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Un coup de semonce

La procédure de confirmation du nouveau président américain, Joe Biden, a été interrompue par une foule furieuse de partisans de Trump, arborant des casquettes à son effigie et parfois armés, qui a envahi le Capitole de Washington, où se trouvent l’assemblée nationale et le Sénat. Cela ne s’était jamais vu en deux cent ans d’histoire des États-Unis.

La police a été complètement débordée. Il a fallu des heures pour que la garde nationale soit appelée en renfort et elle est arrivée au compte-gouttes. Il était frappant de voir la mollesse avec laquelle la police a fait évacuer les lieux, repoussant lentement des émeutiers qui n’avaient pas trop l’air de s’en faire. Il n’y a eu que quelques dizaines d’arrestations et ni blindés ni hélicoptères militaires comme c’est le cas lors des manifestations de Black Lives Matter. On ne peut s’empêcher de penser que si les manifestants avaient été noirs, ils auraient été tués avant même de s’approcher du bâtiment. 

En tout cas, les responsables de la police ne peuvent pas prétendre ne pas avoir été au courant, puisque cela fait des semaines que Trump appelle ses troupes à manifester contre le résultat des élections et qu’elles ont déjà montré ce dont elles étaient capables dans leurs débordements contre le port du masque ou en attaquant les manifestants de Black Lives Matter, sans d’ailleurs jamais être inquiétées par la justice. 

Les “ultras” de Trump sont un mélange hétéroclite de tout ce que le capitalisme américain rejette par en bas : petits patrons menacés par le grand commerce, indépendants anti-impôts qui voudraient exploiter leurs salariés sans contraintes, fermiers ruinés et toute une clique de suprématistes blancs, pro-nazis et tenants de diverses sectes complotistes. 

Certes, on peut trouver choquant que le président de la plus grande puissance du monde, qui donne des leçons de « démocratie » au monde entier, appelle ses supporters à monter à l’assaut du congrès parce qu’il refuse de reconnaître sa défaite aux élections. L’ancien président Bush a comparé la situation à celle d’une « république bananière » ! Une partie des élus républicains, ceux dont la base électorale est plus modérée, ont fini par lâcher Trump plus ou moins ouvertement. Après trois ans, onze mois et vingt jours de soutien sans faille, on ne peut pas vraiment parler de courage politique !

Ce coup d’éclat de Trump, qui pourrait le faire passer, une fois de plus, pour un fou furieux, est un calcul politique. Il fait passer un message à ses électeurs auxquels il dit « je vous ai compris » et je suis avec vous contre le système. En même temps, il fait une démonstration de force vis-à-vis des autres républicains qui seraient un peu trop pressés de retourner leur veste. 

Ce n’est donc pas parce que Trump va quitter le pouvoir que sa politique ne va pas continuer. Car Trump n’est pas un clown de foire arrivé là par accident. Les gesticulations, c’est pour la galerie, c’est pour démontrer sa capacité à récolter des voix sur son nom ; mais, en réalité, il a été soutenu dès le début et continue à être soutenu par une partie importante de la grande bourgeoisie américaine, celle qui domine le monde et qui compte sur lui pour maintenir l’ordre social dans un pays où les inégalités sont parmi les plus importantes du monde. Il est en ce sens comparable à un Orban ou à un Bolsonaro qui, eux aussi, jouent aux amis du peuple avec un programme économique et politique anti-ouvrier. Trump s’attaque à la Chine au nom de l’emploi américain, alors que la première menace sur l’emploi vient des patrons américains eux-mêmes.

Il n’y a pas et ne peut pas y avoir de réelle démocratie dans un système capitaliste, quand une minorité de grandes familles ultra-riches tient entre ses mains le pouvoir économique, a quasiment un droit de vie et de mort sur des millions de travailleurs, et le pouvoir de faire ou défaire les présidents. Malgré tout, la démocratie, même à la sauce bourgeoise, est un cadre qui permet aux travailleurs de s’organiser et de défendre leurs droits, leurs emplois et leurs salaires. 

 En revanche, cette attaque montre la fragilité des acquis démocratiques et qu’une partie de la grande bourgeoisie est prête à soutenir des politiciens avec un programme répressif. Les ultras de Trump seront les premiers recrutés pour briser les grèves ou assassiner militants politiques et syndicalistes.

Biden, s’il n’est pas aussi riche que Trump, sert tout autant les intérêts patronaux. Il a déjà promis d’injecter des milliers de milliards de dollars dans l’économie, qui serviront avant tout à augmenter les profits des grands actionnaires. Contre les attaques directes d’un Trump et de ses nervis ou celles, plus doucereuses, d’un Biden, les travailleurs ne peuvent compter que sur eux-mêmes, leur détermination et leur mobilisation.

La violence policière, reflet de la violence sociale d’une société injuste

En Belgique comme en France, les violences policières font l’actualité.

En Belgique, la justice a mis le feu aux poudres à Anderlecht en demandant un non-lieu dans l’affaire d’Adil, ce jeune homme qui a trouvé la mort dans une course poursuite avec la police suite à un contrôle Covid. Il y a l’affaire Chovanec, du nom de ce voyageur qui a été étouffé en cellule, tandis qu’une policière faisait le salut nazi devant la caméra. Dans l’affaire Mawda, le policier qui a tiré et tué la petite fille s’en tirerait avec tout au plus un an de prison – contre 7 à 10 pour le chauffeur de la camionnette de migrants. En septembre dernier, un commissaire a été mis de côté suite à la répression violente d’une manifestation pacifique pour la défense des soins de santé.

En France, il y a, entre autres, le cas de Zineb, une dame de 80 ans tuée à sa fenêtre par une grenade lacrymogène pendant une manifestation des gilets jaunes. Il y a Michel Zecler, tabassé chez lui par la police pour n’avoir pas porté de masque.

En France comme en Belgique, ces affaires n’auraient pas eu un tel retentissement si des familles, des amis ou des militants ne s’étaient pas mobilisés. Michel Zecler serait peut-être encore en prison si son passage à tabac n’avait pas été filmé, car la police l’avait mensongèrement accusé de rébellion. Cela illustre bien à quoi va servir la loi dite de « Sécurité globale » de Macron, qui veut justement interdire de filmer la police ! Dans l’affaire Mawda, la police belge a d’abord tenté de cacher que la petite fille avait été tuée par balle. Dans tous les cas, les gouvernements ont été solidaires de la police, tentant de minimiser la gravité des faits ou d’en limiter la portée en parlant de « cas individuels », voire en discréditant les victimes.

Cette solidarité sans faille a une cause profonde : la police est un outil essentiel pour la défense de l’ordre établi, avec tout ce qu’il comporte d’inégalités et d’injustices. Pourchasser les bandits et les voleurs est certes un travail utile mais le premier rôle de la police reste la répression.

Comment un système oppressif et injuste comme le capitalisme pourrait-il survivre, avec sa minorité de super-riches et une immense majorité de travailleurs, chômeurs et pensionnés qui vivent dans l’insécurité financière permanente, à la limite de la pauvreté ? Il est évident qu’un tel système ne peut qu’engendrer des révoltes. La police est justement là pour les réprimer.

Pour atteindre leurs objectifs sécuritaires, la hiérarchie policière et les ministères de l’Intérieur, ne sont pas très regardants sur qui ils embauchent. N’importe quel candidat fait l’affaire tant qu’il est prêt à manier la matraque avec vigueur sur les têtes ouvrières. Qu’ils soient d’extrême-droite, racistes ou anti-pauvres ne gêne personne, bien au contraire ! Il ne faut pas s’étonner alors de voir ce genre de policiers tabasser des quidams sur base de leur couleur de peau, gazer des manifestants ou tirer des grenades à tout-va. Et quand les bavures ont lieu, il est toujours temps pour les ministres de tirer sur un lampiste et discourir hypocritement sur la moralisation de la police et la nécessité d’y donner des formations contre le racisme.

Dans une période de crise économique et sociale comme celle que nous traversons, le risque d’une explosion sociale est d’autant plus grand que les injustices s’accroissent et que le poids de la crise pèse plus lourdement sur les épaules des classes populaires. Les gouvernements le savent bien et, non seulement ils ne vont rien faire contre, mais ils se préparent à faire payer la dette liée à la crise du Covid au monde du travail, par plus d’austérité, plus de flexibilité, plus de chômage. Alors, ils se dotent de tous les moyens pour faire face aux mouvements sociaux qui pourraient les faire vaciller du pouvoir. Ils fourbissent leurs armes, autopompes et caméras de surveillance, et votent des lois qui leur laissent les coudées franches. En Belgique, le MR voudrait une loi qui interdise les grèves « disproportionnées ». En France, la nouvelle loi de sécurité permettrait d’enrôler les agents de sécurité dans des missions de police, ce qui donnerait virtuellement au gouvernement une armée de 500 000 hommes en cas de besoin. Et c’est sans compter les nombreuses législations anti-terroristes, qui sont prêtes à servir contre les travailleurs en lutte et toutes les organisations de la classe ouvrière.  

Le gouvernement Macron n’est ni le premier ni le dernier à établir une politique autoritariste et policière. Une partie de la bourgeoise belge et les libéraux rêvent déjà de l’imiter. Les travailleurs devront se défendre pied à pied par la grève et les manifestations. 

Aux USA comme ailleurs, la perspective des travailleurs, c’est la lutte

Deux semaines après la proclamation du résultat quasi-définitif des élections américaines, Trump refuse toujours obstinément de reconnaître sa défaite. Il ne se passe pas un jour sans qu’il tweete un mensonge de plus sur les « élections truquées » et qu’il prétende que c’est lui qui a gagné, tout en multipliant les actions en justice contre les résultats.

Les politiciens et les médias se font l’écho de ces fanfaronnades de mauvais perdant et s’inquiètent du fait qu’elles sapent la confiance dans la démocratie. Mais quelle confiance ? Les capitalistes, les grands bourgeois se moquent bien de la démocratie, car leur richesse ne dépend d’aucun électeur et ils n’ont de comptes à rendre à personne. Dans un système où le vrai pouvoir est concentré entre les mains des plus riches, les élections ne peuvent être qu’une illusion visant à faire croire à la population qu’elle a son mot à dire et qu’en choisissant un président, elle est responsable de son propre malheur… jusqu’aux prochaines élections.

Néanmoins, quand le dirigeant de la plus grande démocratie du monde, celle qui est censée donner le ton au reste de la planète, se moque ouvertement du processus électoral et menace de l’usurper, il donne un signal encourageant à tous les candidats dictateurs de la planète, les Bolsonaro, Erdoğan et Orban de tous les pays, et cela n’est jamais bon pour les travailleurs.

En donnant une légitimité aux soupçons les plus farfelus, Trump encourage aussi les complotistes de tous bords et les milices armées d’extrême-droite aux États-Unis. Du Ku Klux Klan aux Proud Boys et autres American Legion, l’histoire des États-Unis regorge de ces groupes, racistes et fascistes, fanatiques de la gâchette et qui ne demandent qu’à se lâcher contre les Noirs et les hispaniques aujourd’hui, ou contre des travailleurs en grève demain. Trump les a invités à se « tenir prêts » tout en se gardant bien de dire ce qu’il entend par là. Avant les élections, cela pouvait passer pour une flatterie vis-à-vis de son électorat le plus réactionnaire. Mais de là à penser que Trump préparerait un coup d’État ou une guerre civile, il y a quand même un fossé. Certes, Trump travaille pour lui-même et il est prêt à tout pour rempiler. Mais il doit défendre au bout du compte l’intérêt général de la grande bourgeoisie américaine et rien n’indique qu’elle soit prête à passer à une dictature ouverte contre les travailleurs, avec ce que cela implique de risques de déstabilisation et de luttes sociales. 

En tout cas, il serait illusoire, voire même dangereux, de penser que Biden et les Démocrates soient d’une protection quelconque contre cette extrême-droite violente. Certes, les Démocrates se disent opposés à ces milices, mais ils ne proposent aucune autre alternative que la justice et la police, qui sont elles-mêmes souvent sympathisantes de ces idées nauséabondes.

Dans les années 1930, les militants de la fédération syndicale CIO ont cessé d’appeler la police ou le FBI et ont fait taire eux-mêmes les milices fascistes de l’American Legion. Plus tard, ce sont les mobilisations des années ‘50 et ‘60 qui ont fait ravaler leur morgue aux clowns sinistres du KKK.

Même si on en parle peu dans les médias européens, le monde du travail américain a su se faire entendre à bien des reprises. En 2019, par exemple, 46 000 ouvriers de General Motors ont fait six semaines de grève et ont obtenu des primes ; une série de grèves des enseignants de plusieurs États américains leur ont permis d’obtenir des augmentations de salaires et elles ont culminé avec la grève des enseignants de 900 écoles de Los Angeles ; il y a eu aussi cette grève des 31 000 salariés de la chaîne de supermarchés Stop & Shop. On pourrait en citer encore bien d’autres. L’année 2020 a été marquée par le mouvement Black Lives Matter, en réaction aux nombreux assassinats de Noirs par la police. Ce mouvement n’a pas la nature ouvrière, ni l’ampleur, des grandes révoltes des années 1960 qui ont fait trembler l’Amérique, mais il rassemble néanmoins toute une jeunesse qui ne supporte plus le racisme arrogant de la police et du gouvernement.

Ces luttes montrent que même au pays du capitalisme conquérant, les travailleurs ne sont pas prêts à se laisser faire. Ce sont par ces luttes que les travailleurs américains, quelle que soit leur origine, pourront, on l’espère, s’unir et faire reculer le patronat, malgré les futures capitulations des Démocrates, et claper leur bec à Trump et à ses sbires.

Trump s’en va, le capitalisme reste

C’est finalement le candidat démocrate Joe Biden qui a remporté l’élection présidentielle américaine. L’annonce a été accueillie avec joie par un grand nombre d’américains qui ont fêté avec un soulagement bien compréhensible la fin du règne de Trump. Pourtant, les travailleurs américains n’ont rien à attendre de Biden, et beaucoup en sont d’ailleurs bien conscients.

L’importance de la participation électorale et le grand nombre de bulletins envoyés par la poste ont ralenti le processus de dépouillement et il aura fallu plusieurs jours pour avoir des résultats définitifs. Aux États-Unis, le président est élu indirectement par un collège électoral dans lequel chaque État américain envoie un certain nombre de « grands électeurs », déterminé en fonction de sa population. Chaque État a ses propres règles mais en général, la totalité des grands électeurs d’un État est attribuée au candidat qui y a obtenu la majorité. Il est donc possible, comme ce fut le cas en 2016, d’avoir la majorité des voix au niveau national, mais d’être minoritaire en nombre de grands électeurs. 

Heure après heure, Trump a vu ses chances de réélection fondre comme neige au soleil et il s’est fendu d’une série de ses habituelles déclarations provocatrices et souvent contradictoires sur le fait que les élections étaient truquées, que le vote par correspondance était illégal et autres fantasmagories complotistes qui lui sont habituelles et le font plus ressembler à un autocrate qu’au président d’une démocratie bourgeoise.

Son parti le soutient encore fidèlement. Avant les élections, déjà, les Républicains ont tenté de d’influencer les résultats en rayant des listes électorales autant de pauvres, de noirs et de latinos que possible, en tentant de saboter le vote par correspondance, ou encore en réduisant le nombre de points de vote pour décourager les électeurs. On a même vu la police charger et disperser une manifestation pacifique de Noirs américains qui se rendaient ensemble au point de vote.

Même si une partie des députés et sénateurs républicains prend ses distances avec les discours de Trump sur son élection volée à cause des fraudes ou sa demande de le déclarer vainqueur d’office, ils n’en sont pas encore arrivés au point de le lâcher complètement. Preuve, s’il en fallait une, que tout clownesque qu’il soit, Trump représente une réelle majorité au sein de son parti.

Trump est dénigré en Europe pour ses tweets douteux, sexistes et racistes, pour ses mensonges outranciers et ses provocations qui le font passer pour un demeuré. Et pourtant, malgré quatre ans de ce régime, les démocrates n’ont pas obtenu le raz de marée électoral qu’ils espéraient. Dans les États cruciaux, le vote s’est parfois joué à un demi-pourcent près. Les élections législatives et sénatoriales, qui ont lieu en même temps, n’ont pas amené de réel bouleversement de majorité.

Et ce n’est pas la faute aux abstentions comme en 2016, ni même aux manœuvres électorales des républicains. D’une part, Biden ne convainc pas, et de l’autre Trump conserve une solide base.

Pendant ses quatre ans de présidence, Trump a fait le boulot pour la bourgeoisie américaine. Il a baissé les impôts sur les sociétés et sur les hauts revenus. Lorsque la crise sanitaire et économique est arrivée, il a arrosé les patrons, grands et petits, à coups de milliards de dollars tandis que des millions de travailleurs se retrouvaient au chômage, voire à la rue faute de pouvoir payer leur logement.

Trump apparaît même aux yeux d’une certaine frange de travailleurs comme celui qui a défendu la relocalisation des emplois aux États-Unis grâce à sa politique nationaliste et ses airs de dur à cuire face à la concurrence chinoise ou à l’immigration mexicaine.

Il a donné une voix officielle au racisme et aux idées religieuses les plus réactionnaires, contre l’avortement, contre les minorités, contre les pauvres en général. Il a permis à l’extrême droite de répandre ses idées nauséabondes en les faisant passer pour la seule issue à la crise économique qui pousse des millions de travailleurs vers la misère.

Ce n’est pas un Biden qui va pouvoir enrayer ce phénomène, lui qui a fidèlement servi les intérêts des capitalistes pendant 50 ans, qui a défendu le durcissement et l’allongement des peines de prison dans les années 1990, ce qui a touché principalement la jeunesse noire et pauvre. Le parti démocrate a mis en avant quelques représentants plus progressistes pour attirer le vote des couches populaires, des jeunes et des minorités, mais il reste fondamentalement un parti pro-patronal et, en rejetant toute une partie de la population dans la pauvreté, il contribuera aux succès des futurs Trump.

 La seule alternative viendra du monde du travail américain. Il a su par le passé se mobiliser contre la guerre ou la ségrégation raciale, il a la force de le faire pour disputer à la bourgeoisie son contrôle sur l’économie et la société.

Le profit d’abord, les travailleurs peuvent crever

La seconde vague de la pandémie est bel et bien là. Les contaminations sont reparties à la hausse de façon spectaculaire et les hôpitaux se remplissent à nouveau. Les experts tirent la sonnette d’alarme : une nouvelle catastrophe s’annonce et malgré le renforcement récent des mesures sanitaires, la situation va s’aggraver encore dans les jours qui viennent.

Dès le début de cette seconde vague, les politiciens en ont imputé la responsabilité à la population, en particulier aux jeunes qui ne respecteraient pas les règles ou aux fêtards irresponsables. Il y a certainement une minorité de réfractaires au port du masque mais ce ne sont pas eux qui expliquent que la pandémie ait repris son expansion dans tout le pays, ni dans toute l’Europe.

Il ne faut pourtant pas chercher loin : si l’on rassemble des milliers d’étudiants dans des salles de classe fermées ou des centaines de travailleurs dans des bureaux ou des ateliers, les contaminations vont forcément augmenter, masque ou pas. Comment respecter les gestes barrières quand on continue à s’entasser dans des transports publics bondés tous les matins ?

Les chiffres du « tracing » semblent indiquer que le foyer familial serait le premier lieu de contamination. Or, avant d’atteindre la famille, le virus a bien dû frapper l’un de ses membres, que ce soit à l’école ou au boulot. Pourtant, les politiciens préfèrent faire la morale et accuser telle ou telle partie de la population de ne pas suivre les règles, plutôt que de remettre en cause leur docilité face à une classe patronale impatiente de relancer la machine économique. Ces attaques sont d’autant plus injustes que les règles s’appliquent bien plus durement à ceux qui ont des bas salaires et qui se retrouvent au chômage économique, à ceux qui vivent dans des petits appartements étriqués et pour qui la rue tient lieu de seul espace de liberté. Pour eux, pas de villa ni de jardin, contrairement aux bourgeois qui forment la clientèle chérie des ministres. 

Cela fait des mois que le gouvernement Wilmès a répété que la situation était en train de redevenir normale, que l’on devait rouvrir les écoles, les universités et retourner au travail. De plus en plus de voix s’élevaient, au sein même du gouvernement, pour réclamer que l’on cesse de sacrifier l’économie sur l’autel de la santé. Et après ils voudraient mettre la responsabilité de la deuxième vague sur le dos des travailleurs ? Quelle sinistre plaisanterie !

Alors, oui, la responsabilité première, c’est celle du gouvernement qui ne connaît qu’une seule urgence : relancer la machine à profits du patronat.

Maintenant, le mal est fait. Et l’on se rend compte que sept mois après la première vague, les dirigeants du pays sont tout autant pris au dépourvu. Le « baromètre » de la pandémie n’est pas prêt et les mesures pour l’affronter semblent s’improviser semaine après semaine sans aucune logique autre qu’éviter de prendre des mesures sérieuses qui coûteraient éventuellement cher au patronat.

En effet, quel sens cela a-t-il d’instaurer un couvre-feu pendant les heures où 99% de la population dort ? Certains lieux de rassemblement comme les restaurants et les bars ont été fermés mais les entreprises restent ouvertes, de même que les écoles. Pourtant, c’est là que la majorité des contacts ont lieu.

On ne peut pas cette fois-ci invoquer à nouveau le prétexte de la surprise pour justifier le manque de matériel ou de personnel. Pourtant, le matériel de protection continue à être rationné et il y a toujours pénurie d’infirmières et d’aides-soignantes. Les places manquent dans les hôpitaux, dont les plus encombrés ont commencé à envoyer des malades dans d’autres villes. Certains hôpitaux demandent au personnel de santé de venir travailler même quand ils sont testés positifs ! D’autres en sont même réduits à faire appel à des bénévoles faute de moyens. 

Comme au printemps, ce sont les travailleurs qui font le plus les frais de la crise sanitaire et économique. D’abord parce qu’ils sont les moins protégés : ouvriers, caissières ou infirmières doivent continuer à se rendre au travail alors que leurs managers peuvent travailler à domicile. Ensuite,parce que le gouvernement s’est empressé d’ouvrir son portefeuille pour les patrons, tandis que les travailleurs en quarantaine ou dont l’école a fermé doivent prendre sur leurs congés !

Les mesures du nouveau gouvernement en faveur du secteur de la santé seront totalement insuffisantes. Les salaires des soignants restent trop bas ; le personnel est en sous-effectif chronique. Le secteur de la santé a subi des dizaines d’années de politiques d’austérité menées par les mêmes partis que ceux qui sont aujourd’hui au gouvernement. Ces politiques ont déjà privé une partie de la population de l’accès aux soins, aujourd’hui elles nous laissent impuissants face à la pandémie. C’est la logique du capitalisme : le profit avant tout, et tant pis pour les travailleurs.

Les vieilles recettes du nouveau gouvernement

Cette fois-ci, il aura fallu 493 jours depuis les élections de mai 2019 pour que les partis politiques se mettent d’accord sur la manière dont ils vont se partager le pouvoir. Toutes les combinaisons ont été envisagées, y compris l’alliance PS-N-VA dont Paul Magnette disait pourtant qu’elle était inacceptable – toutefois, ce n’est pas lui mais le CD&V qui l’a torpillée. Ces seize mois de tractations discrètes ont accouché d’une improbable coalition à sept partis – le PS, le MR, l’Open Vld, le CD&V, Ecolo, Groen et le SP.A – où chacun a durement négocié ses postes de ministres et les points du programme qu’il souhaitait ajouter pour justifier sa participation et présenter des « victoires » à ses électeurs. Le programme qu’ils ont finalement signé en commun est d’ailleurs volontairement vague.

Quoi qu’il en soit, ce sont toujours les mêmes qui jouent et qui gagnent, comme dans un jeu de chaises musicales auquel les travailleurs perdent toujours. 

Certes, il y a quelques nouvelles têtes, mais qui croit encore que cela va changer quoi que ce soit à la politique qui sera menée ? Alexander De Croo, le nouveau premier ministre, est le rejeton d’une famille de politiciens depuis plusieurs générations. C’est un chantre de la privatisation et de l’austérité qui souhaite faire trimer les travailleurs plus longtemps et pour moins cher.

Le CD&V est le parti qui s’est le plus fait prier. Il s’est longtemps focalisé sur la question de l’avortement, dont il refuse la légalisation. Derrière ce symbole se cache sa peur de froisser sa base catholique et réactionnaire, souvent proche de la N-VA et aux yeux de laquelle la coalition semblait trop à gauche ! 

Le PS, lui, malgré ses discours, a montré qu’il ne faisait pas la fine bouche et qu’il était partant pour n’importe quelle coalition. Magnette a affiché sa satisfaction en exhibant comme un succès la revalorisation des pensions minimales. Or, il n’est même pas clair s’il s’agira d’une augmentation à 1500 euros brut ou net. Magnette dit que oui, Bouchez dit que non. Ce qui est certain, c’est que seuls les travailleurs avec une carrière complète de 45 ans y auront droit tandis que les autres, ceux qui ont vécu le chômage, l’intérim ou les temps partiels, devront continuer à se contenter d’une pension misérable. Que les patrons se rassurent, avec ou sans le PS, les pauvres resteront pauvres ! 

Les autres promesses électorales du PS passent à la trappe. Plus question de revenir à la pension à 65 ans, ni sur le « Tax Shift » et autres cadeaux aux entreprises. Quant à la promesse d’un impôt sur les grandes fortunes, elle accouche d’une souris : Magnette a bien précisé qu’il ne toucherait qu’une infime minorité des plus riches. Selon De Croo, cet impôt rapporterait 200 millions. Ce n’est rien par rapport à la fortune des gros actionnaires et ce n’est qu’une miette par rapport au budget fédéral, qui dépasse les 120 milliards d’euros ! 

Le nouveau gouvernement a promis de refinancer les soins de santé. Il aurait été difficile de ne pas le faire après la crise qu’on vient de vivre. Mais les chiffres annoncés sont de très loin inférieurs aux besoins. Il est prévu d’augmenter leur budget de 2,5%, alors que c’est ce qui aurait été nécessaire chaque année depuis vingt ans rien que pour maintenir le système à flot, sans compter la crise du Coronavirus. Or, pendant ces vingt dernières années de gouvernements libéraux, socialistes, socio-chrétiens et autres, le budget des soins de santé a au contraire été raboté au nom de la rigueur budgétaire. Le trou à combler est énorme et cette goutte d’eau ne va pas suffire.

De Croo et Magnette se sont également engagés à augmenter le taux d’emploi à 80%. La question est comment comptent-ils s’y prendre ? les méthodes pour y parvenir peuvent être totalement opposées : remettre les malades de longue durée au boulot et mettre les vieux au travail plus longtemps ou alors créer de vrais emplois ? Même dans cette éventualité, il faudrait créer plus de 600 000 emplois, soit trois fois plus que les 200 000 promis par Verhofstadt en 2003 ou que les 220 000 de Charles Michel avec ses « jobs-job-jobs ». Autant de promesses non tenues vis-à-vis des travailleurs mais qui ont servi de justificatifs pour réduire les charges patronales et augmenter la flexibilité du travail.Le nouveau motto du gouvernement c’est « apporter la modernité ». Moderne, vraiment ? Depuis des décennie la bourgeoisie mène une politique anti ouvrière qu’elle tente de camoufler derrière des promesses creuses. Ce qui serait vraiment moderne, c’est que grâce à leur mobilisation, les travailleurs imposent les mesures d’urgence nécessaires aux classes populaires : augmentation des salaires, interdiction des licenciements dans les entreprises qui font des bénéfices, levée du secret bancaire et ouverture de la comptabilité des entreprises.

Circulez, y’a rien à voir

En Belgique, l’épidémie du Coronavirus a déjà fait près de dix mille morts et 96 000 cas d’infection ont été détectés. Comme dans beaucoup d’autres pays, la question se pose de savoir comment, alors qu’on dispose en théorie de moyens sanitaires modernes et développés, l’infection ait pu prendre de telles proportions.

Pour les travailleurs, principales victimes de la crise sanitaire et de la crise sociale qui a suivi, la réponse est immédiate : la cause est dans le choix de faire passer les profits avant la santé.

Les politiciens qui dirigent le pays n’ont évidemment pas la même réponse. Le Parlement a lancé en juin une « commission spéciale » qui, comme les commissions précédentes, ne fera que pointer des lampistes et se lamenter sur les erreurs des différents comités d’experts qui ont été mis en place au cours de la crise. Entre Sciensano, le CNS, le RMG, Celeval et le GEES, bien malin qui pourra dire qui était responsable de quoi ! Ni à quoi ça sert d’avoir 8 ministres de la santé dans un pays aussi petit !

Les libéraux, qui ont été aux premières lignes pour gérer la crise avec la première ministre Wilmès (MR), et la ministre de la santé De Block (Open VLD) ont déjà déclaré qu’il ne fallait pas que la commission se précipite et qu’elle prenne le temps d’aller en profondeur. Ils espèrent peut-être que la crise sera loin derrière, le prochain gouvernement bien en place, quand on commencera à déballer leur linge sale. La commission, établie en juin, n’a en effet pas l’air bien pressée puisqu’elle ne s’est réunie que deux fois depuis lors !

Suite à la crise de la dioxine en 1999, quand on a découvert ce cancérigène dans les farines alimentaires destinées aux poulets, une commission parlementaire a créé l’Agence fédérale pour la sécurité alimentaire. Mais cela n’a rien changé aux pratiques des groupes agro-alimentaires qui continuent à chercher à maximiser leurs profits au détriment de la population laborieuse, celle qui ne peut pas se payer du bio à tous les repas. 

Les commissions Fortis, Sabena, Dutroux, etc. n’ont mis un terme ni aux manipulations financières des banques, ni aux licenciements, ni au mauvais fonctionnement de la justice. Les commissions Covid ne vont rien changer non plus parce que, pas plus que les autres, elles ne vont remettre cette société en cause.

A la place, elles vont chercher des « erreurs », des « dysfonctionnements », et elles vont en trouver. Les experts mandatés par la commission du Parlement fédéral en ont déjà cité une liste impressionnante. 

En réalité, ces supposées erreurs sont les conséquences dramatiques de choix économiques bien conscients, orientés vers le profit. Ce n’était pas par erreur mais par choix s’il n’y avait pas de masques en mars 2020 : on avait jeté les vieux stocks, et le gouvernement rechignait à en racheter. Ce n’est pas par erreur si on a laissé les vieux mourir dans les homes : il n’y avait pas assez de place dans les hôpitaux, minés par les années d’économies. 

Quand le virus a débarqué, le gouvernement était prévenu. Il existait même un « plan pandémie », établi depuis des années et qui recommandait justement d’avoir un stock de masques. Mais le gouvernement a tardé, De Block parlait encore d’une « grosse grippe », alors que les rapports scientifiques avaient déjà établi la mortalité de ce virus. Il a tardé à acheter des masques, puis à commander les tests et à mettre en œuvre un dépistage systématique. Il n’a pas protégé le personnel de la santé. Il n’a pas imposé aux entreprises qui continuaient à fonctionner de protéger leurs salariés. 

L’organisation efficace et rationnelle de la société est depuis longtemps le cadet des soucis de la bourgeoisie, préoccupée avant tout par ses profits. Résultat : quand bien même elle le voudrait, la bourgeoisie n’est plus qu’un géant aux pieds d’argile, incapable de mettre en branle toute la société vers un même objectif. Toutes les choses incroyables, grandioses qui ont vu le jour pendant cette épidémie, sont le fait de travailleurs qui se sont organisés entre eux, sur leur lieu de travail, malgré les contraintes de l’épidémie et de l’État. Les médecins, les hôpitaux et les infirmières n’ont pas attendu les ministres, ils se sont débrouillés seuls. L’État, lui, était trop occupé à donner de l’argent aux patrons et aux actionnaires pour qu’ils se remboursent de leur baisse d’activité. Cette ardoise-là, ils vont la réclamer aux travailleurs plus tard.

Ces commissions spéciales ne sont que de la poudre aux yeux qui permettront à quelques politiciens de jouer les chevaliers blancs. Seule une société dirigée par les travailleurs pourra donner la priorité à la santé et à l’éducation des enfants, à des modes de déplacement efficaces et non polluants, à une alimentation saine, à des services publics de qualité, etc. Le capitalisme, lui, a tourné le dos à la civilisation… le capitalisme, c’est la barbarie.

Les réactionnaires avancent sans masque

Alors qu’ une nouvelle vague de contagion au Covid se répand en Europe et dans le monde, plusieurs milliers de personnes ont manifesté à Berlin et Londres contre l’obligation du port du masque. Des tentatives similaires ont échoué lamentablementà Bruxelles. 

A lire les pancartes brandies dans ces manifestations, on y trouve de tout :  certains croient que le virus n’existe pas et que c’est une invention destinée à un obscur objectif secret ; d’autres qui prétendent que l’obligation du port du masque est une atteinte à leur liberté individuelle. S’y ajoutent ceux qui affirment que le virus aurait été fabriqué par les firmes pharmaceutiques pour pouvoir ensuite vendre des vaccins. On a même vu aux États-Unis des pancartes réclamant le droit d’attraper le virus.

Il peut sembler curieux que ces manifestations aient une telle ampleur alors que les mesures les plus strictes, comme le confinement, ont été levées depuis longtemps et qu’il ne reste en vigueur que les règles de distanciation sociale, l’obligation du port du masque et la quarantaine – et encore, uniquement pour les voyages en zones rouges. Les choses s’expliquent quand on voit qui sont les manifestants : essentiellement l’extrême droite, divers groupes adeptes des théories du complot et un mélange de classes moyennes, petits patrons et indépendants. Derrière leurs revendications de « liberté » et leur soi-disant révolte contre la « dictature » du masque, se cache mal une idéologie tout-à-fait réactionnaire et conformiste. Ce n’est pas un hasard si ces mouvances ont le soutien de gens comme Trump ou Bolsonaro, qui sont des ardents défenseurs du capitalisme et des ennemis acharnés des travailleurs.

Il est vrai que les gouvernements de la plupart des pays se sont largement discrédités par une gestion calamiteuse de la crise sanitaire. En mars, les masques étaient censés être inutiles, voire nuisibles, aujourd’hui ils sont devenus obligatoires. En Belgique, la taille de la « bulle » et les autres règles ont changé tellement souvent qu’on s’y perd. Mais l’incurie des politiciens de diminue pas pour autant l’utilité des masques.

Les experts scientifiques n’ont pas aidé à clarifier les choses. Les membres des différents comités et groupes contredisaient souvent dans la presse ce que le conseil national de sécurité avait décidé la veille. D’autres, tels le médiatique Professeur Raoult et son hydroxychloroquine, se font mousser en prétendant avoir découvert des traitements, qui s’avèrent après vérification tout aussi inefficaces que le dentifrice anti-Covid ou les produits de nettoyage que Trump conseillait d’avaler.

Le monde scientifique n’échappe pas à la logique économique du capitalisme. Les universités subissent l’austérité et sont en compétition pour les budgets. En leur sein, chercheurs et professeurs tirent la couverture à eux – au détriment, parfois, de la vérité scientifique. Ce n’est pas pour autant qu’il faut rejeter la méthode scientifique, rationnelle et logique, basée sur les faits. Elle n’a rien d’infaillible, mais c’est quand même elle qui a permis tous les progrès technologiques et médicaux dont nous profitons tous aujourd’hui, y compris les anti-masques et consorts !

Ceux qui, comme les manifestants de Berlin et ailleurs, réclament le droit de propager le virus à leur guise, ne sont pas seulement antiscientifiques et stupides. Ils sont dangereux, individualistes et réactionnaires. Avant même d’être des ennemis de la science, ils sont des ennemis des travailleurs.

Ce sont les couches populaires qui ont le plus souffert de l’épidémie. Pendant le confinement, des familles entières se sont entassées dans de petits appartements sans terrasse ni jardin. Elles ont subi le chômage économique, quand ce n’est pas le chômage tout court. Le virus a frappé plus fort le monde du travail : dans les supermarchés, les abattoirs, les hôpitaux, les usines, les centres logistiques, il a bien fallu travailler, avec ou sans masque. C’est là que le virus s’est propagé : les professions les moins qualifiées présentaient le taux de mortalité le plus élevé.

L’extrême-droite et les complotistes cherchent des boucs émissaires : les immigrés pour les uns, les Illuminatis ou les martiens pour les autres. Cela revient à dédouaner les capitalistes de leur responsabilité : si la crise sanitaire a frappé si fort, c’est à cause de la politique d’économie dans les hôpitaux ; si la crise économique frappe maintenant les travailleurs, c’est parce que les gouvernements protègent d’abord les profits.

La réponse à ces crises n’est certainement pas le chacun pour soi, elle est au contraire dans l’organisation collective de la société entière par les travailleurs eux-mêmes : organiser les services publics en fonction des besoins de la population, répartir le travail entre tous sans regarder aux profits, et prendre soin les uns des autres. Mais pour cela, il faudra des manifestations d’un autre genre et d’une autre ampleur…

Après la crise, comme avant, les travailleurs vont devoir se défendre

Pendant la crise du Covid, les commentateurs, journalistes, politiciens se sont relayés sur les ondes pour jurer que plus rien ne serait jamais comme avant, que les leçons seraient apprises, bref, que grâce au Covid le monde allait devenir meilleur.

Ces niaiseries n’ont pas résisté longtemps à l’épreuve des faits : que ce soit à l’échelle de la Belgique ou de la planète, le patronat n’a pas changé d’un iota. Il est en train de profiter de la crise sanitaire pour lancer une série de plans de restructuration probablement encore pires que ceux qui ont suivi la crise de 2008.

En Belgique, la compagnie aérienne Brussels Airlines va recevoir 300 millions d’euros d’aide d’argent public. Cet argent est censé empêcher la « faillite » de l’entreprise. Or dans le même temps, la direction a utilisé le chantage à la fermeture pour imposer gel des salaires, départs en retraite anticipée et chômage technique au personnel naviguant, faisant ainsi un supplément de 500 millions d’euros d’économies.

Pour Lufthansa, la maison mère de Brussels Airlines, c’est le jackpot à encore plus grande échelle : l’entreprise va recevoir 9 milliards d’euros du gouvernement allemand et prévoit 22 000 licenciements.

En France, c’est 15 milliards pour le secteur aéronautique et 8 milliards pour l’automobile. En Italie, le gouvernement va prêter 6 milliards d’euros à Fiat. Dans tous les pays, le même scénario se répète. 

Au bout du compte, le grand patronat compte bien mettre la crise à profit. Certes, les bénéfices ont baissé pendant le confinement et certaines grandes entreprises ont même perdu de l’argent. Mais la grande majorité a passé le cap, grâce à leurs faramineuses réserves, constituées au cours de dizaines d’années d’exploitation des salariés. Ce ne sont que pour des petites entreprises que le coup a pu être fatal. 

Mais comme le montre l’exemple du secteur aérien, les patrons n’ont pas l’intention d’absorber les pertes en prenant sur les profits passés. Non seulement ils vont recevoir des aides publiques mais ils vont tenter d’imposer des sacrifices aux travailleurs, sous prétexte de « sauver l’entreprise », que ce soit en abandonnant une partie de leurs salaires, en acceptant plus de flexibilité ou en travaillant plus. Le patronat espère ainsi, sous la menace de la fermeture, faire accepter aux travailleurs des mesures antisociales qu’ils n’auraient pas espéré faire passer autrement.

C’est ainsi qu’ils espèrent regagner au centuple ce qu’ils ont perdu ces trois derniers mois.

Dès la mi-avril, les bourses européennes ont commencé à remonter et sont quasiment revenues à leur niveau d’avant la crise. Les financiers investissent dans les secteurs qui, à leurs yeux, vont le plus profiter de la situation. Dans les autres secteurs, ils exigeront des restructurations jusqu’à les rendre à nouveau rentables. 

Si les travailleurs se laissent faire, le prix humain sera terrible. Des foyers seront appauvris par le chômage, par les temps partiels et l’intérim. Pour les patrons, les subsides, les réductions d’impôts, etc. Pour les travailleurs, les restructurations et la misère.

Les travailleurs risquent aussi de payer une deuxième fois l’addition : les dizaines de milliards d’euros que le gouvernement Wilmès a mis à disposition des entreprises vont creuser la dette du pays, elle pourrait remonter à 120% du PIB cette année. Or cela fait trente ans que tous les gouvernements successifs justifient leurs plans d’austérité en série au nom de cette dette. Il ne faudra pas attendre longtemps pour que les mêmes recettes indigestes se retrouvent sur la table : dégradation des services publics, coupe dans les budgets sociaux, report de l’âge de la retraite, augmentation du temps de travail, etc. Pour les politiciens au service du patronat, c’est le « business as usual ». 

La crise n’est pas encore finie que les politiciens ont déjà repris leurs petits jeux habituels et les discussions sur la formation du prochain gouvernement vont bon train. Histoire de se rosir un peu, le PS a proposé de suspendre les licenciements jusqu’en octobre. C’est dérisoire. Pour que chacun puisse vivre dignement, il serait vital d’interdire totalement les licenciements, et en premier lieu dans les entreprises qui font des bénéfices. Il faudrait que les travailleurs aient accès aux comptes des entreprises pour savoir où est l’argent et dénoncer les magouilles qui justifient les faillites.

Au lieu d’arroser le patronat à coups de milliards d’euros, qui vont de toute façon finir dans les circuits financiers, il faudrait recruter massivement dans tous les services publics utiles à la population, comme les hôpitaux, les maisons de repos ou les écoles.La classe politique, tous partis confondus, n’a aucune intention de prendre cette voie. Il n’y a que la mobilisation générale des travailleurs qui pourra obliger politiciens et patronat à les respecter.

Des États-Unis au monde entier : à bas le racisme et les violences policières !

L’onde de choc créée par le meurtre de George Floyd, il y a deux semaines à Minneapolis, continue de se propager au monde entier. Aux États-Unis, ces derniers jours, des centaines de milliers de personnes ont encore manifesté pour crier leur colère. Leur colère contre le meurtre raciste, de sang-froid, d’un homme à terre et menotté, qui dit qu’il ne peut plus respirer et va mourir. Leur colère contre ce sinistre écho de l’époque des lynchages et de la ségrégation, cette barbarie avec laquelle le capitalisme américain s’est construit. Comme cela a été dit lors d’un hommage, ce genou sur le cou de George Floyd, c’est celui qui écrase depuis longtemps les Noirs américains, aujourd’hui discriminés au travail, pour le logement, dans l’éducation et la santé, ainsi que l’a montré le lourd tribut qu’ils ont payé au coronavirus.

Quand Obama fut élu, certains ont dit que c’était la preuve que le pays avait soldé l’héritage de l’esclavage et de la ségrégation. On voit aujourd’hui que ce racisme gangrène toujours l’appareil d’État américain, de la base au sommet. À la base, avec ces flics racistes, chargés de défendre la loi et la propriété bourgeoise, et pour lesquels la vie des pauvres, des Noirs en particulier, ne vaut pas cher. Avec ces juges, qui les emprisonnent massivement. Au sommet, avec des hommes comme Trump, qui a fait sa carrière politique en stigmatisant les Noirs.

L’explosion de colère de ces derniers jours est sans doute aussi alimentée par la crise terrible que traverse la classe ouvrière américaine, avec ses 41 millions de travailleurs licenciés, avec ces dizaines de millions de personnes qui font la queue à l’aide alimentaire, tandis que Wall Street a retrouvé sa santé d’avant l’épidémie.

L’extension des manifestations au monde entier, de Buenos Aires à Sydney, de Jérusalem à Montréal, de Nairobi à Tokyo, résulte du fait que, partout, le racisme est présent. Partout, les violences s’abattent sur ceux qui, aux yeux des policiers, n’ont pas la bonne couleur de peau, la bonne nationalité et qui ont en outre, comme George Floyd, le tort d’être pauvre.

En Belgique, dix mille personnes, dont beaucoup de jeunes, ont manifesté contre le racisme et la violence policière ce dimanche 7 juin, bien que la manifestation n’ait pas été formellement autorisée. Certains, comme Georges-Louis Bouchez, s’en sont offusqués, sous prétexte que cela ruinait les efforts du confinement. 

Pourtant, la police tue ici aussi. En avril dernier, le jeune Adil est mort dans une course poursuite suite à une banale infraction, et il y a eu Mehdi, aussi renversé par une voiture de police suite à quoi les policiers ont trouvé plus urgent de fouiller son sac que d’appeler une ambulance. La réalité, c’est que la police est gangrénée par le racisme ici aussi, comme l’illustrent de nombreux épisodes récents.

Si dix mille personnes se sont mobilisées pour crier leur rejet du racisme, c’est bien qu’il y a un problème, qui est d’ailleurs reconnu du bout des lèvres par certains politiciens et même par le chef de la police de Bruxelles. Mais ce n’est apparemment pas suffisant pour agir puisque la Belgique est régulièrement condamnée pour son inaction face aux violences policières.

Les chiffres montrent que les immigrés et les pauvres forment l’écrasante majorité des victimes de la violence policière. La classe capitaliste et son État s’appuient sur la police. Partout, police et État défendent des systèmes fondés sur l’exploitation et sur les inégalités sociales. Partout, cela repose sur l’usage de la force et de la violence. Partout, la police et l’armée veillent à ce que les opprimés subissent l’oppression sans se révolter. Partout, elles défendent la propriété privée de l’économie et le sacro-saint profit.

Et, partout, le capitalisme charrie avec lui tous ces préjugés qui opposent les prolétaires à d’autres prolétaires : le racisme, le nationalisme, la xénophobie et le sexisme. Partout, le capitalisme divise pour mieux régner, il dresse les pauvres contre d’autres pauvres. Et partout, à Minneapolis comme ailleurs, les États capitalistes reposent sur des hommes de main qui entretiennent ces divisions.Alors, il faut espérer que le combat engagé ces jours derniers contre le racisme et les violences de la police se poursuive, qu’il s’amplifie et qu’il s’attaque à la racine du mal, au capitalisme lui-même.