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Le communisme est l’avenir de l’humanité

Le 21ème siècle vient à peine de commencer et il a déjà connu plusieurs crises économiques majeures. La crise des subprimes de 2008 a vu l’avidité de profit des grands groupes financiers mener l’économie à la faillite et appauvrir des populations entières, y compris en Europe. Des milliards d’euros d’argent public ont été engloutis pour renflouer ces grands groupes financiers.

La crise liée au Covid, dont on ne connaît pas encore toutes les répercussions, a fait des millions de morts et privé de leur travail bien plus de monde encore.  

Il y a deux siècles, lorsque le capitalisme a entamé son développement mondial, il représentait un progrès par rapport à l’Ancien Régime. Mais aujourd’hui, même entre deux crises, même dans ses périodes d’expansion, le capitalisme est incapable de satisfaire les besoins de l’humanité. Au contraire, il continue à accumuler les richesses à un pôle en développant la misère à l’autre. 

L’humanité le paie par les guerres innombrables menées par les grandes puissances pour maintenir leur contrôle sur le monde. Des populations entières fuient la misère des pays dévastés et la violence. 

Au nom de la religion, les femmes sont enfermées par les Talibans, interdites d’avorter par l’église catholique et des évangélistes comme en Pologne ou au Texas. Les nationalismes encouragés par des politiciens d’extrême-droite montent les populations les unes contre les autres à un niveau jamais atteint dans l’histoire.

Le capitalisme est également bien incapable d’une gestion rationnelle des ressources de la planète car ce qui domine aujourd’hui l’économie, c’est la recherche du profit : les capitalistes investissent dans des entreprises susceptibles de leur rapporter les plus gros bénéfices possibles. Peu leur importe qu’il s’agisse de nourriture, de médicaments, d’armes ou de produits toxiques, pourvu que ça se vende. Peu leur importe que la terre se réchauffe, que la faune et la flore disparaissent et que la hausse du niveau des mers provoque l’exil de populations entières.

Le fait même que la société soit aussi désarmée devant des catastrophes issues de sa propre activité est la pire condamnation du capitalisme.

La science, l’industrie et l’agriculture ont pourtant atteint un degré de développement qui permettrait de résoudre tous les problèmes matériels de l’humanité. Mais cette richesse économique, propriété privée d’une petite minorité de magnats de la finance, n’est pas mise au service de la collectivité bien qu’elle soit le fruit du travail collectif de plusieurs générations.

Puisque l’économie capitaliste porte en elle-même la misère, les guerres, le sous-développement et les crises, alors la seule façon d’y mettre fin, c’est de mettre fin au capitalisme lui-même. Ce n’est qu’en mettant la richesse accumulée au service de tous que l’avenir matériel de l’humanité sera assuré. Pour cela il faudra une révolution sociale.

La société actuelle repose sur l’opposition de deux classes sociales ; les capitalistes et les prolétaires. Les capitalistes, ce sont les quelques milliers de familles qui, propriétaires des capitaux qui font tourner les industries, en disposent à leur gré et décident ainsi du sort de l’ensemble des êtres humains.

Les prolétaires, ce sont les femmes et les hommes qui, quotidiennement, font fonctionner la société, construisent routes, bâtiments et ordinateurs, transportent ces marchandises d’un coin à l’autre de la planète, etc. Ils forment l’immense majorité de la population et, pourtant, ce sont eux qui subissent la loi de la minorité capitaliste. Ils créent toutes les richesses et pourtant ils vivent dans la pauvreté, voire la misère.

Mais du fait de leur nombre et de leur rôle central, ce sont aussi les seuls à pouvoir arrêter la machine capitaliste dans sa course à la catastrophe économique, humaine et écologique. 

De la même façon que pour aboutir à la société actuelle, l’humanité a dû traverser des étapes plus barbares encore, la société capitaliste elle-même ne représente qu’une étape sur le chemin de l’avenir.

C’est cet idéal, socialiste et communiste, que le Parti Socialiste et le Parti Communiste avaient défendu, il y a plusieurs décennies, avant de renoncer à ces idées. Aujourd’hui, un tel parti manque, un parti qui défende cet avenir-là, un parti qui défende les intérêts politiques des exploités. Recréer un tel parti est l’objectif des militants de La Lutte ; c’est à ça que servent ce bulletin et notre journal. Ce que nous proposons, c’est que les travailleurs s’organisent pour construire une force politique capable de conduire l’humanité vers un autre avenir.

Les augmentations ne se gagnent pas sur le papier mais dans la rue

La FGTB appelle à une manifestation nationale ce vendredi 24 septembre contre la loi sur la marge salariale.

Cette loi, votée en 1996, vise à limiter les augmentations de salaires en Belgique en les alignant sur les salaires des pays voisins. Depuis lors, chaque année, l’augmentation des salaires que peuvent demander les salariés est limitée par la loi. Ce système a été mis en place sous le gouvernement Dehaene 2 auquel participait le PS. La loi a été durcie en 2017 par le gouvernement Michel et la norme salariale est devenue impérative alors qu’elle était auparavant indicative.

Ces lois sont toujours présentées comme devant servir à protéger l’emploi. C’est grotesque car cela veut dire que si les travailleurs ne trouvent pas d’emploi, c’est parce qu’ils demandent des salaires trop élevés et qu’il est donc logique que les patrons cherchent ailleurs des salariés qui leur coûteront moins cher. Toute la logique de ces lois injustes est que les travailleurs peuvent bien limiter leur salaire alors qu’il est inimaginable de demander aux patrons de limiter leurs profits.

La même chose est vraie pour les pensions : les travailleurs peuvent bien accepter de travailler deux ans de plus, mais jamais un gouvernement ne demandera au patronat de cotiser plus, parce que tous les efforts de tous les gouvernements vont justement dans le sens de réduire les cotisations patronales.

Ce que la loi sur les salaires de 1996 a de particulier, c’est d’ériger en règle de base le principe de la concurrence entre les travailleurs des différents pays. Il n’était évidemment pas nouveau que les patrons utilisent les différences de salaires entre pays pour mettre les travailleurs en concurrence, mais la loi en a fait la règle : pour sauver leur emploi, les travailleurs d’un pays doivent être moins chers que ceux des pays voisins.

Même si la FGTB est seule à appeler à la manifestation du 24 septembre, les autres syndicats demandent eux aussi une modification de la loi. Mais leurs demandes à tous se limitent essentiellement à revenir à avant 2017, quand la marge de négociation était plus souple, et à changer les règles de calcul. La CSC souhaite, une « discussion honnête » pour fixer la norme. La FGTB, comme la CGSLB, voudraient intégrer d’autres éléments dans le calcul. Aucun des trois ne remet en cause le principe même d’une norme salariale, tous acceptent le principe que les travailleurs doivent se plier à la concurrence voulue par le patronat. Alors que les syndicats prétendent unir tous les travailleurs et mettre en avant la solidarité de tous, ils trouvent normal que les travailleurs belges doivent coûter moins cher que leurs voisins. Certes, aucun syndicat ne le dit aussi crûment, mais quand ils avancent comme argument que les travailleurs sont plus productifs en Belgique qu’en France ou en Allemagne pour justifier un assouplissement de la norme, cela veut bien dire qu’ils rentrent dans le jeu de la concurrence capitaliste.

Alors, oui, il faut participer à cette manifestation, il faut nous mobiliser contre cette loi qui maintient des millions de travailleurs la tête sous l’eau. Mais pas pour la remplacer par une version adoucie qui redonne simplement l’illusion que les syndicats vont pouvoir obtenir quelque chose de la part du patronat simplement parce que la loi a changé. 

Il n’y a pas de « discussion honnête » possible avec le patronat car son seul objectif est la maximisation des profits. C’est à ce niveau que se place la concurrence entre les entreprises, à celle qui en fera le plus, sous peine d’être exclue du marché des capitaux. Cette concurrence capitaliste élimine toute possibilité d’un équilibre entre patronat et travailleurs. Cela supposerait qu’il existe un niveau de profit « raisonnable » qui mettrait tout le monde d’accord. C’est une illusion.

Donc, même si la loi changeait comme le demandent les syndicats, ça ne voudra certainement pas dire que les salaires vont augmenter ! Loi ou pas, le patronat cherchera encore et toujours à raboter les salaires, éviter les taxes, réduire ses cotisations sociales, etc. Contrairement à ce que laissent entendre les syndicats, ce ne sont pas les lois qui font la force du patronat, mais à l’inverse, c’est la faiblesse du monde du travail qui permet au gouvernement de graver les dictats patronaux dans la loi. 

Pour que cela change, il faudra nous imposer au patronat, par des grèves et des mobilisations. Les augmentations ne se gagnent pas sur le papier mais dans la rue.

Le communisme est l’avenir de l’humanité

Le monde d’aujourd’hui

Le XXIème siècle vient à peine de commencer et il a déjà connu plusieurs crises économiques majeures. La crise des subprimes de 2008 a vu l’avidité de profit des grands groupes financiers mener l’économie à la faillite et appauvrir des populations entières, y compris dans des états d’Europe comme la Grèce. Des milliards d’euros d’argent public ont été engloutis pour sauver la mise de ces grands groupes financiers.

La crise liée au Covid en 2020, dont on ne connaît pas encore toutes les répercutions, a fait des millions de mort et privés de leur travail bien plus de monde encore.  

Il y a deux siècles, lorsque le capitalisme a entamé son développement mondial, il représentait un progrès par rapport à l’ancien régime. Mais aujourd’hui, même entre deux crises, même dans ses périodes d’expansion, le capitalisme est incapable de satisfaire les besoins de l’humanité. Au contraire, il continue à accumuler les richesses à un pôle en développant la misère à l’autre. 

L’humanité le paie par les guerres innombrables menées par les grandes puissances pour maintenir leur mainmise sur le monde et permettre l’enrichissement d’entreprises militaires. Les populations fuient la misère des pays dévastés et la violence comme en Amérique latine ou en Afghanistan.  Le réchauffement climatique, la pollution sont tels qu’ils menacent la planète.

 Au nom de la religion, les femmes sont enfermées par les Talibans, interdites d’avorter par l’église catholique et des évangélistes comme en Pologne ou au Texas. Les nationalismes encouragés par des politiciens d’extrême droite montent les populations les unes contre les autres dans une proportion jamais atteinte dans l’histoire de l’humanité

La planète

Le capitalisme est également bien incapable d’une gestion rationnelle des ressources de la planète ou d’une répartition équitable de celles-ci. Car ce qui domine aujourd’hui l’économie, ce ne sont pas des décisions concertées entre les gouvernements des différents pays, mais la recherche individuelle du profit. Alors que la production du moindre objet est, elle, largement socialisée et nécessite le concours de milliers de personnes à travers la planète, la décision de savoir ce qu’on produit et pour qui revient toujours à des investisseurs privés. Les capitalistes investissent dans des entreprises susceptibles de leur rapporter les plus gros bénéfices possibles. Peu leur importe qu’il s’agisse de nourriture, de médicaments, d’armes ou de produits toxiques, pourvu que ça se vende. Peu leur importe que la terre se réchauffe, que la faune et la flore disparaissent et que la hausse du niveau des mers provoque l’exils de populations entières. 

Le fait même que la société soit aussi désarmée devant des catastrophes issues de sa propre activité est la pire condamnation de l’organisation capitaliste de l’économie. 

Le développement de la science, de l’industrie et de l’agriculture ont pourtant atteint un degré de développement qui leur permettrait de résoudre tous les problèmes matériels de l’humanité. Mais cette richesse économique, propriété privée d’une petite minorité de magnats de la finance, fruit du travail collectif de plusieurs générations, n’est pas mise au service de la collectivité.

Puisque l’économie capitaliste porte en elle-même la misère, les guerres, le sous-développement et les crises, alors la seule façon d’y mettre fin, c’est de mettre fin au capitalisme lui-même. Ce n’est qu’en mettant la richesse accumulée au service de tous que l’avenir matériel de l’humanité sera assuré. Pour cela il faudra une révolution sociale.

Deux classes sociales

Marx et Engels ont montré que l’évolution des sociétés humaines est le produit de la lutte des classes, et que notre mode d’organisation actuel, le capitalisme, repose sur l’opposition de deux classes sociales ; les prolétaires et les capitalistes. On discute beaucoup aujourd’hui, dans les milieux bourgeois autorisés, pour savoir s’il existe encore ou non, au 21ème siècle, un prolétariat. Pour se poser cette question, il faut ne pas avoir regardé beaucoup plus loin que le bout de son nez et ne pas vouloir voir les hommes et les femmes qui, quotidiennement, font fonctionner la société, produisent ces « biens de consommation » qui ne tombent pourtant pas du ciel, construisent routes, bâtiments et ordinateurs, transportent ces marchandises d’un coin à l’autre de la planète, etc. Ces biens de consommation il faut aussi les vendre, en faire la publicité, former les travailleurs qui en seront chargés, les soigner, etc. Les produits agricoles eux-mêmes sont en grande partie produits dans de grandes exploitations employant des ouvriers agricoles, au détriment de la paysannerie qui tend, elle, à disparaître. 

Les capitalistes, ce sont les quelques milliers de familles dont nous avons parlé plus haut et qui, propriétaires des capitaux qui font tourner les industries, en disposent à leur gré et décident ainsi du sort de l’ensemble des êtres humains.

Les utopistes

Ce constat que nous faisons aujourd’hui de l’état de misère dans lequel se débat une partie importante de l’humanité, et de l’aberration que cela représente en regard des moyens énormes dont nous disposons, d’autres l’ont fait avant nous et s’en sont indignés. 

Dès le 18ème siècle, ceux que l’on a appelé par la suite les « utopistes » ont entrevu la possibilité de construire une société humaine basée non pas sur la concurrence et l’exploitation de l’homme par l’homme mais sur la coopération et la solidarité. A l’époque, les connaissances dont nous disposons aujourd’hui sur la façon dont évoluent les sociétés leur faisaient totalement défaut.  Leur tentative a donc été la suivante : « donner l’exemple. » Plusieurs d’entre eux, tels Fourrier ou Owen, ont voulu bâtir des sociétés miniatures, de quelques centaines de personnes, où les règles sociales seraient différentes ; la collaboration, l’entraide y seraient obligatoires, chacun apporterait à la collectivité le meilleur de lui-même et en recevrait en retour ce qui lui est nécessaire pour vivre. En pratique, les règles de fonctionnement de ces sociétés, sorties de l’imagination d’un seul homme, furent farfelues, souvent contradictoires, et parfois tyranniques.  Ces tentatives étaient condamnées à l’échec, car elles faisaient abstraction du monde réel qui les entourait. Les hommes, leurs pensées, sont déterminés par la société dans laquelle ils vivent, et les habitants des phalanstères de Fourrier étaient, eux aussi, des produits de la société capitaliste.

Nous savons aujourd’hui, depuis les travaux de Marx, que les sociétés humaines sont avant tout déterminées par les rapports sociaux de production, c’est-à-dire par la manière dont les hommes entrent en relation les uns avec les autres à travers l’activité économique, la production des biens qui leurs sont essentiels pour vivre.  C’est en changeant la société qu’on change les hommes, et non l’inverse.  

Changer le monde

Le monde dans lequel les prochaines générations vivront, c’est le monde que les jeunes d’aujourd’hui construiront. Ils ne peuvent laisser l’avenir de la société entre les mains des grands groupes industriels et financiers qui mènent la société et la planète à la catastrophe. La société actuelle ne propose aux jeunes d’autre perspective que de se battre individuellement pour un emploi et, pour ceux qui seront cadres, de participer à la gestion des affaires capitalistes. Mais ils ne sont pas obligés de l’accepter : ils peuvent conduire l’humanité vers un autre avenir. 

Alors, pour les jeunes intellectuels qui méritent ce nom, il est infiniment plus exaltant de préparer la société future qu’aider l’ancienne à survivre. 

Cet avenir-là, nous devons et nous pouvons le gagner. Oui, il est possible de construire une société où les hommes vivent en harmonie entre eux, comme avec la nature. De la même façon que pour aboutir à la société actuelle, l’humanité a dû traverser des étapes plus barbares encore, la société capitaliste elle-même ne représente qu’une étape sur le chemin de l’avenir.

C’est cet idéal, socialiste et communiste, que le Parti Socialiste et le Parti Communiste avaient défendu, il y a plusieurs décennies, avant de renoncer à ces idées. Aujourd’hui, un tel parti manque, un parti qui défende cet avenir-là, un parti qui défende les intérêts politiques des exploités.

Comment créer un tel parti ? Quelles doivent être ses interventions ? Venez discuter de ces questions et de bien d’autres avec nous.

Afghanistan: un chaos dont l’impérialisme est responsable

On ne peut être qu’écœuré et révolté par les images venant d’Afghanistan. La débâcle de l’armée américaine et du régime qu’elle soutenait a entraîné un vent de panique dans la population à Kaboul. Des milliers d’Afghans ont foncé vers l’aéroport pour tenter de fuir dès qu’ils ont appris l’arrivée des talibans. Mais une fois sur place, les soldats américains se sont opposés à leur accès à l’aéroport, en faisant plusieurs morts, victimes de balles ou écrasés dans la bousculade. L’armée américaine a abandonné ceux sur lesquels elle s’était appuyée pendant des années, mais aussi tous ceux qui craignent la dictature infâme des talibans, et les a empêchés de monter dans ses avions.

Contrairement à ce qu’ont continuellement affirmé les dirigeants des grandes puissances, les vingt ans de guerre et d’occupation militaire n’ont pas fait reculer le terrorisme et la barbarie. Au contraire, les talibans semblent plus forts que jamais. Quant au terrorisme, en vingt ans il s’est répandu sur la planète, alimenté par la misère que les grandes puissances imposent à la population mondiale et les guerres qu’elles mènent partout.

 Les milices islamistes afghanes ont été financées et armées par les Américains et leurs alliés à la fin des années 1970 pour affaiblir le régime afghan alors soutenu par l’Union soviétique. Tenue en échec, l’armée de Moscou dut quitter le pays. Dix ans plus tard, les milices ont fini par prendre Kaboul. Leur pouvoir, qualifié de démocratique par les puissances occidentales, s’intitulait crûment « gouvernement islamiste ». Une guerre civile entre factions islamistes rivales vit la victoire des talibans, les mieux armés… par les Américains et leurs alliés ! Les femmes furent aussitôt chassées de leurs emplois et enfermées sous leur burqa. Le pays tout entier fut soumis aux lois rétrogrades des intégristes. Il y eut bien quelques commentaires désolés, mais aucun État ne leva le petit doigt.

Après l’attentat du 11 septembre 2001, revendiqué par Al Qaïda, le gouvernement américain chercha à rappeler que les États-Unis sont le gendarme du monde. Les talibans et leur régime furent accusés d’abriter les terroristes et l’Afghanistan fut envahi par les armées des États-Unis et de leurs alliés. La propagande coula à flot pour convaincre que cette guerre allait donner des droits aux femmes afghanes, allait apporter la civilisation dans ce pays, les hôpitaux et les routes à venir, la sécurité pour tous, etc.

En fait, le peuple afghan connut vingt années supplémentaires de guerre, les bombardements de terreur, les déplacements de population, les internements, la torture. La population n’a pas vu la couleur des centaines de milliards de dollars censés tirer le pays du sous-développement. Les puissances d’occupation ont dépensé bien plus pour leurs besoins militaires sur place que pour la santé ou l’éducation dans le pays. En guise de développement, ce fut surtout celui de la corruption. Et elle n’a pas profité qu’aux margoulins locaux, mais plus encore aux capitalistes américains. Le régime mis en place par les Américains, sur la base de la misère persistante et de la corruption, ne pouvait qu’être rejeté par la population. La rapidité avec laquelle les talibans sont revenus au pouvoir, avant même que l’armée américaine ait quitté le pays, le montre.

Le sort que les États impérialistes font subir à l’Afghanistan donne l’image du monde qu’ils nous imposent. Quant aux dirigeants européens, ils se sont empressés d’agiter le spectre d’une nouvelle vague migratoire qu’il faudrait stopper. 

Aucune frontière n’arrêtera ces êtres humains qui fuient la mort et veulent sauver leur vie et celle de leurs enfants. Un point de vue humain élémentaire voudrait qu’ils puissent s’installer là où ils le souhaitent et rejoindre des amis ou des membres de leur famille qui ont déjà émigré. Mais les dirigeants préfèrent utiliser les migrants comme des boucs émissaires contre lesquels détourner le mécontentement.

Ils vont chercher à diviser encore plus les travailleurs, en stigmatisant ceux qui viennent d’Afghanistan, mais aussi tous ceux qui sont originaires de régions arabes, turques ou en général de religion musulmane. Alors, il ne faut pas que les travailleurs se laissent abuser ni se trompent d’adversaires.

Tout cela ne pourra cesser qu’avec le renversement du capitalisme sur la planète entière, aussi lointaine que puisse paraître cette perspective.

La première condition pour que cet espoir devienne réalité est que nous, travailleurs des pays riches, refusions toute forme de solidarité avec le capital, son armée, ses expéditions militaires et ses mensonges à prétention humanitaire.

Les sans-papiers font partie de la classe ouvrière

Quatre cent septante sans-papiers ont entamé une grève de la faim depuis le 23 mai. Ils sont répartis en deux sites, l’église du béguinage, au centre-ville, et le campus de la VUB. Après plus d’un mois sans manger, beaucoup d’entre eux sont dans un état grave.

Venus de pays devenus invivables, ayant traversé les pires horreurs pour trouver un endroit où vivre et travailler en paix, ceux qu’on appelle les « migrants » servent ici de main-d’œuvre exploitable à merci par un patronat sans scrupule, dans la restauration ou le bâtiment. Outre des horaires à rallonge et des conditions de travail indignes, ils doivent rester aux aguets face à des contrôles qui peuvent avoir lieu à tout moment, dans une gare, une station de métro ou au coin d’une rue.

Ils n’ont aucun droit face à leurs patrons et sont confrontés à l’arbitraire total de l’administration en matière de papiers. Ils ne demandent aujourd’hui que des règles et des critères clairs pour obtenir un titre de séjour, mais en réalité il faudrait qu’ils soient tous régularisés, ainsi que tous les autres sans-papiers.

Il est inacceptable que des êtres humains en soient réduits à risquer leur santé voire leur vie pour une revendication aussi basique. Voilà qui en dit long sur la barbarie de notre société.

Face à eux, le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, Sammy Mahdi, un CD&V, refuse catégoriquement de régulariser les sans-papiers en grève de la faim. Pour lui, ils sont tout simplement dans l’illégalité. Or, il refuse tout autant que les règles pour obtenir des papiers soient clarifiées, car cela leur donnerait un « droit » dont il ne veut pas entendre parler.

Mahdi reprend à son compte les pires arguments qu’on entend depuis des dizaines d’années à l’encontre des sans-papiers. Selon lui, si on régularisait ces quatre cent-là, il y en aurait des centaines de milliers d’autres qui se mettraient à faire des grèves de la faim pour obtenir des papiers ! Dégoulinant d’hypocrisie, Mahdi prétend s’inquiéter pour leur santé et que c’est pour leur bien qu’il refuse de négocier. Il faudrait d’abord que ce sinistre personnage explique ce qui peut bien pousser des gens à une telle extrémité. Contrairement à ce qu’il insinue, une grève de la faim n’est pas un « truc » pour avoir des papiers, c’est un acte grave, désespéré !

Tout ce que Mahdi a à dire aux grévistes de la faim c’est : « vous n’avez pas de papiers, taisez-vous, acceptez votre sort en silence, acceptez de devoir attendre des années avant de pouvoir, peut-être, vivre une vie normale et sinon, ce sera le renvoi dans votre pays. »

Mahdi agite la vieille rengaine de l’invasion par les migrants qui a été inventée par l’extrême-droite pour monter les travailleurs les uns contre les autres. Elle a été reprise depuis par les autres partis, qui trouvent bien pratique de faire porter la responsabilité du chômage ou du déficit de la Sécurité sociale sur les travailleurs d’origine étrangère plutôt que sur les licenciements décidés par des patrons bien de chez nous.

Quant aux autres politiciens qui, comme Nollet, proposent de convoquer des « conférences interministérielles », ils se moquent bien du sort des sans-papiers. Tous adhèrent, d’une manière ou d’une autre, à ce discours qui fait de l’immigration un problème.

« On ne peut pas accueillir toute la misère du monde » ? Mais ce sont les pays capitalistes qui ont semé la misère dans le monde entier, par la colonisation, par l’esclavage, par les guerres de conquête qu’ils ont menées pour prendre le contrôle de ressources minières ou pétrolières. Ils n’ont pas hésité à soutenir les pires dictatures, puis à les renverser quand cela les arrangeait, quitte à ce que cela mène à des années de guerre civile. Syrie, Irak, Afghanistan, Myanmar ne sont que les plus récents, la liste est infinie

Ce serait la moindre des choses que d’accorder des papiers à tous ceux qui fuient ces guerres et cette misère, car ils ont autant le droit que d’autres de vivre dignement de leur travail. Ceux-là mêmes qui ont créé cette misère veulent fermer la porte à leurs victimes.

Surtout, ce sont les mêmes qui exploitent les travailleurs ici ou là-bas, qui s’enrichissent de la misère des uns comme des autres. Ce sont les même capitalistes avides et les mêmes politiciens serviles qui demandent aux travailleurs, avec ou sans papiers, de se taire en attendant des jours meilleurs.

Les sans-papiers font partie de la classe ouvrière, ils se battent pour leurs droits. Il faut les soutenir !

MR ou Écolo, ils n’en ont rien à faire des femmes

Le 3 mai dernier, la Stib a été condamnée par le tribunal du travail de Bruxelles pour son refus d’embaucher une femme en application de son règlement sur le port du voile. Le juge a considéré cela comme une discrimination.

Depuis lors, la sphère politique s’est enflammée. Chaque parti y va de sa proposition, les uns au nom de la laïcité de l’État, les autres au nom de « l’inclusion ». Tout cela ressemble furieusement à l’habituel opportunisme politicien, le MR visant l’aile droite de son électorat, raciste et antimusulmane, tandis qu’Écolo ou le PS tentent de récolter les voix des Turcs et des magrébins. 

Quelles que soient ses intentions réelles, la jeune femme qui a porté plainte contre la Stib ne défend en réalité pas la liberté des femmes, mais les idées et les comportements de tous ceux qui, au nom d’une religion ou d’une autre, veulent brimer et enchaîner les femmes. En commençant par les cacher au monde.

Car le voile n’est pas un simple bout de tissu, il est non seulement un symbole mais aussi la marque concrète de la situation d’infériorité dans laquelle certains veulent, au nom de la liberté religieuse, maintenir les femmes. C’est évident dans des pays comme l’Iran ou l’Arabie Saoudite où des femmes sont emprisonnées pour avoir refusé de porter le voile. Mais ces pressions et ces violences existent aussi en Belgique et en Europe comme en témoignent bien des femmes.

Les pseudo-compromis prônés par Écolo et le PS, les arguments sur la laïcité de Défi et du MR, font du voile un simple symbole de « prosélytisme » religieux, c’est-à-dire de zèle pour recruter des adeptes. C’est tourner autour du pot et ignorer les pressions faites d’insultes, de violences et parfois pire que subissent les jeunes filles contraintes de le porter. 

Et puis, pour revenir aux compromis politiciens, qu’est-ce qu’un voile « discret » ? Même un « petit voile » dégageant la chevelure et les oreilles est une étiquette, une marque d’infériorité des femmes. Et qu’est-ce qu’un signe « ostentatoire » ? S’il s’agit de laisser pendre une croix, une étoile de David ou une main de Fatma à une chaîne autour du cou, pourquoi pas ? Les hommes aussi peuvent porter de telles amulettes, signes d’appartenance à une religion mais elles ne les infériorisent pas. Nous sommes matérialistes et athées et contre toutes les superstitions religieuses, mais nous ne sommes pas contre la liberté religieuse. 

Dans le cas présent, nous sommes contre toutes les atteintes à la liberté des femmes imposées par les dogmes religieux. En fait, toutes les religions sont empreintes de cette discrimination sexiste. Une prière juive, issue de l’histoire ancienne, fait dire aux hommes chaque matin « Merci mon Dieu de ne pas m’avoir fait femme ». Quant au pape, aujourd’hui encore il s’affirme contre la contraception, l’interruption volontaire de grossesse et le divorce.

Il faut combattre tous les militants intégristes, qu’ils soient juifs, chrétiens ou musulmans. Non pas parce qu’ils ont des convictions religieuses, libre à eux de croire en ce qu’ils veulent, mais parce qu’ils militent pour le retour à des idéologies réactionnaires qui dénient les droits et libertés que des femmes et des hommes ont conquis.

Certes, il est des jeunes filles qui choisissent de porter le voile. Mais ce n’est pas de leur choix personnel dont il est question. Il est question des libertés de centaines de milliers de jeunes filles d’origine musulmane qui ne jouissent pas toutes, loin de là, d’un environnement culturel et social tolérant et qui n’ont pas réellement le choix et se voient contraintes de le porter par des hommes de leur famille ou de leur quartier.

Ce ne sont pas les politiciens qui vont libérer les femmes, certainement pas ceux qui s’accommodent de ce symbole de leur soumission, et encore moins ceux qui utilisent la religion pour couvrir un discours raciste et exacerber les divisions au sein de la société. Cela mène à des actes inadmissibles comme à Ninove où une jeune femme a failli être tuée par un raciste violent, et où la police a refusé de prendre sa plainte.Alors, loi ou pas, règlement ou pas, le combat contre ce signe d’oppression des femmes qu’est le voile se déroule d’abord sur le terrain. Il repose en premier lieu sur les militants, les travailleurs, à qui il leur appartient d’expliquer autour d’eux ce que le voile représente et l’importance, en particulier pour la classe ouvrière, de l’égalité entre les hommes et les femmes.

Solidarité avec le peuple palestinien opprimé !

Les habitants de Gaza sont à nouveau soumis à un déluge de feu et ils pleurent leurs morts. Comme toujours, l’État israélien a pris pour prétexte des tirs de roquettes du Hamas et il prétend opérer des bombardements « ciblés ». Mais qui peut croire un tel mensonge ?

La bande de Gaza est un territoire de 40 km de long sur 10 km de large, l’un des plus densément peuplés au monde. Comment les bombes pourraient-elles faire le tri entre les civils et les militants du Hamas, alors qu’il n’y a pas de refuges sécurisés, pas d’échappatoires possibles ? Tirer des roquettes sur Israël, comme le fait le Hamas, est une politique aveugle et terroriste. Mais bombarder une zone comme Gaza l’est à bien plus grande échelle. C’est du terrorisme d’État.

Renvoyer les deux camps dos à dos alors qu’un État prétendument démocratique et surarmé s’acharne à détruire un territoire déjà dévasté, c’est accepter la loi du plus fort. Et c’est surtout tourner le dos à la révolte mille fois légitime des Palestiniens !

Cette révolte est sans cesse étouffée et réprimée par l’État israélien. Mais elle est aussi récupérée et détournée politiquement par le Hamas.

Cette nouvelle révolte n’est d’ailleurs pas venue de Gaza ni du Hamas. Elle est venue de familles qui se sont opposées à leur expulsion dans un quartier de Jérusalem-Est. Elle a ensuite embrasé des villes mixtes comme Lod, Jaffa ou Saint-Jean d’Acre, ainsi que la Cisjordanie. C’est pour en prendre le contrôle que le Hamas a déclenché des tirs de roquettes sur Israël.

Le Hamas a confisqué la parole aux manifestants et a transformé la mobilisation des masses en affrontement entre deux appareils d’État, de façon à imposer sa politique, ses méthodes, sa domination au peuple palestinien. Alors, si les Palestiniens ont pour ennemi l’État israélien, ils ont le Hamas pour adversaire.

Avec les affrontements violents et haineux qui se sont multipliés entre groupes sionistes d’extrême-droite et jeunes Palestiniens, nombre de Juifs israéliens réalisent aujourd’hui qu’ils sont sous la menace d’une guerre communautaire dont ils payent déjà le prix. Mais comment s’en étonner ?

Depuis 70 ans, le gouvernement colonise de nouvelles terres en Cisjordanie et rend impossible la création d’un État palestinien viable. Il a annexé Jérusalem-Est, imposé le blocus de Gaza et enfermé ses habitants dans une prison à ciel ouvert. Il impose une politique d’apartheid en Israël, où Juifs et Arabes ne disposent pas des mêmes droits. Et régulièrement, lorsque la révolte se fait trop menaçante, il fait la guerre aux Palestiniens.

Depuis des années, pour se maintenir au pouvoir, Netanyahou s’appuie sur l’extrême-droite suprémaciste juive, lui offre des ministères, ferme les yeux sur ses violences et soutient toutes ses entreprises de colonisation. Cette surenchère réactionnaire a conduit à ce face-à-face glaçant où les uns hurlaient « Mort aux Arabes », quand les autres criaient « Mort aux Juifs ». Il est à souhaiter que cela serve d’électrochoc, car il n’y a pas d’autre avenir pour les deux peuples que de s’entendre. Est-ce possible ? Oui, à condition de combattre la politique coloniale d’Israël soutenue par les grandes puissances.

Les dirigeants d’Israël ont bâti leur État en niant le droit des Palestiniens à disposer du leur et ils se sont fait le relais régional des puissances impérialistes, en premier lieu les États-Unis. C’est pourquoi il ne faut pas compter sur la prétendue « communauté internationale » pour faire une quelconque pression sur le gouvernement israélien. Biden et Merkel soutiennent ouvertement Netanyahou, Macron a interdit les manifestations de soutien à la Palestine et le Conseil de Sécurité de l’ONU demande timidement un cessez-le-feu.

Les dirigeants israéliens et palestiniens conduisent leur peuple dans une impasse sanglante avec la complicité des puissances impérialistes. Il faut que ceux qui s’en rendent compte soient de plus en plus nombreux au sein des deux peuples.La solution ne pourra surgir que des Israéliens et des Palestiniens qui cherchent les moyens de vivre ensemble sur la même terre. Pour cela, ils doivent s’opposer à ceux qui les entraînent dans une guerre entre communautés. Ils doivent se battre ensemble contre l’oppression dont est victime le peuple palestinien. Et affirmer que les deux peuples doivent disposer des mêmes droits, car « Un peuple qui en opprime un autre ne peut être un peuple libre ». 

Une goutte de justice dans un océan d’injustice

Derek Chauvin, le policier qui a étranglé et tué George Floyd l’an dernier, a été reconnu coupable de meurtre. Pour des millions de Noirs américains, ce procès était celui du racisme de la police aux États-Unis. Chaque année, plus de mille personnes, essentiellement des Noirs et des Hispaniques, sont tuées par des policiers. On ne compte plus les cas où les policiers tirent sur des personnes désarmées, ou dans le dos. Pourtant, seulement une infime partie d’entre eux, moins de 2%, doit rendre des comptes à la justice. Quant aux condamnations, quand il y en a, elles se limitent le plus souvent à des blâmes ou des peines symboliques.

Dans le cas de Floyd, le policier est resté neuf minutes avec le genou sur son cou, ignorant ses suppliques, devant des dizaines de témoins dont certains ont filmé la scène. Cela a été une étincelle qui a provoqué des émeutes dans la plupart des grands villes américaines. 

C’est la pression de ce mouvement qui a forcé le procès à aller jusqu’au bout. Chose rare, la direction de la police de la ville s’est désolidarisée de Chauvin, alors que d’habitude la hiérarchie couvre les policiers violents. Jusqu’à Biden, le nouveau président, qui a exprimé son « soulagement » à l’annonce du verdict. Il est d’autant plus soulagé qu’une autre issue aurait probablement provoqué des émeutes raciales dans tout le pays. 

Les Noirs américains sont majoritairement les descendants des esclaves qui ont été arrachés de force et par dizaines de millions à leurs pays d’origine pour travailler dans les plantations de riz, de tabac puis de coton. La fin de l’esclavage en 1865 n’a pas signifié la fin de leur exploitation : d’esclaves dans les champs, ils sont devenus ouvriers dans les usines. Même si une partie d’entre eux a gravi les échelons, la majorité est restée pauvre, cantonnée par un racisme systémique dans les couches inférieures de la société.

Depuis que l’exploitation existe, que ce soit dans l’empire romain esclavagiste, dans l’Europe féodale des seigneurs ou sous le capitalisme, les pauvres ont toujours constitué une classe « dangereuse » pour les couches dominantes : quand la richesse des uns se nourrit de la misère des autres, il est prévisible que la colère éclate un jour… C’est à ça que servent avant tout la justice et la police : maintenir l’ordre social par la force, réprimer le voleur de pommes tout comme les révoltes collectives des pauvres.

Les shérifs qui, hier, faisaient la chasse aux esclaves en fuite ou qui écrasaient leurs révoltes, répriment aujourd’hui leurs descendants avec la même haine, parce qu’ils sont noirs mais surtout parce qu’ils sont pauvres, c’est ce que dit la couleur de leur peau. C’est pour la même raison que les policiers français ou belges ciblent les jeunes dès qu’ils n’ont pas la peau assez blanche. 

Ce racisme de la police reflète le mélange de haine et de peur des riches vis-à-vis des classes pauvres.

En leur temps, les bourgeois du 16ème siècle sont allés chercher des esclaves en Afrique. Le patronat du 20ème siècle est, lui, allé chercher des villageois dans les colonies d’Afrique du nord pour leur faire faire les travaux les plus dangereux. Sans traditions syndicales ni liens en Europe, sans aucune famille et personne sur qui compter, ces travailleurs se trouvaient à la totale merci du patron. Le patronat comptait ainsi créer des divisions entre les travailleurs, appuyé en ce sens par les politiciens qui n’ont eu de cesse de parler du soi-disant « problème » de l’immigration et d’enfoncer le clou de la peur du chômage et de la pression sur les bas salaires. Les luttes collectives des travailleurs pour leurs salaires, pour des droits égaux pour tous, ont en partie permis de contrer ces tentatives.

Quoi qu’il en soit, les travailleurs immigrés en Europe étaient ainsi désignés comme une cible parfaite pour la répression policière, comme les Noirs aux États-Unis.

Il ne peut pas y avoir d’égalité dans une société basée sur une injustice fondamentale, celle de l’exploitation de l’immense partie de la population par une classe parasite de grands bourgeois. Mais en s’enrichissant sur le dos des travailleurs, la bourgeoisie se crée un ennemi redoutable et irréductible, la classe ouvrière. Dans cette lutte de classes, la police n’est que le bras armé de la bourgeoisie qui lui assure sa suprématie en cas de révoltes sociales. C’est pour cette raison que, quoi qu’elles fassent, la police et l’armée de métier bénéficieront toujours de la bienveillance des couches dirigeantes.

La bataille gagnée aux États-Unis ne peut que nous réjouir, elle a été obtenue par la mobilisation populaire, mais les systèmes judiciaire et politique américains n’ont pas changé. Et, tant que durera la société capitaliste, tant qu’il y aura des riches et des pauvres, la police continuera à réprimer les seconds pour protéger les premiers.

Après la grève, préparons la suite !

La grève nationale du 29 mars dernier a été extrêmement bien suivie. Dans les transports en commun, la Stib, De Lijn et les TEC étaient quasiment à l’arrêt. A la SNCB, seule une partie des trains circulait. La grande distribution, les services et l’industrie étaient quasi-complètement fermés.

Ce n’était pas évident de s’en rendre compte car la grève n’a pas été très visible : sous prétexte de Covid, les piquets étaient limités à quatre personnes et il n’y a eu ni rassemblements ni manifestations. Il est regrettable que les syndicats aient été dans ce sens, appelant les travailleurs à rester chez eux plutôt qu’à se retrouver aux piquets, pour discuter des revendications, des actions et renforcer la solidarité entre travailleurs. 

Malgré tout, la réussite de la grève montre que les travailleurs sont nombreux à être fâchés, contre le patronat et contre le gouvernement. Ceux-ci avaient pourtant tout fait pour démobiliser, accusant les grévistes de mettre en danger la future reprise économique. Une reprise bien théorique et qui, si on les laisse faire, ne profitera de toute façon qu’aux plus riches.

Alors, oui, les travailleurs ont raison d’être en colère car le refus patronal d’augmenter les salaires de plus que 0,4 misérables pourcents prend une dimension particulière en ces temps de pandémie.

La « loi de compétitivité » derrière laquelle le patronat et le gouvernement se retranchent pour refuser les augmentations date de 1996 et elle a été durcie en 2017. Elle prétend interdire les augmentations de salaires supérieures à la moyenne des pays voisins. C’est ainsi que les travailleurs de France, de Belgique ou d’Allemagne se voient opposer le même argument : impossible de vous augmenter car vous êtes déjà plus chers que vos camarades. Cela va évidemment toujours dans le même sens, celui de bloquer les salaires en mettant en concurrence les travailleurs des différents pays.

 C’est une loi absolument injuste, comme toutes les lois de ce régime de pseudo-démocratie bourgeoise. Il n’y a aucune règle qui limite les profits des patrons ou qui les empêche de se verser des dividendes pharaoniques ! Mais comme toutes les lois que font les politiciens au service des bourgeois, elle peut être défaite pour peu qu’ils trouvent face à eux une mobilisation de l’ensemble des travailleurs.

Cette fois-ci, le mécontentement des travailleurs n’est pas seulement dirigé contre l’avarice patronale, mais aussi contre la manière dont le gouvernement a géré la pandémie.

Il est évident que le poids des mesures ne pèse pas de la même manière sur toutes les épaules. Les travailleurs ont plus souvent été confinés dans un petit appartement que dans une villa quatre façades avec jardin ! Les entreprises de la grande distribution ont continué à fonctionner et engranger des profits tandis que leurs salariés n’avaient même pas de mesures de protection adéquates. Bien des travailleurs se retrouvés au chômage économique avec un salaire amputé, voire pas de salaire du tout pour ceux qui devaient se débrouiller au noir. Les patrons, eux, ont reçu des aides financières et vont bientôt être arrosés par les milliards d’euros du plan européen de relance, plan que les travailleurs paient de leurs impôts ! 

Depuis lors, les différentes branches patronales, de l’industrie et du commerce, font des pieds et des mains pour rouvrir, se moquant bien de ce qui arrivera à ceux qui attraperont le virus dans leurs magasins. Mais dans la presse, ce sont eux qu’on plaint et ce sont eux qui ont un relais au gouvernement, en particulier via le MR.

L’hypocrisie a été à son sommet ce mois-ci, lorsque le gouvernement a annulé la possibilité de se réunir en extérieur à plus de quatre personnes, tandis qu’il restait possible de s’entasser dans les transports en commun. Le nombre de voyageurs dans les trains est limité pour aller à la mer, mais pas pour venir travailler !

 « L’équipe des onze millions » ce sont des mots, la réalité c’est que même la gestion de la pandémie est imprégnée par la lutte des classes.

Tout le monde en a assez des restrictions, mais la solution n’est pas dans les mesures individualistes : rouvrir restaurants et commerces, se réunir pour faire la fête au bois, quitte à relancer l’épidémie. La classe ouvrière n’a jamais progressé de cette manière mais à travers des actions collectives et solidaires. C’est la différence entre les bourgeois et les prolétaires, les premiers prônent l’individu et se moquent des dégâts sociaux, sanitaires ou écologiques causés par leurs profits tandis que les travailleurs savent qu’ils ne peuvent s’en sortir que tous ensemble.

La réussite de la grève doit nous encourager à renforcer la mobilisation. Patronat et gouvernement attendent de voir la suite pour serrer la vis ou céder du terrain.  La balle est dans le camp des travailleurs.

De la Commune de 1871 à aujourd’hui : la même guerre de classes

Il y a 150 ans, le 18 mars 1871, le petit peuple parisien s’insurgeait et proclamait la Commune. Pour ceux qui ne se résignent pas à la domination de la bourgeoisie, c’est, encore aujourd’hui, un fait extraordinaire et enthousiasmant.

La Commune de Paris a été, en France, le premier et le seul pouvoir ouvrier. Du 18 mars au 28 mai 1871, pendant 72 jours, le peuple ouvrier, artisan et boutiquier de Paris – on dirait aujourd’hui le monde du travail – s’est gouverné lui-même.

La bourgeoisie prétend toujours être la seule classe capable de diriger. La Commune a prouvé que les classes laborieuses, les petites gens, n’avaient pas besoin de rois, de politiciens, de chefs ou de patrons pour organiser la vie sociale. Elle a fait ce qu’aucun gouvernement bourgeois n’a jamais fait et ne fera jamais : elle a dirigé la société pour qu’elle réponde aux besoins du plus grand nombre.

En septembre 1870, la France connut une formidable ébullition politique suite à la défaite contre l’armée prussienne, à la chute de Napoléon III et à la proclamation de la République. Les assemblées et les clubs s’étaient multipliés un peu partout. Et surtout, à Paris, le peuple ouvrier s’était armé et organisé au sein des bataillons de la garde nationale pour se défendre.

Pour le gouvernement républicain bourgeois, c’était la menace d’une révolution ouvrière qu’il fallait tuer dans l’œuf. Lorsqu’il tenta de le faire, le 18 mars 1871, en enlevant les canons gardés dans les quartiers populaires, il déclencha l’insurrection.

Le peuple de Paris organisa alors son propre gouvernement : la Commune. Il choisit des responsables issus de ses rangs, des ouvriers et des militants connus pour leur dévouement aux travailleurs. Aux finances, un ouvrier relieur, Eugène Varlin ; à la commission du travail, Léo Frankel, un ouvrier bijoutier hongrois…

C’en était fini des privilèges, des sinécures et des passe-droits ! Membres de la Commune, chefs de bataillons, fonctionnaires municipaux… tous les responsables étaient élus. Ils trouvaient tout naturel d’être rétribués comme les ouvriers qualifiés, naturel aussi de rendre des comptes. Ils ne s’enfermaient pas dans les palais dorés de la République comme cela se fait aujourd’hui, ils vivaient parmi la population et ils étaient ainsi contrôlés et révocables à tout moment.

Le peuple faisait confiance à ses élus, mais surtout, les élus faisaient confiance au peuple et s’appuyaient sur son action. Associations de quartier, syndicats, coopératives… mille et une initiatives étaient prises pour régler les problèmes des classes laborieuses, et nombre de femmes, comme l’institutrice Louise Michel ou l’ouvrière Victorine Brocher, y tinrent les premiers rôles.

Il fallait nourrir de toute urgence la population ? Des cantines collectives furent mises sur pied. Il fallait donner un toit à des milliers de familles ? Les Communards décidèrent un moratoire sur les loyers et réquisitionnèrent les logements vacants. Il n’y avait plus de travail ? Ils chargèrent les associations ouvrières de faire tourner les ateliers abandonnés. Il fallait éduquer les enfants ? Les églises furent réquisitionnées et transformées en écoles, des volontaires sollicités…

Le petit peuple de Paris pouvait compter sur un gouvernement qui prenait fait et cause pour le locataire contre le propriétaire, pour l’ouvrier contre le capitaliste, pour le pauvre contre le riche.

Une telle démonstration était intolérable pour la bourgeoisie. Le gouvernement de Thiers écrasa la Commune, fusillant sans autre forme de procès quelque 20 000 Communards.

Aujourd’hui, la société fonctionne à l’inverse des principes de la Commune : le gouvernement dirige au service exclusif d’une minorité richissime, pour les profits et la propriété privée de cette poignée de parasites. C’est ce qui rend la société incapable de trouver les solutions aux maux dramatiques qu’elle génère : le chômage, les crises économiques ou la crise écologique.

C’est ce qui fait que, dans cette pandémie, aucun gouvernement ne veut transformer les vaccins en biens communs de l’humanité, ni réquisitionner les usines et les laboratoires pour les produire en masse. C’est ce qui rend les pouvoirs publics incapables de réquisitionner les logements vacants et, à plus forte raison, d’exproprier les capitalistes qui ferment des usines et transforment des régions entières en déserts industriels.Non, la Commune n’appartient pas au passé. Elle nous rappelle qu’un autre monde est possible, que l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes.