Archives mensuelles : mai 2018
FN : notre arme, c’est la grève !
La direction de la FN à Herstal veut réduire de 40% la prime des travailleurs liée à la performance de l’entreprise. Elle a prétexté que le mouvement de grève de deux semaines en octobre 2017 a « plombé » les résultats annuels. Les travailleurs luttaient pour une augmentation salariale de 2,2 %, soit le double de ce qui était prévu par l’accord interprofessionnel. En refusant l’augmentation salariale et en diminuant la prime de performance, le patron veut démontrer que la lutte des travailleurs est non seulement inutile mais même dangereuse. Les travailleurs de la FN ont eu bien raison de faire grève pour une hausse des salaires. Toute lutte comporte un risque mais c’est un leurre de croire que notre sort peut s’améliorer autrement qu’en combattant le patron.
Il y a de la grève dans l’air…
Les quelques 600 pilotes de Brussels Airlines avaient accepté un blocage des salaires en 2012 pour « pérenniser l’entreprise » à la condition de pouvoir récupérer en 2018 la perte consentie. C’est donc maintenant une augmentation salariale de 10% que les pilotes exigent. La direction a proposé une augmentation annuelle de 3% sur deux ans, très loin du compte. Le président, Étienne Davignon, a évoqué des pertes à hauteur de 26 millions en début d’année pour faire avaler cette proposition dérisoire. Cette manœuvre n’a pas réussi et 75% des pilotes sont partis en grève les 14 et 16 mai. Les revendications salariales ont été présentées comme irréalistes car dépassant les profits de 2017. Mais les pilotes menacent de refaire grève tant la dernière proposition patronale est insuffisante : 2,5% d’augmentation, un intéressement aux bénéfices et quelques avantages en nature. Si les pilotes parviennent à faire plier la direction, ce sera un encouragement pour les 3000 autres salariés de Brussels Airlines à exiger leur dû. Et au-delà, ce sont les travailleurs des compagnies européennes comme Ryanair ou Air France qui sont susceptibles d’emboîter le pas. Partout, le patronat invoque la concurrence et la compétitivité pour justifier les sacrifices imposés aux travailleurs. La grève à Brussels Airlines montre la voie à suivre pour commencer à inverser le rapport de force.
Gaza : halte au massacre des Palestiniens !
En tirant à balles réelles sur des habitants désarmés de la bande de Gaza qui protestaient le 14 mai contre le transfert à Jérusalem de l’ambassade américaine, l’armée israélienne a causé la mort d’au moins 59 Palestiniens, dont huit enfants de moins de 16 ans, et fait plus de 2 400 blessés.
Au moins 40 000 Palestiniens s’étaient massés en différents points le long de la clôture israélienne, pour la septième semaine de la Marche du retour organisée pour commémorer la Nakba (« catastrophe » en arabe). Celle-ci désigne l’exode de plus de 700 000 Palestiniens chassés de leurs maisons et de leurs terres au moment de la création d’Israël. Les manifestants entendaient aussi dénoncer le blocus imposé depuis plus de dix ans à la bande de Gaza, condamnant plus des deux tiers de ses habitants à vivre de l’aide humanitaire. En décidant le 12 mai de fermer l’unique point de passage des marchandises vers Gaza, aggravant ainsi la situation déjà dramatique des Gazaouis, le gouvernement israélien s’est livré à une nouvelle provocation.
L’inauguration de la nouvelle ambassade américaine à Jérusalem donnait une autre raison aux Palestiniens d’exprimer leur colère. Conquise en 1967 à l’issue de la guerre des Six-Jours, la partie orientale de Jérusalem, peuplée très majoritairement de Palestiniens, avait été officiellement annexée en 1980 par Israël. Depuis, les autorités israéliennes n’ont jamais cessé de mener une politique de colonisation visant à en chasser les Palestiniens. Un récent rapport de l’Union européenne a estimé qu’entre 1967 et 2016 Israël avait conduit à Jérusalem une « politique de déportation silencieuse », notamment en révoquant les permis de milliers de résidents palestiniens, dans le but de préserver une « majorité juive substantielle ». En décidant, en décembre dernier, le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, Trump apportait son soutien ouvert à cette politique des dirigeants israéliens.
Depuis la création d’Israël, les dirigeants américains ont apporté un soutien indéfectible à l’État israélien, qui est pour eux un allié privilégié, gendarme de l’ordre impérialiste dans la région. Mais, soucieux de ne pas trop mettre les États arabes alliés des États-Unis en difficulté vis-à-vis de leur population, ils avaient aussi cherché à se donner une image de médiateurs entre Israéliens et Palestiniens.
Depuis son accession au pouvoir, par ses déclarations et ses prises de position, Trump ne se donne même plus cette peine et il encourage ainsi le gouvernement d’Israël, l’un des plus à droite de l’histoire du pays, à poursuivre sa politique de colonisation d’une façon encore plus brutale et arrogante vis-à-vis des Palestiniens.
Depuis les premiers rassemblements à la frontière entre Gaza et Israël le 30 mars, les forces israéliennes auraient tué au moins 107 Palestiniens dans l’enclave et blessé environ 12 000 personnes. Cette répression s’inscrit dans la continuité de la politique des gouvernements israéliens, une politique criminelle et sanglante qui alimente depuis 70 ans la révolte légitime des Palestiniens. Elle condamne aussi la population israélienne à vivre en permanence sur le pied de guerre, la transformant en gardiens de prison ou en bourreaux, comme cela a encore été le cas dans les massacres à la frontière de Gaza.
Bulletin Stib du 4 mai 2018
Etats-Unis-Iran : derrière l’atome, le pétrole
Le 30 avril, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou apparaissait à la télévision pour affirmer que l’Iran travaille à fabriquer des armes atomiques malgré le traité signé en 2015. La diplomatie iranienne a immédiatement démenti et observé que les révélations israéliennes tombent fort à propos : le président Trump doit en effet dire d’ici le 12 mai s’il proroge on non le traité en question et, partant, s’il autorise les relations commerciales avec l’Iran.
Netanyahou tente de peser pour une rupture du traité. Nul ne sait, peut-être même pas lui, ce que va décider le président des États-Unis, si même il décide quelque chose puisqu’il se contente depuis des mois de différer sa réponse.
Les questions du nucléaire sont là pour vendre à l’opinion publique les variations et les difficultés de la politique américaine vis-à-vis de l’Iran. Le problème est d’importance, les intérêts multiples et les pressions contradictoires, y compris sans doute aux sommets de l’État. L’Iran a été depuis 1945 le fidèle allié des États-Unis au Moyen-Orient, jusqu’à ce qu’une puissante révolution populaire chasse la dictature inféodée à l’impérialisme en 1979. Devant la poussée révolutionnaire, tous les tenants de l’ordre, à Téhéran comme à New York ou à Paris, se mirent d’accord pour favoriser une reprise en main par l’ayatollah Khomeini et ses mollahs. La révolution n’alla pas plus loin, une nouvelle dictature s’abattit sur l’Iran. C’était le résultat souhaité. Mais, depuis lors, l’impérialisme doit composer avec la théocratie iranienne.
L’Iran est en même temps un pays aux immenses ressources pétrolières et gazières, un marché intéressant pour les capitalistes du monde entier et un pays jugé stable où « les ouvriers sont bien formés et coûtent moins cher qu’en Europe de l’Est », selon un patron français. Mais, surtout, la dictature des mollahs apparaît désormais comme un pôle de stabilité dans une région ravagée par les guerres civiles.
Sur cette base, Obama avait pesé dans le sens d’une réintégration de l’Iran dans le camp impérialiste, aboutissant à l’accord de 2015. L’Iran avait accepté le contrôle de ses installations nucléaires, garantissait ne pas chercher à fabriquer de bombes et promettait de faire régner la paix, éventuellement celle des cimetières, le long des gazoducs reliant le Golfe à l’Occident. Les États-Unis en échange devaient lever l’embargo sur le commerce et les investissements en Iran. La diplomatie française s’est alignée d’autant plus facilement que l’accord a permis à PSA de vendre à nouveau 500 000 véhicules en Iran l’an passé, à Total de signer quelques contrats, etc.
Mais les États-Unis ont d’autres alliés dans la région, d’autres prétendants au titre et aux avantages de gendarme. Israël et l’Arabie saoudite, pour des raisons différentes, sont tous deux décidés à empêcher l’Iran de revenir sur la scène. Obama avait tenté de ménager la chèvre et le chou. Trump, en revanche, avait assuré épouser complètement la cause de la droite israélienne. Pour l’instant, il laisse perdurer la politique de son prédécesseur : tenter de s’entendre avec l’Iran tout en soutenant indéfectiblement ses adversaires.
Si la situation diplomatique paraît inextricable, les relations commerciales sont d’une clarté limpide. Il n’existe de commerce à grande échelle avec l’Iran que tant et si les États-Unis le veulent bien. En effet, ils interdisent toujours de commercer en dollars avec ce pays, réduisant ainsi les échanges à leur convenance. De plus, l’impérialisme le plus puissant se donne le droit d’infliger des amendes aux capitalistes au petit pied qui auraient le front d’enfreindre ses consignes. Cela a coûté, par exemple, huit milliards de dollars à la BNP.
Derrière les déclarations de roman d’espionnage de Netanyahou, les courbettes diplomatiques de Macron ou les tweets orduriers de Trump, se cachent les intérêts des puissants et la volonté de l’impérialisme américain de perpétuer sa domination sur cette région du monde.