Tous les articles par La Lutte

Faire décoller les licenciements… pour faire planer les actionnaires

Après avoir annoncé en juillet qu’il comptait jeter 80 travailleurs sur le pavé, Ryanair a doublé récemment ce chiffre, le faisant passer à 172. La situation est très difficile paraît-il. Mais qui peut sérieusement croire qu’une entreprise qui a empoché plus d’un milliard d’euros de bénéfice net depuis 2015 est en difficulté ? En réalité, Ryanair cherche à maintenir son profit et à faire payer la crise aux pilotes et au personnel de cabine. Mais ces derniers ne sont pas dupes. Ils ont déjà montré qu’ils savaient se battre contre les plans de leurs patrons et actionnaires pour les faire redescendre sur terre ! Ces richards n’ont qu’à puiser dans leurs fortunes pour maintenir l’emploi !

Cadences infernales chez Bpost

L’augmentation du nombre de colis et les absences liées au Covid accentuent la charge, qui était déjà bien lourde, dans les bureaux et les centres de tri de Bpost. A force de réduire le nombre de travailleurs au minimum et d’accepter un maximum de colis pour faire gonfler les profits, la moindre secousse est ressentie durement par les travailleurs déjà épuisés en temps normal. Les débrayages se sont multipliés pour exiger de nouvelles embauches et limiter le travail non-essentiel, comme la distribution de pub, mais la direction fait la sourde oreille. Il faudra probablement taper plus fort, mais les travailleurs sauront faire passer leur message.

Makro : manœuvres d’escrocs

Makro Belgique, qui a moins profité du coronavirus que ses concurrents, souhaite rattraper son retard en se débarrassant de 100 à 200 travailleurs intérimaires et en contrats temporaires « trop coûteux » sous prétexte de « sécuriser l’emploi en CDI et de sauver l’entreprise ». Ce couplet, souvent entonné par les patrons, n’est en réalité qu’une basse manœuvre qui cherche à diviser les travailleurs en fonction de la durée de leur contrat et à faire accepter aux travailleurs en CDI d’alourdir leur charge de travail sans gagner un sou de plus. Patrons et actionnaires parlent souvent du « coût du travail », mais le travail crée les richesses qu’ils pillent ! S’il faut se débarrasser de quelqu’un, c’est bien d’eux !

Le bouchon saute !

Un mouvement de grève a éclaté sur le site d’AB-Inbev à Jupille quand les ouvriers ont appris que dix salariés avaient contracté le virus sur le site et que la direction ne leur en avait pas soufflé mot pour ne pas perturber la production. C’était la goutte de trop, celle qui démontre que pour les patrons, les travailleurs ne sont que de la chair à profit, juste bons à fabriquer leurs fortunes quitte à en crever. Grâce à leur mouvement, ils ont contraint la direction à faire contrôler le respect des mesures sanitaires… Enfin ! Ils devront rester vigilants et ne rien attendre de l’État à la botte des capitalistes : l’absence d’inspection le démontre suffisamment. Ils sont les seuls à pouvoir faire respecter les mesures sanitaires au patron. Bravo à eux !

Circulez, y’a rien à voir

En Belgique, l’épidémie du Coronavirus a déjà fait près de dix mille morts et 96 000 cas d’infection ont été détectés. Comme dans beaucoup d’autres pays, la question se pose de savoir comment, alors qu’on dispose en théorie de moyens sanitaires modernes et développés, l’infection ait pu prendre de telles proportions.

Pour les travailleurs, principales victimes de la crise sanitaire et de la crise sociale qui a suivi, la réponse est immédiate : la cause est dans le choix de faire passer les profits avant la santé.

Les politiciens qui dirigent le pays n’ont évidemment pas la même réponse. Le Parlement a lancé en juin une « commission spéciale » qui, comme les commissions précédentes, ne fera que pointer des lampistes et se lamenter sur les erreurs des différents comités d’experts qui ont été mis en place au cours de la crise. Entre Sciensano, le CNS, le RMG, Celeval et le GEES, bien malin qui pourra dire qui était responsable de quoi ! Ni à quoi ça sert d’avoir 8 ministres de la santé dans un pays aussi petit !

Les libéraux, qui ont été aux premières lignes pour gérer la crise avec la première ministre Wilmès (MR), et la ministre de la santé De Block (Open VLD) ont déjà déclaré qu’il ne fallait pas que la commission se précipite et qu’elle prenne le temps d’aller en profondeur. Ils espèrent peut-être que la crise sera loin derrière, le prochain gouvernement bien en place, quand on commencera à déballer leur linge sale. La commission, établie en juin, n’a en effet pas l’air bien pressée puisqu’elle ne s’est réunie que deux fois depuis lors !

Suite à la crise de la dioxine en 1999, quand on a découvert ce cancérigène dans les farines alimentaires destinées aux poulets, une commission parlementaire a créé l’Agence fédérale pour la sécurité alimentaire. Mais cela n’a rien changé aux pratiques des groupes agro-alimentaires qui continuent à chercher à maximiser leurs profits au détriment de la population laborieuse, celle qui ne peut pas se payer du bio à tous les repas. 

Les commissions Fortis, Sabena, Dutroux, etc. n’ont mis un terme ni aux manipulations financières des banques, ni aux licenciements, ni au mauvais fonctionnement de la justice. Les commissions Covid ne vont rien changer non plus parce que, pas plus que les autres, elles ne vont remettre cette société en cause.

A la place, elles vont chercher des « erreurs », des « dysfonctionnements », et elles vont en trouver. Les experts mandatés par la commission du Parlement fédéral en ont déjà cité une liste impressionnante. 

En réalité, ces supposées erreurs sont les conséquences dramatiques de choix économiques bien conscients, orientés vers le profit. Ce n’était pas par erreur mais par choix s’il n’y avait pas de masques en mars 2020 : on avait jeté les vieux stocks, et le gouvernement rechignait à en racheter. Ce n’est pas par erreur si on a laissé les vieux mourir dans les homes : il n’y avait pas assez de place dans les hôpitaux, minés par les années d’économies. 

Quand le virus a débarqué, le gouvernement était prévenu. Il existait même un « plan pandémie », établi depuis des années et qui recommandait justement d’avoir un stock de masques. Mais le gouvernement a tardé, De Block parlait encore d’une « grosse grippe », alors que les rapports scientifiques avaient déjà établi la mortalité de ce virus. Il a tardé à acheter des masques, puis à commander les tests et à mettre en œuvre un dépistage systématique. Il n’a pas protégé le personnel de la santé. Il n’a pas imposé aux entreprises qui continuaient à fonctionner de protéger leurs salariés. 

L’organisation efficace et rationnelle de la société est depuis longtemps le cadet des soucis de la bourgeoisie, préoccupée avant tout par ses profits. Résultat : quand bien même elle le voudrait, la bourgeoisie n’est plus qu’un géant aux pieds d’argile, incapable de mettre en branle toute la société vers un même objectif. Toutes les choses incroyables, grandioses qui ont vu le jour pendant cette épidémie, sont le fait de travailleurs qui se sont organisés entre eux, sur leur lieu de travail, malgré les contraintes de l’épidémie et de l’État. Les médecins, les hôpitaux et les infirmières n’ont pas attendu les ministres, ils se sont débrouillés seuls. L’État, lui, était trop occupé à donner de l’argent aux patrons et aux actionnaires pour qu’ils se remboursent de leur baisse d’activité. Cette ardoise-là, ils vont la réclamer aux travailleurs plus tard.

Ces commissions spéciales ne sont que de la poudre aux yeux qui permettront à quelques politiciens de jouer les chevaliers blancs. Seule une société dirigée par les travailleurs pourra donner la priorité à la santé et à l’éducation des enfants, à des modes de déplacement efficaces et non polluants, à une alimentation saine, à des services publics de qualité, etc. Le capitalisme, lui, a tourné le dos à la civilisation… le capitalisme, c’est la barbarie.

Pas de restauration des emplois

L’entreprise Sodexho vient d’annoncer qu’elle veut supprimer 380 emplois sur les 4000 que compte l’entreprise. Le patron a beau verser des larmes de crocodile sur les emplois perdus et déplorer que la crise qui l’obligerait à prendre cette mesure ; il n’empêche qu’il n’a pas proposé d’aller puiser dans son portefeuille pour compenser les pertes de l’entreprise.

Noyé par la misère

Un migrant soudanais, Abdulfatah Hamdallah, s’est noyé dans la Manche fin août. On venait de lui refuser des papiers en France et il tentait une ultime traversée pour tenter sa chance en Grande-Bretagne. Les migrants sont des milliers à traverser les mers et risquer leur vie pour venir vivre en Europe. On ne compte plus les centaines d’entre eux qui meurent noyés en Méditerranée chaque année. Contrairement à ce que prétend la démagogie nationaliste, il y a bien suffisamment d’espace et de richesses en Europe pour accueillir les êtres humains qui fuient la misère et la guerre de leur pays d’origine. 

Malades de la rue…

Une étude de l’hôpital Saint-Pierre révèle que les sans-abris ont trois fois plus de risques de contracter le Covid-19 que le reste de la population. Il ne faut pas chercher très loin pour en comprendre les raisons : la promiscuité dans les centres d’accueil et des installations sanitaires qui laissent à désirer. Il n’est pas normal que, dans une société aussi riche que la nôtre, des milliers de personnes continuent à souffrir de la pauvreté et en meurent. Même avec la crise, notre société crée bien assez de richesses pour nourrir, loger et soigner correctement toute la population.

Les jeunes sur le carreau

En un an, le nombre de jeunes au chômage a augmenté de près de 10% en Wallonie et de 17% à Bruxelles. Quant à ceux qui se sont inscrits pour la première au chômage et qui font leur stage d’attente, ils sont près de 30% en plus en Wallonie et de 50% à Bruxelles ! Les patrons font des économies et leurs premières mesures consistent le plus souvent à ne pas renouveler les contrats à durée déterminée, ce qui concerne essentiellement les jeunes. Alors même qu’il faudrait relancer massivement la production pour satisfaire les besoins de tous et mettre au travail les jeunes travailleurs pour soulager les plus âgés, les patrons, au contraire, réduisent les effectifs pour diminuer leurs coûts.  

Pendant des décennies, les actionnaires se sont enrichis sur le dos des travailleurs. Il est temps qu’ils paient la crise de leur poche au lieu de sacrifier nos emplois.