : si l’on rassemble des milliers d’étudiants dans des salles de classe fermées ou des centaines de travailleurs dans des bureaux ou des ateliers, les contaminations vont forcément augmenter, masque ou pas. Comment respecter les gestes barrières quand on continue à s’entasser dans des transports publics bondés tous les matins ?

Les chiffres du « tracing » semblent indiquer que le foyer familial serait le premier lieu de contamination. Or, avant d’atteindre la famille, le virus a bien dû frapper l’un de ses membres, que ce soit à l’école ou au boulot. Pourtant, les politiciens préfèrent faire la morale et accuser telle ou telle partie de la population de ne pas suivre les règles, plutôt que de remettre en cause leur docilité face à une classe patronale impatiente de relancer la machine économique. Ces attaques sont d’autant plus injustes que les règles s’appliquent bien plus durement à ceux qui ont des bas salaires et qui se retrouvent au chômage économique, à ceux qui vivent dans des petits appartements étriqués et pour qui la rue tient lieu de seul espace de liberté. Pour eux, pas de villa ni de jardin, contrairement aux bourgeois qui forment la clientèle chérie des ministres. 

Cela fait des mois que le gouvernement Wilmès a répété que la situation était en train de redevenir normale, que l’on devait rouvrir les écoles, les universités et retourner au travail. De plus en plus de voix s’élevaient, au sein même du gouvernement, pour réclamer que l’on cesse de sacrifier l’économie sur l’autel de la santé. Et après ils voudraient mettre la responsabilité de la deuxième vague sur le dos des travailleurs ? Quelle sinistre plaisanterie !

Alors, oui, la responsabilité première, c’est celle du gouvernement qui ne connaît qu’une seule urgence : relancer la machine à profits du patronat.

Maintenant, le mal est fait. Et l’on se rend compte que sept mois après la première vague, les dirigeants du pays sont tout autant pris au dépourvu. Le « baromètre » de la pandémie n’est pas prêt et les mesures pour l’affronter semblent s’improviser semaine après semaine sans aucune logique autre qu’éviter de prendre des mesures sérieuses qui coûteraient éventuellement cher au patronat.

En effet, quel sens cela a-t-il d’instaurer un couvre-feu pendant les heures où 99% de la population dort ? Certains lieux de rassemblement comme les restaurants et les bars ont été fermés mais les entreprises restent ouvertes, de même que les écoles. Pourtant, c’est là que la majorité des contacts ont lieu.

On ne peut pas cette fois-ci invoquer à nouveau le prétexte de la surprise pour justifier le manque de matériel ou de personnel. Pourtant, le matériel de protection continue à être rationné et il y a toujours pénurie d’infirmières et d’aides-soignantes. Les places manquent dans les hôpitaux, dont les plus encombrés ont commencé à envoyer des malades dans d’autres villes. Certains hôpitaux demandent au personnel de santé de venir travailler même quand ils sont testés positifs ! D’autres en sont même réduits à faire appel à des bénévoles faute de moyens. 

Comme au printemps, ce sont les travailleurs qui font le plus les frais de la crise sanitaire et économique. D’abord parce qu’ils sont les moins protégés : ouvriers, caissières ou infirmières doivent continuer à se rendre au travail alors que leurs managers peuvent travailler à domicile. Ensuite,parce que le gouvernement s’est empressé d’ouvrir son portefeuille pour les patrons, tandis que les travailleurs en quarantaine ou dont l’école a fermé doivent prendre sur leurs congés !

Les mesures du nouveau gouvernement en faveur du secteur de la santé seront totalement insuffisantes. Les salaires des soignants restent trop bas ; le personnel est en sous-effectif chronique. Le secteur de la santé a subi des dizaines d’années de politiques d’austérité menées par les mêmes partis que ceux qui sont aujourd’hui au gouvernement. Ces politiques ont déjà privé une partie de la population de l’accès aux soins, aujourd’hui elles nous laissent impuissants face à la pandémie. C’est la logique du capitalisme : le profit avant tout, et tant pis pour les travailleurs.

Les vieilles recettes du nouveau gouvernement

Cette fois-ci, il aura fallu 493 jours depuis les élections de mai 2019 pour que les partis politiques se mettent d’accord sur la manière dont ils vont se partager le pouvoir. Toutes les combinaisons ont été envisagées, y compris l’alliance PS-N-VA dont Paul Magnette disait pourtant qu’elle était inacceptable – toutefois, ce n’est pas lui mais le CD&V qui l’a torpillée. Ces seize mois de tractations discrètes ont accouché d’une improbable coalition à sept partis – le PS, le MR, l’Open Vld, le CD&V, Ecolo, Groen et le SP.A – où chacun a durement négocié ses postes de ministres et les points du programme qu’il souhaitait ajouter pour justifier sa participation et présenter des « victoires » à ses électeurs. Le programme qu’ils ont finalement signé en commun est d’ailleurs volontairement vague.

Quoi qu’il en soit, ce sont toujours les mêmes qui jouent et qui gagnent, comme dans un jeu de chaises musicales auquel les travailleurs perdent toujours. 

Certes, il y a quelques nouvelles têtes, mais qui croit encore que cela va changer quoi que ce soit à la politique qui sera menée ? Alexander De Croo, le nouveau premier ministre, est le rejeton d’une famille de politiciens depuis plusieurs générations. C’est un chantre de la privatisation et de l’austérité qui souhaite faire trimer les travailleurs plus longtemps et pour moins cher.

Le CD&V est le parti qui s’est le plus fait prier. Il s’est longtemps focalisé sur la question de l’avortement, dont il refuse la légalisation. Derrière ce symbole se cache sa peur de froisser sa base catholique et réactionnaire, souvent proche de la N-VA et aux yeux de laquelle la coalition semblait trop à gauche ! 

Le PS, lui, malgré ses discours, a montré qu’il ne faisait pas la fine bouche et qu’il était partant pour n’importe quelle coalition. Magnette a affiché sa satisfaction en exhibant comme un succès la revalorisation des pensions minimales. Or, il n’est même pas clair s’il s’agira d’une augmentation à 1500 euros brut ou net. Magnette dit que oui, Bouchez dit que non. Ce qui est certain, c’est que seuls les travailleurs avec une carrière complète de 45 ans y auront droit tandis que les autres, ceux qui ont vécu le chômage, l’intérim ou les temps partiels, devront continuer à se contenter d’une pension misérable. Que les patrons se rassurent, avec ou sans le PS, les pauvres resteront pauvres ! 

Les autres promesses électorales du PS passent à la trappe. Plus question de revenir à la pension à 65 ans, ni sur le « Tax Shift » et autres cadeaux aux entreprises. Quant à la promesse d’un impôt sur les grandes fortunes, elle accouche d’une souris : Magnette a bien précisé qu’il ne toucherait qu’une infime minorité des plus riches. Selon De Croo, cet impôt rapporterait 200 millions. Ce n’est rien par rapport à la fortune des gros actionnaires et ce n’est qu’une miette par rapport au budget fédéral, qui dépasse les 120 milliards d’euros ! 

Le nouveau gouvernement a promis de refinancer les soins de santé. Il aurait été difficile de ne pas le faire après la crise qu’on vient de vivre. Mais les chiffres annoncés sont de très loin inférieurs aux besoins. Il est prévu d’augmenter leur budget de 2,5%, alors que c’est ce qui aurait été nécessaire chaque année depuis vingt ans rien que pour maintenir le système à flot, sans compter la crise du Coronavirus. Or, pendant ces vingt dernières années de gouvernements libéraux, socialistes, socio-chrétiens et autres, le budget des soins de santé a au contraire été raboté au nom de la rigueur budgétaire. Le trou à combler est énorme et cette goutte d’eau ne va pas suffire.

De Croo et Magnette se sont également engagés à augmenter le taux d’emploi à 80%. La question est comment comptent-ils s’y prendre ? les méthodes pour y parvenir peuvent être totalement opposées : remettre les malades de longue durée au boulot et mettre les vieux au travail plus longtemps ou alors créer de vrais emplois ? Même dans cette éventualité, il faudrait créer plus de 600 000 emplois, soit trois fois plus que les 200 000 promis par Verhofstadt en 2003 ou que les 220 000 de Charles Michel avec ses « jobs-job-jobs ». Autant de promesses non tenues vis-à-vis des travailleurs mais qui ont servi de justificatifs pour réduire les charges patronales et augmenter la flexibilité du travail.Le nouveau motto du gouvernement c’est « apporter la modernité ». Moderne, vraiment ? Depuis des décennie la bourgeoisie mène une politique anti ouvrière qu’elle tente de camoufler derrière des promesses creuses. Ce qui serait vraiment moderne, c’est que grâce à leur mobilisation, les travailleurs imposent les mesures d’urgence nécessaires aux classes populaires : augmentation des salaires, interdiction des licenciements dans les entreprises qui font des bénéfices, levée du secret bancaire et ouverture de la comptabilité des entreprises.

Le racisme, pilier de la police

Fin août, un site d’investigation flamand révélait l’existence d’un groupe Facebook privé rassemblant des policiers. Rempli de messages racistes, la page comptait aussi des appels à la violence contre les jeunes des quartiers populaires. Faut-il s’en étonner ? Non, car la police est avant tout la garante de l’ordre social capitaliste. Et pour cette raison, elle recrute de préférence des racistes, des fascistes et des réactionnaires qui haïssent les étrangers, les pauvres et les travailleurs et n’ont aucun état d’âme dès lors qu’il s’agit de les réprimer.   

La Belgique coloniale n’est pas morte

Le 10 septembre, la justice belge a enfin accepté de restituer à sa famille une dent du leader de l’indépendance du Congo, Patrice Lumumba, assassiné en 1961. Voilà encore un bel exemple de l’hypocrisie de la politique de décolonisation ! Des décennies durant, les gouvernements ont nié toute implication de l’Etat belge dans l’élimination du premier chef de gouvernement congolais. Avant tout nationaliste, Lumumba n’était pas un révolutionnaire. Il était d’ailleurs tout disposé à collaborer avec les capitalistes. Mais ces derniers ont toujours préféré avoir à leur botte des serviteurs plus dociles et corruptibles. 

Malades de la rue…

Une étude de l’hôpital Saint-Pierre révèle que les sans-abris ont trois fois plus de risques de contracter le Covid-19 que le reste de la population. Il ne faut pas chercher très loin pour en comprendre les raisons : la promiscuité dans les centres d’accueil et des installations sanitaires qui laissent à désirer. Il n’est pas normal que, dans une société aussi riche que la nôtre, des milliers de personnes continuent à souffrir de la pauvreté et en meurent. Même avec la crise, notre société crée bien assez de richesses pour nourrir, loger et soigner correctement toute la population.

Les jeunes sur le carreau

En un an, le nombre de jeunes au chômage a augmenté de près de 10% en Wallonie et de 17% à Bruxelles. Quant à ceux qui se sont inscrits pour la première au chômage et qui font leur stage d’attente, ils sont près de 30% en plus en Wallonie et de 50% à Bruxelles ! Les patrons font des économies et leurs premières mesures consistent le plus souvent à ne pas renouveler les contrats à durée déterminée, ce qui concerne essentiellement les jeunes. Alors même qu’il faudrait relancer massivement la production pour satisfaire les besoins de tous et mettre au travail les jeunes travailleurs pour soulager les plus âgés, les patrons, au contraire, réduisent les effectifs pour diminuer leurs coûts.  

Pendant des décennies, les actionnaires se sont enrichis sur le dos des travailleurs. Il est temps qu’ils paient la crise de leur poche au lieu de sacrifier nos emplois.

Meurtre policier + amnésie ministérielle = impunité totale

Une fois encore, la police a tué. Et si la veuve de la victime n’avait pas rendu publiques les images vidéo de l’intervention, ce meurtre serait tombé dans l’oubli comme tant d’autres. Les faits remontent à 2018 ! Jozef Chovanec, un Slovaque de 38 ans, malade, cherche à retourner dans son pays. Débarqué sur le tarmac de l’aéroport, il est passé à tabac et emmené en cellule. Dans la nuit, il se frappe la tête à sang contre les murs. Six policiers interviennent. L’un d’eux appuie la poitrine de la victime avec ses genoux et l’étouffe pendant 16 minutes, sous le regard hilare de ses collègues. Une policière trouve même le temps de faire un salut nazi ! Emmené à l’hôpital, Chovanec y décède. La police et la justice ont clairement cherché à étouffer l’affaire. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, l’actuel ministre-président flamand Jan Jambon, a quant à lui tenté de jouer les amnésiques avant qu’on lui rappelle ses contacts avec l’ambassadeur de Slovaquie. Les travailleurs n’ont aucune raison de faire confiance à une police barbare gangrenée par le racisme. Ils n’ont rien à attendre non plus de politiciens complices qui mentent en toute impunité !

Les patrons profitent de la crise

Alors que leur bateau coule, les patrons cherchent à maintenir les bénéfices et profitent de la situation pour faire les poches aux travailleurs. La FEB souhaite imposer n’importe quels horaires de travail aux salariés en les « flexibilisant », tout en réduisant les salaires qu’elles leur paieraient de nuit. C’est déjà osé ! Mais ils ne s’arrêtent pas là. Alors qu’ils jettent des milliers de travailleurs sur le pavé, ils voudraient aussi limiter la période de chômage à laquelle ceux-ci ont droit, forçant ainsi par la même occasion les travailleurs qui auront eu la chance de garder leur emploi à tout accepter. Montrons à ces voyous ce qu’on pense de leurs plans, flexibilisons leurs comptes en banque !