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Il vole vos droits !

Chez Volvo, plus de 200 travailleurs se sont mis en grève dénonçant les cadences infernales et la pression des chefs. 16 d’entre eux ont été licenciés. La motivation du renvoi : « ils n’ont plus leur place dans l’organisation ». Or, ces travailleurs étaient là depuis des années ! Le groupe compte bien faire régner l’ordre chez lui et il veut punir ceux qui osent remettre en cause ses décisions. On ne peut pas attendre de la loi qu’elle nous défende. Elle n’est pas de notre côté et c’est à nous de faire respecter nos droits.

La lutte se mène dans la rue, pas dans les salons

Le 27 février dernier, les travailleurs ont largement suivi l’appel à la grève lancé par la CGSP. La SNCB, les TEC, la STIB étaient fortement perturbés voire à l’arrêt. Les profs aussi ont suivi le mouvement.
Le motif de la grève était clair : défendre les pensions contre les attaques répétées du gouvernement Michel et en particulier contre le dernier projet de Bacquelaine, le ministre des pensions, qui veut réduire les droits à une pension anticipée pour ceux qui ont des métiers dits « pénibles ».
Cependant, malgré la réussite apparente du mouvement, il est peu probable qu’il ait réellement fait peur au gouvernement. D’abord parce que les syndicats sont apparus divisés bien que le problème touche tous les travailleurs. Mais surtout parce qu’aucune mobilisation n’a été organisée, ni manifestation, ni rassemblement, ni même de piquets ! Le mot d’ordre du syndicat était de faire grève et de rester chez soi !
Les syndicats considèrent la grève comme un moyen de pression pour obliger le gouvernement à « retourner à la table de négociation ». Pour eux, la négociation entre directions syndicales, patronales et gouvernement est la manière normale et souhaitable de régler les conflits sociaux. Mais en réalité, ça ne fonctionne pas comme ça. Patronat et travailleurs forment deux classes sociales distinctes aux intérêts inconciliables. Entre elles c’est la guerre à mort, toutes les armes, tous les coups sont permis. Celles des capitalistes sont la répression, la menace, la négociation. Celle des travailleurs est la grève.
Les patrons d’une entreprise commencent à discuter lorsqu’ils estiment que ce sera la meilleure méthode pour aboutir à leurs fins. Ils discutent pour temporiser, affaiblir les travailleurs en les divisant. Ils discutent pour essouffler la mobilisation en agitant des solutions qui n’en sont pas, en tirant en longueur les négociations jusqu’à ce que la combativité faiblisse. Discuter ce n’est pas encore céder. Les patrons ne cèdent jamais rien s’ils ne sont pas dans les cordes. Ils lâchent du lest lorsque la mobilisation des travailleurs devient un risque pour les profits présents ou futurs. Le gouvernement et les organisations patronales défendent les intérêts généraux de la classe bourgeoise.
Ce ne sont pas les pertes de profits qui leur font peur, mais la perte de pouvoir. Ils craignent que la classe ouvrière ne se sente forte, qu’elle ne craigne plus ni la police, ni l’État. Or, cette force elle l’acquiert dans les mouvements de grève, lorsqu’ils durent, qu’ils s’étendent à des secteurs de plus en plus nombreux de la classe ouvrière. Ce que la bourgeoisie craint par-dessus tout c’est une grève qui se renforce au lieu de s’affaiblir alors même qu’elle sort toutes ses armes pour en venir à bout. La bourgeoisie redoute la possibilité d’une perte de pouvoir, c’est-à-dire d’une perte de contrôle de la situation.
Inutile de dire que le 27, on en était bien loin.
Pourtant dans l’histoire, ce sont des moments comme ceux-là, de perte de contrôle par la bourgeoisie, qui ont abouti aux grands acquis de la classe ouvrière : pensions, allocations de chômage, de maladie, etc.
La pension, puisque c’est ce qui est en jeu aujourd’hui, forme une partie du salaire indirect. Les entreprises la versent dans une caisse au lieu de la donner directement aux salariés. Attaquer les pensions est plus facile pour la bourgeoisie car cela n’a pas d’impact directement perceptible à la fin du mois. L’effet des mesures sera visible dans dix, vingt ou quarante ans selon l’âge des travailleurs. En revanche, cette baisse du salaire indirect, c’est aujourd’hui qu’elle profite au patronat.
Alors, pour s’y opposer il faudra autre chose qu’une journée de grève « à la maison ». Le manque à gagner qu’une telle grève peut causer aux entreprises, ce n’est que de l’argent et ce n’est rien par rapport au gain potentiel que représente la réduction des pensions de millions de travailleurs.
Pour que les choses changent, il faudra que les travailleurs se mobilisent, qu’ils montrent leur colère, leur refus d’être poussés vers la misère, leur refus de travailler jusqu’à la porte de la tombe. Ce n’est que cette saine colère-là qui peut faire peur au patronat car il sait qu’elle est incontrôlable et qu’elle peut remettre en question leur domination sur l’économie et la société.
La lutte se mène dans la rue, pas dans les salons !

S’élever contre le harcèlement et l’oppression des femmes!

Le scandale Weinstein, du nom de ce producteur américain qui imposait un droit de cuissage aux actrices d’Hollywood, a été un électrochoc dans les milieux bourgeois.
Au travers des mouvements #metoo et #balancetonporc, des milliers de femmes, essentiellement des journalistes, des écrivaines et des cadres, fréquentant ce qui est censé être la fine fleur de la société, ont témoigné des comportements les plus glauques et avilissants.
Certaines trouvent désormais le courage de porter plainte pour viol ou harcèlement sexuel. Que ce soit aux États-Unis ou dans les autres pays, la liste des personnalités mises en cause s’allonge donc de semaine en semaine.
En Belgique, aucun homme n’a encore été accusé, mais Louise a été tué par son voisin qui avait été condamné plusieurs fois pour viol. En mars, Karima a été assassinée de plusieurs coups de couteaux par son compagnon. En juillet, Mailys a été poignardée par son ancien petit ami.
Certains dénoncent un climat de suspicion généralisée et voient dans les réseaux sociaux un  » tribunal révolutionnaire  » intolérable. Mais l’année passée, 38 femmes sont mortes, tuées pour des raisons machistes. Plus de 40000 plaintes pour violence conjugale sont déposées chaque année et 85% des victimes sont des femmes. Ces chiffres sont hallucinants. Or, ils ne sont qu’une petite partie de la réalité. Alors, si la diffamation peut nuire à la carrière publique de quelques-uns, c’est d’abord le silence et l’omerta qui peuvent tuer.
La société recèle une telle épaisseur de crasse misogyne et de préjugés vis-à-vis des femmes, que cela ressort par tous ses pores, que ce soit sous les paillettes et les poses glamour des stars ou dans les hautes sphères politiques et même religieuses.
Aucun milieu n’y échappe parce qu’il ne s’agit pas seulement d’éducation et de culture. C’est une question de préjugés et de pouvoir.
Que des actrices mondialement connues, des députées et des journalistes renommées expliquent ne pas avoir osé dénoncer leur agresseur de peur d’être mises au ban de leur profession et de voir leur carrière compromise, en dit long sur la force du pouvoir et de l’argent dans notre société. Et le gouvernement fait toujours mine de croire à l’existence de rapports égalitaires dans l’entreprise !
Les rapports de domination et de pouvoir structurent la société capitaliste. Et le plus déterminant est le rapport de classe, le rapport entre exploités et exploiteurs, celui qui met les salariés à la merci d’un chef, d’un responsable ou d’un patron. Et les femmes qui subissent de plein fouet les bas salaires, la précarité et le chômage en sont les premières victimes.
Et quand on est ouvrière ou simple employée, il faut se débrouiller, sans beneficier de relations dans les médias, la police ou la justice. Il faut se battre sans argent, avec le risque de perdre son gagne-pain.
Alors oui, le combat contre les violences sexuelles s’ajoute à ceux que les travailleurs ont à mener dans les entreprises. Il passe par la lutte contre les réflexions et les attitudes sexistes.
Le pire pour les femmes qui se battent contre leurs harceleurs est d’être en butte aux préjugés machistes de leurs camarades de travail. Il faut qu’elles puissent compter sur les hommes pour conquérir leur dignité au travail. De même, les travailleurs doivent pouvoir compter sur les femmes qui composent la moitié de la classe ouvrière pour mener le combat contre l’exploitation.
Il y a deux siècles, le socialiste Fourier expliquait déjà que, dans une société donnée, le degré d’émancipation des femmes est la mesure de l’émancipation générale. Depuis, bien des luttes se sont déroulées.
Alors que la bourgeoisie réservait l’action politique aux seuls mâles, les femmes se sont battues individuellement ou collectivement pour le droit de faire des études, de travailler, de voter et pour le droit à l’avortement. Ces combats ont contribué à faire évoluer les mentalités et il faut les poursuivre.
Mais ils ne suffisent pas à éradiquer les habitudes sexistes et à déraciner les préjugés séculaires parce que ceux-ci sont entretenus par les rapports d’exploitation inscrits dans l’organisation capitaliste.
C’est pourquoi le combat pour l’émancipation des femmes est indissociable de celui pour libérer la société du capitalisme.

Qui l’eut cru !

Oh, quelle surprise ! Depuis 2007, date de la privatisation du secteur de l’énergie, la facture de gaz -électricité a augmenté de 70%. Et votre salaire, de combien a-t-il augmenté en dix ans ? Votre pouvoir d’achat, il a grandi ? Non, bien sûr !
Et donc, encore une fois, on constate ce que tout le monde sait, une privatisation fait augmenter les prix. Le blabla sur le marché et sa concurrence bienfaisante, eh bien c’est faux, tout simplement. Pas besoin de faire des calculs savants pour le savoir. Les actionnaires privés n’ont aucune raison, contrairement à l’État, de maintenir les prix des services publics à un niveau raisonnable, accessible à la population. L’objectif des actionnaires, c’est de faire du profit.
Et pour ça, il n’y a pas des milliers de façons de s’y prendre : soit la productivité augmente, soit ce sont les prix qui augmentent. En fait, c’est souvent une combinaison des deux.
Dans un premier temps, la concurrence obligera les entreprises à maintenir les augmentations de prix à un niveau acceptable.
Mais les jeux d’achats et de ventes entre les entreprises finissent par tendre vers une situation de monopole et donc d’entente sur les prix. (Oui oui, on sait, l’Europe dit que c’est interdit…). Et là, badaboum, ils peuvent plumer le consommateur qui n’aura pas d’autre choix ! Les privatisations sont vraiment une aubaine pour le patronat.

Gaaarde à vous !

Maggie De Block est décidément au garde à vous devant les organisations patronales. Johann Leten, le représentant de la Voka Limbourg, a expliqué dans la presse que tous les patrons voudraient baisser le nombre de malades de longue durée ! En gros, ils accusent les toubibs de faire des certificats au plus offrant. On comprend que les toubibs se soient indignés. Bon, il est bien possible que la Voka s’excuse devant les médecins. Après tout, ils sont un petit peu du même monde. Mais les patrons ne lâcheront pas l’idée.
Partout le travail est plus dur, il y a des suppressions de postes, plus de stress. Les patrons vont jusqu’à l’os. Partout, ils essayent de grappiller de l’argent pour augmenter leurs profits.
Il est évident qu’il ne faut pas les laisser faire.
Mais on peut déjà imaginer les directions syndicales s’échiner à démontrer que les patrons se trompent, que ce n’est pas rentable (pour eux) à long terme, etc. Remettre au boulot des travailleurs usés moralement et physiquement par une productivité démente, ne doit pas être négociable. Il faut leur dire non, tout de suite et maintenant. D’ailleurs, il serait bon de reprendre cette bonne vieille manière de faire : on se mobilise d’abord, on négocie après !

Carrefour amasse les profits et licencie les travailleurs

Carrefour a annoncé la suppression de 1200 emplois en Belgique, dont 1052 dans les hypermarchés et 180 au siège, soit 11 % des effectifs totaux.
Les employés ont répondu le 26 janvier par la grève dans 24 des 25 hypermarchés du pays. Depuis, le travail a partiellement repris mais des grèves d’un jour sont organisées par les travailleurs dans différents magasins.
La direction a évoqué une  » année difficile  » et prétend que la restructuration est nécessaire pour des raisons de  » digitalisation « . Il y a 10 ans, le groupe avait déjà fermé des magasins et licencié 1700 personnes pour de soi-disant problèmes de  » rentabilité « . En réalité, quel que soit le prétexte invoqué, la vraie raison est évidemment l’augmentation des profits : Carrefour a fait un bénéfice de plus d’un milliard d’euros sur l’année écoulée, avec un chiffre d’affaires mondial de plus de 88 milliards. En Belgique, l’entreprise a fait 65 millions d’euros de bénéfices. C’est ce qu’ils appellent une année difficile !
Les actionnaires prélèvent chaque année 45 à 50 % du résultat sous forme de dividendes et ils comptent bien continuer à le faire. Alors, de quoi se plaignent-ils ? De rien, ils en veulent simplement toujours plus. Et ils ont marqué leur satisfaction devant le bain de sang social puisque l’action du groupe a immédiatement gagné 3%. Chaque salarié licencié signifie des bénéfices en plus pour eux.
Et il ne s’agit pas de petits poissons : parmi les gros actionnaires, on trouve au premier rang la famille Moulin, propriétaire entre autres des Galeries Lafayette à Paris, suivie de la famille Arnault, propriétaire de LVMH, première fortune de France, détenteurs respectivement de 11,5 et 9 % du capital de Carrefour. C’est pour garantir leur immense richesse que les actionnaires de Carrefour décident de sabrer dans les effectifs partout dans le monde.
Face au choc que subissent les travailleurs, les politiciens belges se sont une fois de plus ridiculisés et aplatis devant le patronat. Ils sont gluants d’hypocrisie :  » Je suis aux côtés des travailleurs  » a déclaré Pierre-Yves Jeholet (MR), le ministre wallon de l’Emploi, pour le fédéral, c’est Kris Peeters (CD&V) dont le  » soutien va vers les travailleurs et leurs familles « . Rassurant, le ministre Bruxellois de l’Emploi, Didier Gosuin (Defi), explique qu’il ne s’agit pas d’une restructuration mais d’une  » transformation « . Les travailleurs transformés en chômeurs apprécieront la différence !
Tout le soutien que ces politiciens ont donné, c’est aux patrons. La politique  » jobs jobs jobs  » de Charles Michel permet aux patrons de profiter de la détresse des chômeurs pour recruter des salariés de plus en plus précaires et de plus en plus mal payés. Toutes les mesures qui ont été prises pour réduire le  » coût  » des travailleurs. Carrefour en a profité et a reçu des aides dont le ministre Gosuin ne va évidemment pas réclamer le remboursement.
Tous ces messieurs prônent maintenant la concertation. Ils prétendent vouloir limiter les pertes d’emplois mais dans la pratique ils ont tous les mêmes mots à la bouche : nous sommes impuissants. Quand il s’agit d’attaquer les droits de millions de familles, de baisser les salaires ou de couper dans les budgets de services publics, de l’éducation ou des hôpitaux, il n’y a pas de problème ! L’impuissance de la classe politique est évidemment feinte. Son rôle est de garantir au patronat la possibilité d’exploiter les travailleurs en réprimant toute résistance, en limitant le droit de grève, en aggravant la précarité et en faisant régner la peur du chômage et de la pauvreté.
Par principe, on ne peut rien attendre du gouvernement.
Les travailleurs de Carrefour l’ont bien compris. Beaucoup sont partis en grève dès le premier jour. Sur les piquets, personne n’a d’illusion sur les intentions de la direction, ni sur le soutien des politiciens. Certains travailleurs ne comprennent pas pourquoi les syndicats attendent. Il disent attendre d’en savoir plus, d’avoir des chiffres, de connaître les intentions de Carrefour etc. En réalité, il n’y a rien à attendre. Ce qu’il faut, ce n’est pas des discussions de salon entre directions syndicales et patronale, mais que les travailleurs montrent leur force collective et leur colère. Cela seul pourra faire reculer le patronat. Carrefour compte 375 000 travailleurs dans plus de 30 pays. Leur force, c’est leur nombre. Leur arme, la mobilisation et la grève.

Grève des coursiers de chez Deliveroo

Les membres du collectif des coursiers, qui regroupe 200 travailleurs de chez Deliveroo, ont mené des ac-tions de grève le week-end dernier. La colère des li-vreurs à vélo vient de l’obligation qui leur est faite de devenir indépendants à partir du 31 janvier. Payés 5 eu-ros bruts la course, ils n’auront alors plus droit à au-cune protection sociale ou couverture en cas d’accident. De quoi rendre leurs conditions de travail, déjà pré-caires, vraiment dignes de celles des journaliers du XIXème siècle. A Bruxelles, à Liège et dans d’autres villes, ils se sont rassemblés pour faire le tour des res-taurants  » partenaires  » de Deliveroo et les faire fermer l’application internet afin de soutenir leur mouvement.