Edito

Après la crise, comme avant, les travailleurs vont devoir se défendre

Pendant la crise du Covid, les commentateurs, journalistes, politiciens se sont relayés sur les ondes pour jurer que plus rien ne serait jamais comme avant, que les leçons seraient apprises, bref, que grâce au Covid le monde allait devenir meilleur.

Ces niaiseries n’ont pas résisté longtemps à l’épreuve des faits : que ce soit à l’échelle de la Belgique ou de la planète, le patronat n’a pas changé d’un iota. Il est en train de profiter de la crise sanitaire pour lancer une série de plans de restructuration probablement encore pires que ceux qui ont suivi la crise de 2008.

En Belgique, la compagnie aérienne Brussels Airlines va recevoir 300 millions d’euros d’aide d’argent public. Cet argent est censé empêcher la « faillite » de l’entreprise. Or dans le même temps, la direction a utilisé le chantage à la fermeture pour imposer gel des salaires, départs en retraite anticipée et chômage technique au personnel naviguant, faisant ainsi un supplément de 500 millions d’euros d’économies.

Pour Lufthansa, la maison mère de Brussels Airlines, c’est le jackpot à encore plus grande échelle : l’entreprise va recevoir 9 milliards d’euros du gouvernement allemand et prévoit 22 000 licenciements.

En France, c’est 15 milliards pour le secteur aéronautique et 8 milliards pour l’automobile. En Italie, le gouvernement va prêter 6 milliards d’euros à Fiat. Dans tous les pays, le même scénario se répète. 

Au bout du compte, le grand patronat compte bien mettre la crise à profit. Certes, les bénéfices ont baissé pendant le confinement et certaines grandes entreprises ont même perdu de l’argent. Mais la grande majorité a passé le cap, grâce à leurs faramineuses réserves, constituées au cours de dizaines d’années d’exploitation des salariés. Ce ne sont que pour des petites entreprises que le coup a pu être fatal. 

Mais comme le montre l’exemple du secteur aérien, les patrons n’ont pas l’intention d’absorber les pertes en prenant sur les profits passés. Non seulement ils vont recevoir des aides publiques mais ils vont tenter d’imposer des sacrifices aux travailleurs, sous prétexte de « sauver l’entreprise », que ce soit en abandonnant une partie de leurs salaires, en acceptant plus de flexibilité ou en travaillant plus. Le patronat espère ainsi, sous la menace de la fermeture, faire accepter aux travailleurs des mesures antisociales qu’ils n’auraient pas espéré faire passer autrement.

C’est ainsi qu’ils espèrent regagner au centuple ce qu’ils ont perdu ces trois derniers mois.

Dès la mi-avril, les bourses européennes ont commencé à remonter et sont quasiment revenues à leur niveau d’avant la crise. Les financiers investissent dans les secteurs qui, à leurs yeux, vont le plus profiter de la situation. Dans les autres secteurs, ils exigeront des restructurations jusqu’à les rendre à nouveau rentables. 

Si les travailleurs se laissent faire, le prix humain sera terrible. Des foyers seront appauvris par le chômage, par les temps partiels et l’intérim. Pour les patrons, les subsides, les réductions d’impôts, etc. Pour les travailleurs, les restructurations et la misère.

Les travailleurs risquent aussi de payer une deuxième fois l’addition : les dizaines de milliards d’euros que le gouvernement Wilmès a mis à disposition des entreprises vont creuser la dette du pays, elle pourrait remonter à 120% du PIB cette année. Or cela fait trente ans que tous les gouvernements successifs justifient leurs plans d’austérité en série au nom de cette dette. Il ne faudra pas attendre longtemps pour que les mêmes recettes indigestes se retrouvent sur la table : dégradation des services publics, coupe dans les budgets sociaux, report de l’âge de la retraite, augmentation du temps de travail, etc. Pour les politiciens au service du patronat, c’est le « business as usual ». 

La crise n’est pas encore finie que les politiciens ont déjà repris leurs petits jeux habituels et les discussions sur la formation du prochain gouvernement vont bon train. Histoire de se rosir un peu, le PS a proposé de suspendre les licenciements jusqu’en octobre. C’est dérisoire. Pour que chacun puisse vivre dignement, il serait vital d’interdire totalement les licenciements, et en premier lieu dans les entreprises qui font des bénéfices. Il faudrait que les travailleurs aient accès aux comptes des entreprises pour savoir où est l’argent et dénoncer les magouilles qui justifient les faillites.

Au lieu d’arroser le patronat à coups de milliards d’euros, qui vont de toute façon finir dans les circuits financiers, il faudrait recruter massivement dans tous les services publics utiles à la population, comme les hôpitaux, les maisons de repos ou les écoles.La classe politique, tous partis confondus, n’a aucune intention de prendre cette voie. Il n’y a que la mobilisation générale des travailleurs qui pourra obliger politiciens et patronat à les respecter.

Des États-Unis au monde entier : à bas le racisme et les violences policières !

L’onde de choc créée par le meurtre de George Floyd, il y a deux semaines à Minneapolis, continue de se propager au monde entier. Aux États-Unis, ces derniers jours, des centaines de milliers de personnes ont encore manifesté pour crier leur colère. Leur colère contre le meurtre raciste, de sang-froid, d’un homme à terre et menotté, qui dit qu’il ne peut plus respirer et va mourir. Leur colère contre ce sinistre écho de l’époque des lynchages et de la ségrégation, cette barbarie avec laquelle le capitalisme américain s’est construit. Comme cela a été dit lors d’un hommage, ce genou sur le cou de George Floyd, c’est celui qui écrase depuis longtemps les Noirs américains, aujourd’hui discriminés au travail, pour le logement, dans l’éducation et la santé, ainsi que l’a montré le lourd tribut qu’ils ont payé au coronavirus.

Quand Obama fut élu, certains ont dit que c’était la preuve que le pays avait soldé l’héritage de l’esclavage et de la ségrégation. On voit aujourd’hui que ce racisme gangrène toujours l’appareil d’État américain, de la base au sommet. À la base, avec ces flics racistes, chargés de défendre la loi et la propriété bourgeoise, et pour lesquels la vie des pauvres, des Noirs en particulier, ne vaut pas cher. Avec ces juges, qui les emprisonnent massivement. Au sommet, avec des hommes comme Trump, qui a fait sa carrière politique en stigmatisant les Noirs.

L’explosion de colère de ces derniers jours est sans doute aussi alimentée par la crise terrible que traverse la classe ouvrière américaine, avec ses 41 millions de travailleurs licenciés, avec ces dizaines de millions de personnes qui font la queue à l’aide alimentaire, tandis que Wall Street a retrouvé sa santé d’avant l’épidémie.

L’extension des manifestations au monde entier, de Buenos Aires à Sydney, de Jérusalem à Montréal, de Nairobi à Tokyo, résulte du fait que, partout, le racisme est présent. Partout, les violences s’abattent sur ceux qui, aux yeux des policiers, n’ont pas la bonne couleur de peau, la bonne nationalité et qui ont en outre, comme George Floyd, le tort d’être pauvre.

En Belgique, dix mille personnes, dont beaucoup de jeunes, ont manifesté contre le racisme et la violence policière ce dimanche 7 juin, bien que la manifestation n’ait pas été formellement autorisée. Certains, comme Georges-Louis Bouchez, s’en sont offusqués, sous prétexte que cela ruinait les efforts du confinement. 

Pourtant, la police tue ici aussi. En avril dernier, le jeune Adil est mort dans une course poursuite suite à une banale infraction, et il y a eu Mehdi, aussi renversé par une voiture de police suite à quoi les policiers ont trouvé plus urgent de fouiller son sac que d’appeler une ambulance. La réalité, c’est que la police est gangrénée par le racisme ici aussi, comme l’illustrent de nombreux épisodes récents.

Si dix mille personnes se sont mobilisées pour crier leur rejet du racisme, c’est bien qu’il y a un problème, qui est d’ailleurs reconnu du bout des lèvres par certains politiciens et même par le chef de la police de Bruxelles. Mais ce n’est apparemment pas suffisant pour agir puisque la Belgique est régulièrement condamnée pour son inaction face aux violences policières.

Les chiffres montrent que les immigrés et les pauvres forment l’écrasante majorité des victimes de la violence policière. La classe capitaliste et son État s’appuient sur la police. Partout, police et État défendent des systèmes fondés sur l’exploitation et sur les inégalités sociales. Partout, cela repose sur l’usage de la force et de la violence. Partout, la police et l’armée veillent à ce que les opprimés subissent l’oppression sans se révolter. Partout, elles défendent la propriété privée de l’économie et le sacro-saint profit.

Et, partout, le capitalisme charrie avec lui tous ces préjugés qui opposent les prolétaires à d’autres prolétaires : le racisme, le nationalisme, la xénophobie et le sexisme. Partout, le capitalisme divise pour mieux régner, il dresse les pauvres contre d’autres pauvres. Et partout, à Minneapolis comme ailleurs, les États capitalistes reposent sur des hommes de main qui entretiennent ces divisions.Alors, il faut espérer que le combat engagé ces jours derniers contre le racisme et les violences de la police se poursuive, qu’il s’amplifie et qu’il s’attaque à la racine du mal, au capitalisme lui-même.

Covid-19 : leur société ou la nôtre

Du début à la fin, la gestion de la crise du Covid-19 a été scandaleuse. Dans toute l’Europe, comme aux États-Unis, les gouvernements ont hésité jusqu’au dernier moment à prendre la moindre mesure, trop occupés qu’ils étaient à maximiser les profits patronaux et à imposer des économies aux couches populaires. 

Aucun équipement de protection n’était disponible, ni pour les travailleurs de la santé, ni pour ceux des homes ou de la grande distribution, qui ont été envoyés en première ligne. Le gouvernement belge a mis des semaines pour obtenir des masques. Il a menti, prétendant que les masques n’étaient pas nécessaires, pour cacher le fait qu’il n’en n’avait simplement pas.

Le gouvernement a sciemment laissé les vieux mourir dans les homes pour éviter d’engorger les hôpitaux.

Une fois que le confinement s’est avéré incontournable, les seuls qui ont été vraiment protégés ont été les patrons : des milliards d’aides directes et indirectes, des reports de charges sociales, des garanties bancaires, des primes, etc. Pour les travailleurs, il n’y a eu que le « droit » au chômage économique ! Mais alors que les salaires étaient amputés, les prix des loyers ou de la nourriture, eux, n’ont pas baissé d’un centime !

 Le gouvernement a maintenant initié la phase de déconfinement, mais il n’y a toujours pas assez de masques ni de gel pour tout le monde. La seule chose dont le gouvernement n’est pas avare, ce sont des promesses et des remerciements qui ne coûtent rien.

Ce mépris de la vie des travailleurs n’est pas nouveau : quand les patrons envoyaient les mineurs respirer du charbon dans les mines, quand les gouvernants refusaient de reconnaître que l’amiante ou le tabac donnaient le cancer, quand ils fermaient les yeux sur des conditions de travail pénibles ou dangereuses, ils ont abandonné à une mort lente des centaines de milliers de travailleurs. La sueur et le sang des hommes a toujours été la source des profits patronaux, il n’y a donc rien de surprenant qu’aujourd’hui, les gouvernements belges ou autres n’aient pas pour objectif de sauver des vies et se contentent en réalité de contenir la crise sanitaire afin de limiter son impact sur l’économie.

Il est impressionnant de voir comment la même chose s’est produite dans quasiment tous les pays, avec des variantes dans l’incompétence ou le cynisme des gouvernements. C’est simplement parce que le rôle des États n’est pas de protéger la population ou d’arbitrer les conflits(,) mais d’assurer le bon fonctionnement de la machine économique contre tout ce qui pourrait menacer la continuité des profits capitalistes, que ce soient des conflits sociaux ou des coronavirus.

Une autre leçon de la crise est que seul l’altruisme des travailleurs a permis de s’en sortir : ceux de la santé se sont dévoués dans les hôpitaux et les homes, tandis que d’autres se chargeaient de la logistique et de la distribution des marchandises jusque dans les magasins ou à domicile. Ce ne sont pas les patrons, leurs cadres ou leurs politiciens qui l’ont fait, ce ne sont pas les financiers et les actionnaires, ce sont des travailleurs en chair et en os. L’économie virtuelle dont les médias nous rabâchent qu’elle est le système idéal, s’est effondrée : des milliards de dollars ont fondu comme neige au soleil devant les yeux affolés des financiers impuissants. 

Ce sont des femmes et des hommes en chair et en os qui font fonctionner toute la société. Pourtant, ce sont les travailleurs qui sont méprisés par elle, qui ont les conditions les plus pénibles et les salaires les plus bas. Durant cette crise, le monde du travail a encore une fois montré son rôle fondamental, tandis que les bourgeois, ces soi-disant maîtres du monde, se sont retrouvés tous nus et que leurs valets politiciens, plus rodés aux plans d’austérité qu’aux crises sanitaires, étalaient leur incompétence et leur inefficacité.

Si cela avait été les travailleurs qui avaient géré eux-mêmes cette crise, tout aurait été différent.

Il n’y aurait pas eu tous ces mensonges. La vérité sur les chiffres, sur la maladie aurait été publiée au fur et à mesure afin que toutes et tous sachent à quoi s’en tenir.

Les travailleurs des entreprises fermées auraient gardé leur salaire complet. Les patrons n’auraient eu qu’à prendre sur leurs bénéfices passés – leurs comptes en banques en regorgent.

Les entreprises auraient été réquisitionnées pour fabriquer des masques, des tests et tous autres produits nécessaires, qui auraient été distribués à tous, protégeant en premier les travailleurs de la santé et des homes.

Les travailleurs auraient pu se partager les tâches afin de distribuer la nourriture et autres biens de première nécessité à ceux qui ne pouvaient pas se déplacer, tout en minimisant les risques.

Ce n’aurait peut-être pas été un coup de baguette magique, mais c’est une question de priorités : les bourgeois choisissent l’argent, ils sont incapables de choisir autre chose. Les travailleurs auraient choisi la vie, car ils n’ont pas de profits à défendre.Nous n’avons pas besoin des capitalistes, ce sont les travailleurs qui devraient diriger la société !

Covid-19 : les travailleurs sacrifiés

La gestion de la crise du Coronavirus par le gouvernement belge est choquante à plus d’un titre. En mars encore, De Block prétendait que tout était sous contrôle, qu’il ne fallait pas sur-réagir, voire que « ce n’est qu’une grippe ». Mais une fois que le virus était là, ça a été la panique : les hôpitaux débordés, les maisons de repos livrées à elles-mêmes, le personnel de première ligne sans équipements de protection, etc. La saga des masques a été un échec prévisible pour lequel des femmes et des hommes ont payé le prix fort.

Depuis des dizaines d’années, les gouvernements successifs n’ont qu’un seul objectif : améliorer la profitabilité des entreprises. Cela s’est traduit par des coupes budgétaires systématiques dans les budgets des soins de santé pour compenser les réductions de charges sociales offertes au patronat. Le résultat en est un manque d’effectifs et de matériel de protection. Le fait que les stocks de masques aient été vidés pour faire des économies en est un exemple parmi tant d’autres.

Si rien n’était prêt face au virus, c’est aussi parce que le gouvernement a reculé jusqu’à la dernière minute pour prendre les mesures nécessaires. Peut-être espérait-il que l’épidémie épargnerait la Belgique ? L’achat d’équipements de protection en grande quantité mettait à mal les objectifs d’économie. Quant à confiner, c’était un arrêt total de l’économie dont le gouvernement ne voulait pas.

Ce n’est que quand il a été évident que le virus allait faire des ravages plus graves pour l’économie que le confinementque le nombre de morts serait injustifiable pour les politiciens au pouvoir, que des décisions ont été prises. 

Mais trop peu et trop tard. Ce sont les travailleurs de première ligne qui en ont payé le prix. Même confronté à l’urgence, la classe politique a continué à agir à minima, que ce soit pour obtenir des masques, des respirateurs ou des tests. La moindre des choses aurait été d’imposer à toutes les firmes capables de le faire d’en produire immédiatement et gratuitement. Mais comment attendre d’une classe habituée à servir le patronat qu’elle se mette tout d’un coup à lui donner des ordres ?

Les déboires du gouvernement ont fait des victimes : le personnel médical, celui des homes, les pompiers, policiers, les employés de la distribution et tous ceux qui se sont retrouvés en première ligne, sans protection. Mais aussi les personnes âgées ou handicapées abandonnées dans les homes faute de prise en charge hospitalière. 

Tout ce qui a compté aux yeux de Wilmès et consorts, c’est d’éviter le débordement des hôpitaux et de limiter dans une certaine mesure le nombre de morts.

Le gouvernement a aussi fait son choix au niveau social. Pour les travailleurs qui avaient déjà du mal à s’en sortir, c’est la catastrophe. Comment nourrir les enfants et payer le loyer quand le salaire a été raboté de 20% ou plus ? Le gouvernement ne leur a rien proposé car les milliards d’euros d’aides ne sont destinés qu’à leurs patrons. Eux sont dispensés de payer les cotisations sociales et ont des facilités pour recourir au chômage économique, tandis que les travailleurs doivent continuer à payer leur loyer. 

Le même choix politique guide le gouvernement pour le déconfinement : d’abord relancer les entreprises, autoriser le travail, et on verra plus tard pour les travailleurs et leurs familles. Quand il a été question de relancer le secteur de la construction, Wilmès a annoncé que ce serait sur une base « volontaire », mais comment un ouvrier va-t-il pouvoir refuser d’aller sur un chantier, même s’il y a un risque d’infection, quand l’alternative est de se retrouver, lui et sa famille, à la rue ?

Oui, il y a de quoi être en colère quand on voit que la loi du profit continue à passer avant les vies humaines.

La Belgique n’est pas une exception. En France, des travailleurs pauvres font la file sur des centaines de mètres devant des banques alimentaires tandis que le gouvernement offre une aide de sept milliards à Air France. En Angleterre, Boris Johnson, tombé malade, a dû reconnaître les désastres causés par la politique d’économies et de privatisation menée par son parti depuis des années. Aux USA, des dizaines de millions de travailleurs se retrouvent au chômage, sans aucune aide, et se voient couper l’eau et l’électricité qu’ils ne peuvent plus payer.

Pour tous les pauvres de la planète, c’est la double peine : la misère et la maladie.Une société dont les dirigeants ne sont pas capables de renoncer à ne serait-ce qu’une petite partie de leurs privilèges pour protéger les plus faibles ou les plus vieux n’est bonne qu’à jeter à la poubelle. Malgré les plus de 200 000 morts, la seule chose qui compte est de relancer l’économie, et tant pis si d’autres travailleurs doivent y laisser leur peau.

Coronavirus : un système irresponsable

Tous les soirs à 20 heures, des salves d’applaudissements retentissent pour féliciter, à juste titre, les infirmières, les médecins, les pompiers et tous ceux qui se dévouent en première ligne à la lutte contre le coronavirus.

Sophie Wilmès, la première ministre, et Maggie de Block, la ministre de la Santé, ne tarissent pas non plus d’éloges sur le « dévouement remarquable » et le « courage exemplaire » du personnel soignant. Mais dans leur cas, ces remerciements sont bien hypocrites et, au vu du mépris que ce gouvernement a affiché pour les conditions de travail du personnel soignant, ce sont en réalité des excuses qu’il mérite.

Depuis des dizaines d’années, les hôpitaux et les soins de santé en général sont sous-financés. Cela s’est traduit par un manque criant d’infirmières et d’infirmiers dans les hôpitaux, par une diminution du nombre de lits et la fermeture pour « rationalisation » de certaines unités. Avant la crise, les urgences étaient déjà débordées. Les syndicats du personnel et les experts médicaux avaient beau tirer la sonnette d’alarme, tout ce qui comptait alors pour le gouvernement, c’était de faire des économies. Il fallait bien reprendre quelque part ce qu’il donnait aux entreprises sous forme de réductions d’impôts et de charges sociales.

En octobre dernier, le personnel infirmier avait fait grève et manifesté pour le refinancement des soins de santé. Mais à ce moment-là, Maggie de Block a fait la sourde oreille !

Pendant toutes ces années, le personnel hospitalier était tout autant dévoué qu’aujourd’hui. Hier, ils sauvaient des vies mais maintenant ils vont peut-être aussi sauver la tête des ministres en empêchant que l’épidémie ne se transforme en catastrophe totale malgré le manque flagrant de préparation, de matériel et de personnel.

La priorité, disent aujourd’hui les ministres, c’est de s’assurer que les hôpitaux ne soient pas submergés. Mais il aurait fallu y penser avant, alors que le virus s’était déjà répandu en Chine, alors que plusieurs scientifiques avaient déjà mis en garde contre le danger de pandémie. Mais même face au danger, le gouvernement a temporisé, rechignant à engager le moindre centime.

Le résultat est affligeant : il n’y a pas assez de tests, il n’y a pas assez de masques pour protéger le personnel hospitalier et encore moins pour les pompiers, policiers, etc. Les hôpitaux manquent non seulement de masques mais aussi de gants, de désinfectants, de blouses, etc. C’en est au point où certains réseaux hospitaliers font appel aux dons des particuliers.

Le gouvernement prétendait maîtriser la situation, mais, de toute évidence, il n’en est rien.

Ce manque de prévention est criminel. Le gouvernement envoie des femmes et des hommes en première ligne, sans préparation, sans protection, en espérant que leur courage va compenser son impréparation.

Mais les ministres gardent la tête froide : quand De Block libère un milliard d’euros pour que les hôpitaux puissent payer leur personnel, c’est une « avance » et ça veut bien dire que les hôpitaux devront rembourser après la crise. Les problèmes ne sont que reportés. Même dans une situation comme celle-ci, ce gouvernement bourgeois ne veut pas lâcher une miette pour les services publics !

En revanche, l’argent est là pour aider les entreprises : report de charges, aides directes fédérales ou régionales. Elles ont été autorisées à mettre leur personnel en chômage économique, ce qui impose une perte nette de salaire pour tous les salariés concernés. Le gouvernement a demandé aux banques d’être flexibles sur les prêts et s’engage à compenser en partie le manque à gagner des banques. Patrons, ne vous inquiétez pas, le gouvernement veille à la santé de vos profits !

Les mesures nécessaires sont pourtant évidentes : imposer aux entreprises de payer l’intégralité des salaires, y compris aux CDD, réquisitionner les entreprises capables de produire des masques ou tout autres équipements sanitaires et fermer celles qui ne sont pas indispensables.

Quelles que soient les mesures effectivement prises, les travailleurs devront se montrer vigilants car c’est à eux que le gouvernement cherchera à présenter la note après coup, sous prétexte de déficit budgétaire.

Ce sont les grandes entreprises, leurs actionnaires, les banques et les assurances, qui sont assises sur des magots qui se montent en milliards, qui doivent prendre sur leurs profits passés pour financer ces mesures. Cette épidémie n’est devenue une crise que pour une seule raison : l’avarice des bourgeois et l’incurie de leurs gouvernements successifs. C’est à eux de payer maintenant ! Voilà ce qu’il serait légitime d’exiger mais, si on le laisse faire, le gouvernement se contentera de laisser les hôpitaux faire appel à la charité et féliciter les infirmières pour leur courage.

 

Migrants en détresse : les puissances européennes responsables

Depuis plusieurs années, les différentes puissances régionales, la Turquie, l’Iran ou l’Arabie saoudite sont intervenues en Syrie par le biais de milices de plus en plus dominées par des combattants djihadistes, avec la protection plus ou moins ouverte de grandes puissances espérant abattre le régime syrien. Face au chaos créé, c’est finalement le régime syrien qui a remporté la bataille avec l’appui militaire de la Russie.
Voulant maintenant rétablir son contrôle sur tout son territoire, il veut réduire la poche d’Idlib, où se sont concentrées les milices djihadistes chassées du reste du pays. Le régime turc, lui, voudrait camoufler cet échec de sa politique en continuant de protéger ces milices, quitte à y sacrifier quelques soldats.
Mais ça ne se passe pas tout seul, le régime syrien réplique et, derrière lui, la Russie veille. Dans l’espoir de forcer les pays européens à la soutenir, Erdoğan a menacé d’ouvrir ses frontières vers l’Europe aux réfugiés syriens en Turquie. En effet, la principale victime d’une décennie de guerre est la population syrienne, déplacée par millions dans des camps de réfugiés, en Syrie, en Turquie, en Jordanie ou au Liban. Celle de la région d’Idlib subit de plein fouet cette nouvelle bataille. Plus d’un million d’habitants ont été jetés sur les routes, refoulés à la frontière turco-syrienne, empêchés de trouver un havre quelque part.
Trompés par l’annonce de l’ouverture des frontières claironnée par le gouvernement Erdoğan, des réfugiés arrivent par milliers en Grèce, dans les îles et à la frontière nord avec la Turquie. Ils s’imaginaient que l’Europe leur était ouverte. Ils ont vite compris que leur malheur continuait.
Au nord, dans la boue et le froid, ils se retrouvent à plus de 10 000, coincés entre la police et les gardes-frontières grecs d’un côté, et des policiers turcs de l’autre qui souvent leur interdisent de rebrousser chemin. Ceux qui tentent de traverser le fleuve Evros pour mettre le pied en Grèce se font renvoyer de l’autre côté, certains dépouillés de leurs papiers et de leur argent.
Dans certaines îles, la situation est encore plus tendue. À Lesbos, où le camp de Moria héberge 16 000 réfugiés, huit fois plus que la capacité officielle, de petits groupes enragés par la situation et manipulés par l’extrême droite se manifestent. Les reportages ont montré des scènes, jamais vues jusque-là, où des hommes armés de bâtons hurlaient aux réfugiés recroquevillés dans un bateau qui tentait d’accoster : « Dégagez, rentrez en Turquie ! » La grande majorité de la population ne les suit pas mais est épuisée par une situation intenable, pour elle et pour les migrants.
Le chef du gouvernement très conservateur, Mitsotakis, a consacré ses premiers déplacements à aller féliciter les policiers et gardes-frontières du nord de la Grèce pour leur zèle ; une façon de flatter à la fois le réflexe patriotique antiturc et les sentiments xénophobes des forces de répression, et de son électorat.
La situation est catastrophique pour ces femmes, ces hommes et ces enfants fuyant la guerre et la misère, ballotés de pays en pays, considérés comme des pions par les gouvernements des pays où ils vivent.
On risque un désastre humanitaire, clament les gouvernements de l’Union européenne à propos des réfugiés d’Idlib à qui Erdoğan refuse l’entrée en Turquie. De son côté, Erdoğan se sert des réfugiés syriens pour exercer un chantage sur ces gouvernements. Mais qui est le plus ignoble dans cette situation ? Est-ce Erdoğan, dirigeant dictatorial promu gardien de prison de plus de trois millions de réfugiés, moyennant 6 milliards d’euros d’aides européennes, ce qui n’est pas si cher pour ses commanditaires ? Ou bien est-ce ceux qui l’ont payé pour garder sur son sol des migrants dont ils ne veulent pas, ces gouvernants européens qui, finalement, se plaignent de ne pas en avoir pour leur argent ?
Ministres et chefs d’État européens n’ont à la bouche que « les droits de l’homme et les valeurs qui nous unissent ». Mais ils les mettent tranquillement sous le tapis en refusant d’accueillir les réfugiés et en érigeant de plus en plus de murs en Europe.
Ce qui se passe aujourd’hui aux frontières de la Turquie, de la Syrie mais aussi de l’Union européenne n’est qu’un épisode de plus dans une guerre qui ensanglante la région depuis des années et qui se solde déjà par la destruction de pays entiers.
La catastrophe est déjà là et les responsables sont tout désignés : ce sont les mêmes qui participent à l’exploitation des richesses du monde et aux guerres qui transforment des millions d’êtres humains en migrants.

Coronavirus : prouesses scientifiques et absurdités sociales

Le 13 février, le nouveau coronavirus avait touché plus de 60 000 personnes, pratiquement toutes en Chine, et tué plus de 1 300 d’entre elles.
Les équipes de recherche ont vite progressé dans la connaissance de ce nouveau virus. Même s’il reste encore de nombreux points d’interrogation, notamment sur la propagation de l’épidémie, l’ampleur et la vitesse de sa progression et même si on ne dispose toujours pas de traitement efficace ni de vaccin. Pour l’instant, il est impossible de prévoir l’ampleur de l’épidémie et le nombre de morts qui seront imputables à ce nouveau virus, mais il est certain qu’on est loin des 300 000 et 650 000 morts causés chaque année dans le monde par la grippe saisonnière.
Les craintes et les angoisses laissent le champ libre à toutes les inepties, dont celles qui attri-buent le risque de contamination à la couleur de la peau et la forme des yeux, voire, comme on a pu l’entendre, au riz cantonais ! En revanche, s’il y a bien une crainte à avoir c’est à l’égard du délabrement du système hospitalier et, dans bien des pays pauvres, de son inexistence.
En Belgique, les politiques de coupes budgétaires dans les soins de santé ont réduit la capacité des hôpitaux à répondre à des situations de crises. Le manque de personnel infirmier et la pénu-rie de médecins engendrée par le numérus clausus font que le temps d’attente moyen aux ur-gences dépasse les trois heures. En y ajoutant les économies sur les médicaments et les 10% d’infirmiers en burnout, les hôpitaux fonctionnent déjà mal, alors que se passerait-il en cas d’épidémie ?
Cela n’empêche pas Maggie de Block de prétendre que tout est sous contrôle ! Or, en tant que Ministre de la santé du gouvernement Michel, elle a divisé par trois la croissance des soins de santé. Elle a dû le reconnaître elle-même : si jusqu’à présent il y a eu si peu de cas en Belgique, c’est pour l’instant juste une question de chance. C’est la même situation qui prévaut dans les autres pays « riches » comme la France ou l’Allemagne, où les contraintes budgétaires ont car-rément causé la faillite et la fermeture de nombreux hôpitaux. Ailleurs, c’est pire.
Dans ces conditions, une véritable augmentation du nombre de malades pourrait conduire de-main à une catastrophe sanitaire. Mais ce n’est pas le virus qui en serait la seule cause !
Les six semaines qui se sont écoulées depuis que les premiers cas ont été signalés à Wuhan ont été le théâtre de véritables prouesses techniques et scientifiques. Elles montrent combien la société d’aujourd’hui a de moyens pour combattre une épidémie. La Chine a été capable de construire en dix jours deux hôpitaux ultramodernes capables d’héberger 2 300 malades.
Mais dans le même temps, les journaux et tous les médias font état d’une autre fièvre, écono-mique celle-là, que le coronavirus pourrait entraîner. La mise en quarantaine d’une province chinoise peuplée de soixante millions de personnes, les routes coupées, le trafic aérien ralenti voire stoppé, les usines fermées, l’activité industrielle en baisse ont fait baisser la demande de pétrole et fait chuter de plus de 10 % les cours mondiaux du baril. Et les commentateurs de s’inquiéter des répercussions à plus long terme sur l’économie chinoise et sur l’économie de toute la planète.
En Chine, Volkswagen, Ford, Honda, Toyota, Nissan, PSA ont dû fermer leurs usines au moins pour quelques jours. En Corée du Sud ou au Japon, des usines de montage automobile sont à l’arrêt, faute de composants et de pièces détachées produites par les usines chinoises. En Italie, Fiat-Chrysler menace de fermer une de ses unités de production victime de la production à flux tendu.
Un simple virus, un être à peine vivant et de taille microscopique, pourrait donc menacer l’économie de toute la planète Terre ? La question n’est évidemment pas le virus mais la fragilité de cette économie et l’absurdité de son organisation.
L’humanité a connu bien d’autres épidémies, et des pires. Au stade actuel des connaissances, il ne devrait pas y avoir de problème à prendre le temps nécessaire au contrôle de l’épidémie, quitte à arrêter quelques usines et à produire les voitures plus tard, sans que cela entraîne une catastrophe économique. Mais dans cette société malade, cela ne peut se faire sans spéculations et crises.
Si l’on est capable aujourd’hui d’investir toutes les intelligences dans la découverte des moyens nécessaires aux traitements, il reste encore beaucoup à faire pour débarrasser la société de ces préoccupations d’un autre âge : celles des Bourses et des marchés.

Le capitalisme, c’est l’insécurité sociale

La FGTB organise ce mardi 28 janvier une manifestation nationale pour défendre la Sécurité sociale.
La Sécurité sociale, on le sait, paie les pensions, les soins de santé, les accidents du travail, les allocations familiales et les allocations de chômage. Elle est financée à 75% par les salaires des travailleurs, sous la forme de charges sociales retenues à la source. Les 25% restants viennent des impôts, des taxes sur le tabac et un peu de la TVA. Donc, d’une manière ou d’une autre, ce sont les travailleurs qui paient. Cela est également vrai pour les charges dites « patronales » puisqu’elles sont elles aussi un prélèvement sur les salaires, même si elles ne figurent pas sur les fiches de paie. La Sécurité sociale, comme tout ce qui est payé par les impôts constitue notre « salaire indirect ».
Depuis que la Sécurité sociale existe, le patronat ne cesse de réclamer des réductions des charges patronales. Cela leur permet de payer moins de salaire sans que cela ne se voie sur les fiches de salaire des travailleurs. Ils se moquent bien qu’il n’y ait ensuite plus assez d’argent dans les caisses de la sécu car, eux, ils ont les moyens de se payer des hôpitaux privés et n’ont pas besoin de pension car ils comptent bien encaisser toute leur vie le bénéfice du travail des salariés.
Mais pour le reste de la population, les coûts restent les mêmes : il faut toujours payer les pensions, les soins, les allocations. Le résultat, c’est ce déficit de la sécurité sociale qui est régulièrement agité comme un épouvantail. Rendez-vous compte : 6 milliards de déficit d’ici 2024 ! Cela paraît énorme mais ça ne fait jamais que 8% de son budget de 76 milliards et ce n’est rien devant les mille milliards d’euros de chiffre d’affaire des entreprises belges. Simplement, les partis de gouvernement sont au service de la bourgeoisie et ne veulent pas faire payer le patronat. Alors ils agitent des chiffres catastrophiques et essaient de trouver un moyen de faire payer le déficit par les travailleurs.
Ils n’ont que deux options : réduire les coûts ou augmenter la charge sur les travailleurs – ou les deux à la fois. C’est ce qu’a fait le gouvernement Michel avec le report de l’âge de la pension à 67 ans : chaque travailleur va cotiser plus longtemps et touchera sa pension moins longtemps. Le compte n’est pas bon : nous paierons plus pour toucher moins. C’est aussi ce qu’a fait la Ministre De Block : alors que la population augmente, le budget des hôpitaux a été réduit de 200 millions d’euros. Cela se traduit par un manque dramatique de personnel dans les hôpitaux, el flicage des accidentés du travail, etc. Quant à la diminution du remboursement des antibiotiques, elle coûte 40 millions de plus par an aux malades.
Pour les pensions, on accuse le « vieillissement de la population », pour les antibiotiques on accuse les malades de surconsommer. En réalité, le problème n’est pas là, mais uniquement dans le fait que les charges patronales sont réduites sans cesse.
Récemment, la Banque nationale a publié son rapport, dans lequel elle a dû admettre que ces politiques de réduction des charges n’ont jamais créé un seul emploi : les patrons empochent les réductions et n’embauchent pas. Au contraire, ils licencient !
Contrairement à ce que les trois syndicats affirment, la sécurité sociale n’est pas un acquis des travailleurs, il n’y a jamais eu de lutte pour l’obtenir. C’est l’État qui a pris cela en charge après la deuxième guerre mondiale dans le contexte du « pacte social » négocié entre le patronat et les syndicats. A l’époque, le patronat craignait que la fin de la guerre donne lieu à des troubles sociaux. Il souhaitait donc garantir une forme de stabilité. C’est pour cela que l’État a été chargé de centraliser les assurances et mutuelles qui existaient déjà, et de généraliser le système aux travailleurs qui n’en bénéficiaient pas encore.
Il n’y eut ni lutte, ni conquête. La Sécurité sociale fut, pour la bourgeoisie, le prix à payer pour la paix sociale, c’est-à-dire pour que l’économie soit reconstruite, redémarre, en faisant travailler la classe ouvrière au moindre coût. La Sécurité sociale était, comme les assurances sociales de l’époque, financée par des prélèvements sur les salaires, pas sur les profits.
Depuis, l’État pille petit à petit la sécu au bénéfice des patrons et ce sont les travailleurs qui en paient le bilan catastrophique. Alors, oui, il est important de lutter contre ce pillage et de défendre la Sécurité sociale car ce sont les salaires que nous défendons ainsi.
Mais pour lutter contre l’insécurité sociale que fabrique chaque jour le système capitaliste, il faudra le renverser.

Vivent les luttes de 2020 !

L’année 2019 a vu un approfondissement de la crise générale de l’économie capitaliste. On le voit à la manière dont les marchés financiers s’affolent à chaque tweet de Trump, on le voit dans la guerre commerciale sur les tarifs douaniers entre les États-Unis et la Chine : des escalades verbales qui tiennent plus du bluff que de la réalité tellement les deux économies sont imbriquées, mais qui sont révélatrices de la tension qui règne sur les marchés. Les responsables des institutions économiques, du FMI à l’OCDE, tirent la sonnette d’alarme à propos de la croissance en berne. Malgré les prêts à 0%, malgré le blocage des salaires et les réductions d’impôts, les entreprises n’investissent pas. Elles empochent ces cadeaux et placent l’argent à court terme dans les circuits financiers.
Pour l’instant la crise prend la forme d’un ralentissement structurel sur la durée mais il suffirait de peu de choses pour qu’elle explose comme en 2008. Les gouvernements tentent de protéger les capitalistes de la crise qu’ils ont créée, par des mesures protectionnistes, peut-être par des investissements publics pour compenser le manque d’investissements privés, certainement en continuant à faire peser le poids de la crise sur les classes populaires, qui subissent déjà le chômage, la précarité et les bas salaires depuis des années. Le profit vient uniquement de l’exploitation des millions de salariés qui font tourner les usines, transportent les marchandises, etc. Les opérations financières ne créent pas de profit, elles ne font que le répartir entre les capitalistes. Le seul moyen de maintenir les profits est donc d’aggraver l’exploitation des classes populaires.
La seule force capable de freiner cette tendance, c’est la force collective de la classe ouvrière.
On l’a vu en 2019, ce ne sont pas les luttes qui ont manqué, preuve que le mécontentement est général et peut se transformer en action, même dans les conditions les plus dures.
Il a fallu du courage et de la combattivité aux Indonésiens, aux Haïtiens, aux Irakiens ou aux Libanais pour affronter la répression policière et exprimer leur colère face à la corruption des élites. Au Soudan, la population mobilisée a réussi à faire tomber la dictature sanguinaire d’Omar Al-Bechir. Au Chili la population est mobilisée contre le coût de la vie, à Hong-Kong elle l’est pour défendre la démocratie. Aux États-Unis, les travailleurs de General Motors ont mené la plus longue grève depuis 40 ans pour défendre leurs salaires et leurs retraites. En France, on a vu le mouvement des gilets jaunes puis la grève et les manifestations pour défendre les retraites, qui durent depuis un mois. En Algérie aussi les travailleurs restent mobilisés pour leur 45ème vendredi de mobilisation contre le gouvernement !
Dans un autre registre, on a vu la jeunesse se mobiliser dans tous les pays pour la défense de la planète et exiger des actions contre le réchauffement climatique.
Donc, non, à l’échelle du monde, ce n’est pas la combativité qui manque !
L’aspiration à un changement de régime ou à une autre politique sont parfaitement compréhensibles et légitimes. Le problème ne se limite cependant pas à savoir qui va remplacer le dictateur déchu ou le politicien détrôné. Au pire, un autre dictateur prend le relais, comme en Égypte ; au mieux, c’est un régime plus parlementaire, comme en Tunisie, sans que les choses changent pour l’écrasante majorité des classes pauvres.
Il ne suffit pas de renverser un dictateur pour que cesse la dictature de l’argent, plus exactement du grand capital, sur la société. Les dictateurs sont comme les hommes politiques des pays qui se prétendent démocratiques : ils sont interchangeables.
La seule force capable de changer réellement et durablement les choses, c’est la force collective de la classe ouvrière. Pourtant, les victoires partielles et passées des travailleurs ont aussi montré que les luttes les plus puissantes ne peuvent que donner un répit, le temps que les bourgeois et leurs politiciens se réorganisent.
Le problème qui se pose à nous tous n’est pas tant de défendre les intérêts des travailleurs face au capitalisme, mais de le renverser. C’est cet objectif qui fait défaut aux mobilisations, pourtant impressionnantes des travailleurs du monde entier.
Si aujourd’hui les idées en vogue sont celles du repli national, régional ou communautaire, c’est à cause de l’absence de la classe ouvrière, du monde du travail, sur le plan politique. Quand les travailleurs sont conscients de leur force collective, ils se battent ensemble, toutes origines et toutes religions confondues, contre leur ennemi commun, le capital ; et cette force peut attirer à eux les autres couches de la société car elle est capable de renverser le capitalisme pour mettre en place un autre monde.
Pour y arriver, il faudra reconstruire un parti communiste qui organise les luttes dans cette perspective.
n

En France, un million de travailleurs disent Non à des retraites de misère

Depuis sa campagne présidentielle, Macron a promis de s’attaquer aux retraites des travailleurs des services publics. Macron avait dit tout et son contraire, qu’il « irait jusqu’au bout » mais il a eu la seule réponse qu’il méritait : l’entrée en lutte des travailleurs ! Ils étaient entre huit cent mille et un million cinq cent mille à manifester le jeudi 5 décembre, cheminots, enseignants, pompiers, ambulanciers, hospitaliers et de nombreux salariés du privé, tous ensemble pour dire tout le mal qu’ils pensaient de la réforme des retraites. Et déjà la suite se prépare : la grève continue dans les transports et une seconde manifestation a rassemblé huit cent mille travailleurs le 10 décembre.
Entre temps, les détails de la réforme ont été rendus publics par le Premier ministre, Édouard Philippe. Le système à points qu’il veut mettre en place, doublé d’un calcul de la pension sur toute la carrière, n’aura qu’une conséquence : les travailleurs pauvres deviendront des retraités pauvres.
Le gouvernement confirme surtout qu’il faudra travailler plus longtemps. Il prétend sans rire qu’il ne veut forcer personne… mais il veut introduire un malus en-dessous de 64 ans, ce qui obligera les salariés à choisir entre s’épuiser au travail – s’ils en ont encore un – ou tomber dans la misère avec une pension tronquée.
Quant au fait que la réforme ne s’appliquera qu’aux salariés nés après 1975, c’est une tentative de division abjecte. Les travailleurs qui refusent un recul pour eux-mêmes n’en veulent pas non plus pour leurs frères, leurs enfants ou leurs collègues plus jeunes.
Le gouvernement cherche aussi à diviser les travailleurs en présentant les cheminots comme des privilégiés, ou les conducteurs de bus de Paris comme des nantis par rapport à ceux de province. À ce jeu-là, nous sommes tous perdants parce que chacun trouvera toujours plus mal payé et plus exploité que lui.
Cette réforme des retraites est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. C’est la mesure de trop qui s’ajoute aux salaires bloqués, aux primes rognées, aux sous-effectifs et aux menaces de licenciement. Privé ou public, en France ou en Belgique, tous sont logés à la même enseigne ! Tous subissent les pressions au travail, les cadences infernales, les réorganisations incessantes et la politique du chiffre.
Ce qui se passe en France ne peut que rappeler ce qu’a fait le gouvernement Michel : repousser l’âge de la retraite à 67 ans et prolonger la période de cotisation, ce qui aura pour effet concret de réduire le montant des pensions car personne n’arrivera à remplir les critères exigés pour une pension complète. Tout cela, paraît-il pour « combler le déficit ».
Pourtant, l’argent pour les retraites, les salaires, les emplois et les services publics, il existe du côté des vrais privilégiés, parmi les banquiers amis de Macron en France, ou leurs compères en Belgique, parmi tous ceux qui ne se posent pas le problème de leur retraite ou de leurs fins de mois parce qu’ils sont richissimes, ce sont eux les vrais privilégiés que les gouvernements arrosent de cadeaux, qui creusent les déficits publics et qui exigent de plus en plus d’austérité pour les travailleurs.
La journée du 5 décembre donne une idée de l’immense force collective dont disposent les travailleurs.
Si le gouvernement a repoussé la date d’entrée en vigueur de sa réforme, c’est parce qu’il y a cette mobilisation et qu’il est sous la pression de ceux qui sont en grève reconductible. Macron et Philippe ne veulent pas d’un mouvement qui s’amplifie, alors que celui des gilets jaunes n’est pas encore terminé. Macron a déjà entrepris les grandes manœuvres de séduction vis-à-vis des syndicats pour les embrigader dans un « dialogue social » qui vise avant tout à démobiliser les travailleurs pendant des négociations de façade.
Là aussi les travailleurs de Belgique ont fait la même expérience : pendant que les syndicats discutaient, le mouvement s’est essoufflé. Ce qui fait peur au patronat et aux gouvernements à son service, ce sont les travailleurs mobilisés et en colère, pas les représentants syndicaux dans des salons feutrés. Ce n’est pas avec une manifestation par an, comme on l’a connu ces dernières années, que l’on fait reculer un gouvernement.
Mais si les grèves se multiplient et se renforcent, si de nouveaux manifestants battent le pavé, le gouvernement peut reculer comme l’a fait celui de Juppé en 1995. Ce sera non seulement une victoire pour les travailleurs de France, mais surtout un encouragement pour tous ceux qui vivent la même réalité dans toute l’Europe.