Les ouvriers d’Arcelor-Mittal ont raison de se battre

Jeudi 24 janvier, Mittal a annoncé la suppression de 5 lignes sur les 12 de la phase à froid, et de 1300 emplois dans la foulée. Elle fait suite à la fermeture de la phase à chaud, décidée en 2003 et qui provoque déjà 379 pertes d’emplois.
Mittal n’en est pas à son coup d’essai. Le groupe est connu comme repreneur d’usines en difficulté qu’il restructure pour faire du profit. Il a licencié en Roumanie, en Pologne, en République tchèque, en Italie, en France… Mittal justifie la fermeture du froid par ses pertes et la crise de 2008, or le groupe, numéro un mondial de l’acier, a fait 19 milliards d’euros de bénéfice net en cinq ans – il a de quoi voir venir ! Et en Belgique, le groupe a gagné 1,2 milliard en 2009, tout en ne payant d’ailleurs que 496 euros d’impôts !
Le lendemain de l’annonce, 400 travailleurs de l’usine ont manifesté à Bruxelles, puis à Namur et ils étaient 1500 à Strasbourg pour exprimer leur colère, et ils ont eu raison de crier bien fort qu’ils se sont fait avoir. Les délégués principaux, eux, se sont déclarés très satisfaits que les politiciens disent ne plus avoir confiance en Mittal. La belle affaire ! Mais ces politiciens ne sont pas des benêts, c’est en toute connaissance de cause qu’ils ont octroyé à Mittal les intérêts notionnels et les quotas CO2. Ils n’ont pas été bernés, ils étaient d’accord ! Quand Mittal est arrivé en 2006, ils l’ont accueilli comme un sauveur, ils lui ont déroulé le tapis rouge avec la complicité des syndicats qui n’ont jamais rien dénoncé et font aujourd’hui les scandalisés.
Les syndicats se font aujourd’hui les défenseurs de l’idée d’un repreneur. Depuis la fermeture du chaud en 2011, ils ont élaboré un plan industriel avec des experts pour démontrer que l’usine était viable. Voilà bien le problème, les syndicats se substituent aux patrons et réfléchissent comme des investisseurs en termes de rentabilité. La région wallonne va recourir à une banque d’expert pour réaliser un plan de faisabilité similaire à celui des syndicats, et qui va coûter un million d’euros. Pour quoi faire ? Pour attirer un nouveau Mittal ?
Les capitalistes n’ont pas besoin de nous pour réfléchir en termes de profits. Et ce n’est pas en leur faisant miroiter une bonne affaire qu’on les décidera à agir dans l’intérêt des travailleurs. Au contraire, de nous voir jouer aux apprentis investisseurs doit bien les faire rigoler !
La seule manière d’agir et de peser sur leurs choix industriels, c’est en leur faisant peur, en leur mettant la pression, y compris d’une manière globale et politique. Car politiquement, les capitalistes sont solidaires entre eux. Même s’ils sont en concurrence les uns avec les autres pour les marchés. Quand les travailleurs commencent à se montrer trop menaçants, trop autonomes, prêts à remettre en cause l’ordre établi, alors seulement, les capitalistes lâchent du lest et leurs complices politiciens avec eux, ceux-là même qui font mine d’avoir été roulés dans la farine, après avoir contribué à nous faire avaler des couleuvres.
Eh bien, il est temps de montrer que nous n’allons pas avaler leurs boniments et que c’est nous qui allons décider.
Certes, les syndicats n’ont pas accepté le plan de Mittal, mais ils n’ont pas non plus organisé la mobilisation pour faire reculer le patron. Ils sont toujours dans cette optique de négocier dans les salons pendant que les travailleurs restent au balcon. Le problème, c’est que cette stratégie ne crée pas de rapport de force en faveur des travailleurs. Les syndicats se font lanterner par la direction qui offre des petits fours, pendant que Mittal prépare le terrain pour être seul maitre à bord.
Le lundi 28 a eu lieu une assemblée générale aux ateliers centraux à Ougrée. « On n’a plus rien à perdre les gars » clame le président de la délégation, Robert Ronzeeuw qui pourtant appelle à ne pas faire grève immédiatement, au mécontentement d’une partie des ouvriers, que la délégation a empêchée de prendre la parole pour défendre son point de vue.
Attendre une aide des politiciens est une illusion. Les travailleurs qui se battent ne doivent ni ne peuvent rien attendre de personne, ils doivent se défendre par eux-mêmes.
Ce qui compte, ce n’est pas qui va reprendre l’usine, la Région ou un capitaliste privé. Cela ne fera que reporter le problème. Avec ses milliards, Mittal peut parfaitement maintenir les emplois. Mais il ne le fera que si par la lutte on impose l’interdiction des licenciements, et ce serait déjà un premier pas pour remettre en cause l’emprise du patronat sur la société.

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