Le beurre et l’argent du beurre

jpg_dessin1021_titom_bourse_chomageLe gouvernement est au service des patrons, il prétend le contraire, mais c’est évident pour le monde du travail. Cet été, le ministre des Finances, le N-VA Van Overtveldt, a fait un pas de plus en proposant de réduire l’impôt des sociétés de 34% à 20%.
Depuis plusieurs années, le gouvernement blanchit systématiquement les fraudeurs qui ont placé leur argent dans les paradis fiscaux. La DLU, la « Déclaration Libératoire Unique » était censée être unique mais elle en réalité est reconduite chaque année.
Le gouvernement a mis en place un système fiscal sur mesure pour les diamantaires qui leur permet de continuer à faire leurs affaires dans l’opacité la plus totale.
Il a établi des accords secrets, des « profit excess rulings », qui exonèrent les grands groupes d’une partie de leurs obligations fiscale.
Et depuis 2006, il a offert aux entreprises le principe des intérêts notionnels qui leur permet de déduire de leurs impôts les emprunts qu’elles ne font pas ! C’est surréaliste, mais vrai.
La liste serait longue de tous ces cadeaux fiscaux que les gouvernements successifs ont faits aux patrons. Et s’y ajoutent encore des baisses de charges sociales et toutes sortes de soutiens économiques.
Toutes ces réductions se traduisent en pertes nettes pour le budget de l’Etat. Elles sont la cause principale du déficit chronique. Le problème n’est pas que la population laborieuse dépense trop, comme on veut le faire croire, le problème est que les patrons ne paient pas assez. L’argent est là mais le gouvernement ne veut pas le prendre. La preuve : quand la Commission européenne a dénoncé les accords de « ruling » secrets et demandé à la Belgique de les annuler et de faire payer les impôts normaux aux entreprises concernées; eh bien, le ministre des Finances, Van Overtveldt, a tout bonnement refusé.
Et on ne parle pas ici de petits montants, rien que les intérêts notionnels coûtent entre 2 et 6 milliards par an à l’Etat, ce qui fait sur dix ans un total de 40 milliards d’euros qui manquent, pour les soins de santé, pour les écoles, pour les infrastructures, pour tous les services publics en général. C’est ce manque à gagner qui sert ensuite hypocritement à justifier de porter l’âge de la retraite à 67 ans, de bloquer l’index, d’augmenter la TVA sur l’électricité, etc.
Ces ministres soumis au patronat ne manquent pas d’air quand ils parlent de rigueur budgétaire, d’économies, de maîtrise des coûts… après qu’ils aient eux-mêmes vidé les caisses. Ce ne sont pas les travailleurs qui coûtent cher, ce sont les patrons !
La proposition de Van Overtveldt de réduire l’impôt des sociétés à 20% va encore plus loin dans le mauvais sens. C’est un cadeau énorme, qui créerait un trou budgétaire de 7,4 milliards si la mesure était mise en application. Pour le compenser en partie, le ministre était prêt à supprimer les intérêts notionnels, ce qui ne réduirait la facture que de moitié. Il suggérait initialement aussi de taxer les plus-values boursières mais il a entretemps renoncé, à la demande de ses collègues. La promesse d’une réforme fiscale neutre pour le budget est une vaste blague. Il n’y a pas d’équilibre budgétaire qui tienne quand il s’agit de faire des cadeaux aux patrons.
Croirait-on que ces derniers s’en réjouiraient ? Même pas. La Fédération des Entreprises de Belgique, l’Union Wallonne des Entreprises et la plupart des clubs patronaux réclament en chœur le maintien des intérêts notionnels en plus de la baisse des impôts ! Ils veulent le beurre et l’argent du beurre. Et il y a des politiciens pour les défendre, comme la secrétaire d’Etat Debaers qui refuse qu’on retire à l’usine d’Audi Forest ses 70 millions de déductions fiscales annuelles. Le beurre et l’argent du beurre..!
La proposition de Van Overtveldt est choquante, comme est choquante l’attitude du patronat. Et cela au moment même où le gouvernement annonce qu’il ne parviendra pas à son sacro-saint équilibre budgétaire et que de nouvelles économies vont être faites sur le dos de la population laborieuse.
Le gouvernement roule pour le patronat, c’est son rôle dans un système capitaliste. Il n’y a rien à en attendre de mieux. La seule chose qui peut faire pencher la balance dans l’autre sens, c’est la mobilisation des travailleurs. Tant que les patrons et leurs représentants politiques n’ont pas face à eux une résistance sérieuse, ils continueront à piller la population. Notre sort est entre nos mains, uniquement.

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