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Les sans-papiers font partie de la classe ouvrière

Quatre cent septante sans-papiers ont entamé une grève de la faim depuis le 23 mai. Ils sont répartis en deux sites, l’église du béguinage, au centre-ville, et le campus de la VUB. Après plus d’un mois sans manger, beaucoup d’entre eux sont dans un état grave.

Venus de pays devenus invivables, ayant traversé les pires horreurs pour trouver un endroit où vivre et travailler en paix, ceux qu’on appelle les « migrants » servent ici de main-d’œuvre exploitable à merci par un patronat sans scrupule, dans la restauration ou le bâtiment. Outre des horaires à rallonge et des conditions de travail indignes, ils doivent rester aux aguets face à des contrôles qui peuvent avoir lieu à tout moment, dans une gare, une station de métro ou au coin d’une rue.

Ils n’ont aucun droit face à leurs patrons et sont confrontés à l’arbitraire total de l’administration en matière de papiers. Ils ne demandent aujourd’hui que des règles et des critères clairs pour obtenir un titre de séjour, mais en réalité il faudrait qu’ils soient tous régularisés, ainsi que tous les autres sans-papiers.

Il est inacceptable que des êtres humains en soient réduits à risquer leur santé voire leur vie pour une revendication aussi basique. Voilà qui en dit long sur la barbarie de notre société.

Face à eux, le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, Sammy Mahdi, un CD&V, refuse catégoriquement de régulariser les sans-papiers en grève de la faim. Pour lui, ils sont tout simplement dans l’illégalité. Or, il refuse tout autant que les règles pour obtenir des papiers soient clarifiées, car cela leur donnerait un « droit » dont il ne veut pas entendre parler.

Mahdi reprend à son compte les pires arguments qu’on entend depuis des dizaines d’années à l’encontre des sans-papiers. Selon lui, si on régularisait ces quatre cent-là, il y en aurait des centaines de milliers d’autres qui se mettraient à faire des grèves de la faim pour obtenir des papiers ! Dégoulinant d’hypocrisie, Mahdi prétend s’inquiéter pour leur santé et que c’est pour leur bien qu’il refuse de négocier. Il faudrait d’abord que ce sinistre personnage explique ce qui peut bien pousser des gens à une telle extrémité. Contrairement à ce qu’il insinue, une grève de la faim n’est pas un « truc » pour avoir des papiers, c’est un acte grave, désespéré !

Tout ce que Mahdi a à dire aux grévistes de la faim c’est : « vous n’avez pas de papiers, taisez-vous, acceptez votre sort en silence, acceptez de devoir attendre des années avant de pouvoir, peut-être, vivre une vie normale et sinon, ce sera le renvoi dans votre pays. »

Mahdi agite la vieille rengaine de l’invasion par les migrants qui a été inventée par l’extrême-droite pour monter les travailleurs les uns contre les autres. Elle a été reprise depuis par les autres partis, qui trouvent bien pratique de faire porter la responsabilité du chômage ou du déficit de la Sécurité sociale sur les travailleurs d’origine étrangère plutôt que sur les licenciements décidés par des patrons bien de chez nous.

Quant aux autres politiciens qui, comme Nollet, proposent de convoquer des « conférences interministérielles », ils se moquent bien du sort des sans-papiers. Tous adhèrent, d’une manière ou d’une autre, à ce discours qui fait de l’immigration un problème.

« On ne peut pas accueillir toute la misère du monde » ? Mais ce sont les pays capitalistes qui ont semé la misère dans le monde entier, par la colonisation, par l’esclavage, par les guerres de conquête qu’ils ont menées pour prendre le contrôle de ressources minières ou pétrolières. Ils n’ont pas hésité à soutenir les pires dictatures, puis à les renverser quand cela les arrangeait, quitte à ce que cela mène à des années de guerre civile. Syrie, Irak, Afghanistan, Myanmar ne sont que les plus récents, la liste est infinie

Ce serait la moindre des choses que d’accorder des papiers à tous ceux qui fuient ces guerres et cette misère, car ils ont autant le droit que d’autres de vivre dignement de leur travail. Ceux-là mêmes qui ont créé cette misère veulent fermer la porte à leurs victimes.

Surtout, ce sont les mêmes qui exploitent les travailleurs ici ou là-bas, qui s’enrichissent de la misère des uns comme des autres. Ce sont les même capitalistes avides et les mêmes politiciens serviles qui demandent aux travailleurs, avec ou sans papiers, de se taire en attendant des jours meilleurs.

Les sans-papiers font partie de la classe ouvrière, ils se battent pour leurs droits. Il faut les soutenir !

MR ou Écolo, ils n’en ont rien à faire des femmes

Le 3 mai dernier, la Stib a été condamnée par le tribunal du travail de Bruxelles pour son refus d’embaucher une femme en application de son règlement sur le port du voile. Le juge a considéré cela comme une discrimination.

Depuis lors, la sphère politique s’est enflammée. Chaque parti y va de sa proposition, les uns au nom de la laïcité de l’État, les autres au nom de « l’inclusion ». Tout cela ressemble furieusement à l’habituel opportunisme politicien, le MR visant l’aile droite de son électorat, raciste et antimusulmane, tandis qu’Écolo ou le PS tentent de récolter les voix des Turcs et des magrébins. 

Quelles que soient ses intentions réelles, la jeune femme qui a porté plainte contre la Stib ne défend en réalité pas la liberté des femmes, mais les idées et les comportements de tous ceux qui, au nom d’une religion ou d’une autre, veulent brimer et enchaîner les femmes. En commençant par les cacher au monde.

Car le voile n’est pas un simple bout de tissu, il est non seulement un symbole mais aussi la marque concrète de la situation d’infériorité dans laquelle certains veulent, au nom de la liberté religieuse, maintenir les femmes. C’est évident dans des pays comme l’Iran ou l’Arabie Saoudite où des femmes sont emprisonnées pour avoir refusé de porter le voile. Mais ces pressions et ces violences existent aussi en Belgique et en Europe comme en témoignent bien des femmes.

Les pseudo-compromis prônés par Écolo et le PS, les arguments sur la laïcité de Défi et du MR, font du voile un simple symbole de « prosélytisme » religieux, c’est-à-dire de zèle pour recruter des adeptes. C’est tourner autour du pot et ignorer les pressions faites d’insultes, de violences et parfois pire que subissent les jeunes filles contraintes de le porter. 

Et puis, pour revenir aux compromis politiciens, qu’est-ce qu’un voile « discret » ? Même un « petit voile » dégageant la chevelure et les oreilles est une étiquette, une marque d’infériorité des femmes. Et qu’est-ce qu’un signe « ostentatoire » ? S’il s’agit de laisser pendre une croix, une étoile de David ou une main de Fatma à une chaîne autour du cou, pourquoi pas ? Les hommes aussi peuvent porter de telles amulettes, signes d’appartenance à une religion mais elles ne les infériorisent pas. Nous sommes matérialistes et athées et contre toutes les superstitions religieuses, mais nous ne sommes pas contre la liberté religieuse. 

Dans le cas présent, nous sommes contre toutes les atteintes à la liberté des femmes imposées par les dogmes religieux. En fait, toutes les religions sont empreintes de cette discrimination sexiste. Une prière juive, issue de l’histoire ancienne, fait dire aux hommes chaque matin « Merci mon Dieu de ne pas m’avoir fait femme ». Quant au pape, aujourd’hui encore il s’affirme contre la contraception, l’interruption volontaire de grossesse et le divorce.

Il faut combattre tous les militants intégristes, qu’ils soient juifs, chrétiens ou musulmans. Non pas parce qu’ils ont des convictions religieuses, libre à eux de croire en ce qu’ils veulent, mais parce qu’ils militent pour le retour à des idéologies réactionnaires qui dénient les droits et libertés que des femmes et des hommes ont conquis.

Certes, il est des jeunes filles qui choisissent de porter le voile. Mais ce n’est pas de leur choix personnel dont il est question. Il est question des libertés de centaines de milliers de jeunes filles d’origine musulmane qui ne jouissent pas toutes, loin de là, d’un environnement culturel et social tolérant et qui n’ont pas réellement le choix et se voient contraintes de le porter par des hommes de leur famille ou de leur quartier.

Ce ne sont pas les politiciens qui vont libérer les femmes, certainement pas ceux qui s’accommodent de ce symbole de leur soumission, et encore moins ceux qui utilisent la religion pour couvrir un discours raciste et exacerber les divisions au sein de la société. Cela mène à des actes inadmissibles comme à Ninove où une jeune femme a failli être tuée par un raciste violent, et où la police a refusé de prendre sa plainte.Alors, loi ou pas, règlement ou pas, le combat contre ce signe d’oppression des femmes qu’est le voile se déroule d’abord sur le terrain. Il repose en premier lieu sur les militants, les travailleurs, à qui il leur appartient d’expliquer autour d’eux ce que le voile représente et l’importance, en particulier pour la classe ouvrière, de l’égalité entre les hommes et les femmes.

Solidarité avec le peuple palestinien opprimé !

Les habitants de Gaza sont à nouveau soumis à un déluge de feu et ils pleurent leurs morts. Comme toujours, l’État israélien a pris pour prétexte des tirs de roquettes du Hamas et il prétend opérer des bombardements « ciblés ». Mais qui peut croire un tel mensonge ?

La bande de Gaza est un territoire de 40 km de long sur 10 km de large, l’un des plus densément peuplés au monde. Comment les bombes pourraient-elles faire le tri entre les civils et les militants du Hamas, alors qu’il n’y a pas de refuges sécurisés, pas d’échappatoires possibles ? Tirer des roquettes sur Israël, comme le fait le Hamas, est une politique aveugle et terroriste. Mais bombarder une zone comme Gaza l’est à bien plus grande échelle. C’est du terrorisme d’État.

Renvoyer les deux camps dos à dos alors qu’un État prétendument démocratique et surarmé s’acharne à détruire un territoire déjà dévasté, c’est accepter la loi du plus fort. Et c’est surtout tourner le dos à la révolte mille fois légitime des Palestiniens !

Cette révolte est sans cesse étouffée et réprimée par l’État israélien. Mais elle est aussi récupérée et détournée politiquement par le Hamas.

Cette nouvelle révolte n’est d’ailleurs pas venue de Gaza ni du Hamas. Elle est venue de familles qui se sont opposées à leur expulsion dans un quartier de Jérusalem-Est. Elle a ensuite embrasé des villes mixtes comme Lod, Jaffa ou Saint-Jean d’Acre, ainsi que la Cisjordanie. C’est pour en prendre le contrôle que le Hamas a déclenché des tirs de roquettes sur Israël.

Le Hamas a confisqué la parole aux manifestants et a transformé la mobilisation des masses en affrontement entre deux appareils d’État, de façon à imposer sa politique, ses méthodes, sa domination au peuple palestinien. Alors, si les Palestiniens ont pour ennemi l’État israélien, ils ont le Hamas pour adversaire.

Avec les affrontements violents et haineux qui se sont multipliés entre groupes sionistes d’extrême-droite et jeunes Palestiniens, nombre de Juifs israéliens réalisent aujourd’hui qu’ils sont sous la menace d’une guerre communautaire dont ils payent déjà le prix. Mais comment s’en étonner ?

Depuis 70 ans, le gouvernement colonise de nouvelles terres en Cisjordanie et rend impossible la création d’un État palestinien viable. Il a annexé Jérusalem-Est, imposé le blocus de Gaza et enfermé ses habitants dans une prison à ciel ouvert. Il impose une politique d’apartheid en Israël, où Juifs et Arabes ne disposent pas des mêmes droits. Et régulièrement, lorsque la révolte se fait trop menaçante, il fait la guerre aux Palestiniens.

Depuis des années, pour se maintenir au pouvoir, Netanyahou s’appuie sur l’extrême-droite suprémaciste juive, lui offre des ministères, ferme les yeux sur ses violences et soutient toutes ses entreprises de colonisation. Cette surenchère réactionnaire a conduit à ce face-à-face glaçant où les uns hurlaient « Mort aux Arabes », quand les autres criaient « Mort aux Juifs ». Il est à souhaiter que cela serve d’électrochoc, car il n’y a pas d’autre avenir pour les deux peuples que de s’entendre. Est-ce possible ? Oui, à condition de combattre la politique coloniale d’Israël soutenue par les grandes puissances.

Les dirigeants d’Israël ont bâti leur État en niant le droit des Palestiniens à disposer du leur et ils se sont fait le relais régional des puissances impérialistes, en premier lieu les États-Unis. C’est pourquoi il ne faut pas compter sur la prétendue « communauté internationale » pour faire une quelconque pression sur le gouvernement israélien. Biden et Merkel soutiennent ouvertement Netanyahou, Macron a interdit les manifestations de soutien à la Palestine et le Conseil de Sécurité de l’ONU demande timidement un cessez-le-feu.

Les dirigeants israéliens et palestiniens conduisent leur peuple dans une impasse sanglante avec la complicité des puissances impérialistes. Il faut que ceux qui s’en rendent compte soient de plus en plus nombreux au sein des deux peuples.La solution ne pourra surgir que des Israéliens et des Palestiniens qui cherchent les moyens de vivre ensemble sur la même terre. Pour cela, ils doivent s’opposer à ceux qui les entraînent dans une guerre entre communautés. Ils doivent se battre ensemble contre l’oppression dont est victime le peuple palestinien. Et affirmer que les deux peuples doivent disposer des mêmes droits, car « Un peuple qui en opprime un autre ne peut être un peuple libre ». 

Une goutte de justice dans un océan d’injustice

Derek Chauvin, le policier qui a étranglé et tué George Floyd l’an dernier, a été reconnu coupable de meurtre. Pour des millions de Noirs américains, ce procès était celui du racisme de la police aux États-Unis. Chaque année, plus de mille personnes, essentiellement des Noirs et des Hispaniques, sont tuées par des policiers. On ne compte plus les cas où les policiers tirent sur des personnes désarmées, ou dans le dos. Pourtant, seulement une infime partie d’entre eux, moins de 2%, doit rendre des comptes à la justice. Quant aux condamnations, quand il y en a, elles se limitent le plus souvent à des blâmes ou des peines symboliques.

Dans le cas de Floyd, le policier est resté neuf minutes avec le genou sur son cou, ignorant ses suppliques, devant des dizaines de témoins dont certains ont filmé la scène. Cela a été une étincelle qui a provoqué des émeutes dans la plupart des grands villes américaines. 

C’est la pression de ce mouvement qui a forcé le procès à aller jusqu’au bout. Chose rare, la direction de la police de la ville s’est désolidarisée de Chauvin, alors que d’habitude la hiérarchie couvre les policiers violents. Jusqu’à Biden, le nouveau président, qui a exprimé son « soulagement » à l’annonce du verdict. Il est d’autant plus soulagé qu’une autre issue aurait probablement provoqué des émeutes raciales dans tout le pays. 

Les Noirs américains sont majoritairement les descendants des esclaves qui ont été arrachés de force et par dizaines de millions à leurs pays d’origine pour travailler dans les plantations de riz, de tabac puis de coton. La fin de l’esclavage en 1865 n’a pas signifié la fin de leur exploitation : d’esclaves dans les champs, ils sont devenus ouvriers dans les usines. Même si une partie d’entre eux a gravi les échelons, la majorité est restée pauvre, cantonnée par un racisme systémique dans les couches inférieures de la société.

Depuis que l’exploitation existe, que ce soit dans l’empire romain esclavagiste, dans l’Europe féodale des seigneurs ou sous le capitalisme, les pauvres ont toujours constitué une classe « dangereuse » pour les couches dominantes : quand la richesse des uns se nourrit de la misère des autres, il est prévisible que la colère éclate un jour… C’est à ça que servent avant tout la justice et la police : maintenir l’ordre social par la force, réprimer le voleur de pommes tout comme les révoltes collectives des pauvres.

Les shérifs qui, hier, faisaient la chasse aux esclaves en fuite ou qui écrasaient leurs révoltes, répriment aujourd’hui leurs descendants avec la même haine, parce qu’ils sont noirs mais surtout parce qu’ils sont pauvres, c’est ce que dit la couleur de leur peau. C’est pour la même raison que les policiers français ou belges ciblent les jeunes dès qu’ils n’ont pas la peau assez blanche. 

Ce racisme de la police reflète le mélange de haine et de peur des riches vis-à-vis des classes pauvres.

En leur temps, les bourgeois du 16ème siècle sont allés chercher des esclaves en Afrique. Le patronat du 20ème siècle est, lui, allé chercher des villageois dans les colonies d’Afrique du nord pour leur faire faire les travaux les plus dangereux. Sans traditions syndicales ni liens en Europe, sans aucune famille et personne sur qui compter, ces travailleurs se trouvaient à la totale merci du patron. Le patronat comptait ainsi créer des divisions entre les travailleurs, appuyé en ce sens par les politiciens qui n’ont eu de cesse de parler du soi-disant « problème » de l’immigration et d’enfoncer le clou de la peur du chômage et de la pression sur les bas salaires. Les luttes collectives des travailleurs pour leurs salaires, pour des droits égaux pour tous, ont en partie permis de contrer ces tentatives.

Quoi qu’il en soit, les travailleurs immigrés en Europe étaient ainsi désignés comme une cible parfaite pour la répression policière, comme les Noirs aux États-Unis.

Il ne peut pas y avoir d’égalité dans une société basée sur une injustice fondamentale, celle de l’exploitation de l’immense partie de la population par une classe parasite de grands bourgeois. Mais en s’enrichissant sur le dos des travailleurs, la bourgeoisie se crée un ennemi redoutable et irréductible, la classe ouvrière. Dans cette lutte de classes, la police n’est que le bras armé de la bourgeoisie qui lui assure sa suprématie en cas de révoltes sociales. C’est pour cette raison que, quoi qu’elles fassent, la police et l’armée de métier bénéficieront toujours de la bienveillance des couches dirigeantes.

La bataille gagnée aux États-Unis ne peut que nous réjouir, elle a été obtenue par la mobilisation populaire, mais les systèmes judiciaire et politique américains n’ont pas changé. Et, tant que durera la société capitaliste, tant qu’il y aura des riches et des pauvres, la police continuera à réprimer les seconds pour protéger les premiers.

Après la grève, préparons la suite !

La grève nationale du 29 mars dernier a été extrêmement bien suivie. Dans les transports en commun, la Stib, De Lijn et les TEC étaient quasiment à l’arrêt. A la SNCB, seule une partie des trains circulait. La grande distribution, les services et l’industrie étaient quasi-complètement fermés.

Ce n’était pas évident de s’en rendre compte car la grève n’a pas été très visible : sous prétexte de Covid, les piquets étaient limités à quatre personnes et il n’y a eu ni rassemblements ni manifestations. Il est regrettable que les syndicats aient été dans ce sens, appelant les travailleurs à rester chez eux plutôt qu’à se retrouver aux piquets, pour discuter des revendications, des actions et renforcer la solidarité entre travailleurs. 

Malgré tout, la réussite de la grève montre que les travailleurs sont nombreux à être fâchés, contre le patronat et contre le gouvernement. Ceux-ci avaient pourtant tout fait pour démobiliser, accusant les grévistes de mettre en danger la future reprise économique. Une reprise bien théorique et qui, si on les laisse faire, ne profitera de toute façon qu’aux plus riches.

Alors, oui, les travailleurs ont raison d’être en colère car le refus patronal d’augmenter les salaires de plus que 0,4 misérables pourcents prend une dimension particulière en ces temps de pandémie.

La « loi de compétitivité » derrière laquelle le patronat et le gouvernement se retranchent pour refuser les augmentations date de 1996 et elle a été durcie en 2017. Elle prétend interdire les augmentations de salaires supérieures à la moyenne des pays voisins. C’est ainsi que les travailleurs de France, de Belgique ou d’Allemagne se voient opposer le même argument : impossible de vous augmenter car vous êtes déjà plus chers que vos camarades. Cela va évidemment toujours dans le même sens, celui de bloquer les salaires en mettant en concurrence les travailleurs des différents pays.

 C’est une loi absolument injuste, comme toutes les lois de ce régime de pseudo-démocratie bourgeoise. Il n’y a aucune règle qui limite les profits des patrons ou qui les empêche de se verser des dividendes pharaoniques ! Mais comme toutes les lois que font les politiciens au service des bourgeois, elle peut être défaite pour peu qu’ils trouvent face à eux une mobilisation de l’ensemble des travailleurs.

Cette fois-ci, le mécontentement des travailleurs n’est pas seulement dirigé contre l’avarice patronale, mais aussi contre la manière dont le gouvernement a géré la pandémie.

Il est évident que le poids des mesures ne pèse pas de la même manière sur toutes les épaules. Les travailleurs ont plus souvent été confinés dans un petit appartement que dans une villa quatre façades avec jardin ! Les entreprises de la grande distribution ont continué à fonctionner et engranger des profits tandis que leurs salariés n’avaient même pas de mesures de protection adéquates. Bien des travailleurs se retrouvés au chômage économique avec un salaire amputé, voire pas de salaire du tout pour ceux qui devaient se débrouiller au noir. Les patrons, eux, ont reçu des aides financières et vont bientôt être arrosés par les milliards d’euros du plan européen de relance, plan que les travailleurs paient de leurs impôts ! 

Depuis lors, les différentes branches patronales, de l’industrie et du commerce, font des pieds et des mains pour rouvrir, se moquant bien de ce qui arrivera à ceux qui attraperont le virus dans leurs magasins. Mais dans la presse, ce sont eux qu’on plaint et ce sont eux qui ont un relais au gouvernement, en particulier via le MR.

L’hypocrisie a été à son sommet ce mois-ci, lorsque le gouvernement a annulé la possibilité de se réunir en extérieur à plus de quatre personnes, tandis qu’il restait possible de s’entasser dans les transports en commun. Le nombre de voyageurs dans les trains est limité pour aller à la mer, mais pas pour venir travailler !

 « L’équipe des onze millions » ce sont des mots, la réalité c’est que même la gestion de la pandémie est imprégnée par la lutte des classes.

Tout le monde en a assez des restrictions, mais la solution n’est pas dans les mesures individualistes : rouvrir restaurants et commerces, se réunir pour faire la fête au bois, quitte à relancer l’épidémie. La classe ouvrière n’a jamais progressé de cette manière mais à travers des actions collectives et solidaires. C’est la différence entre les bourgeois et les prolétaires, les premiers prônent l’individu et se moquent des dégâts sociaux, sanitaires ou écologiques causés par leurs profits tandis que les travailleurs savent qu’ils ne peuvent s’en sortir que tous ensemble.

La réussite de la grève doit nous encourager à renforcer la mobilisation. Patronat et gouvernement attendent de voir la suite pour serrer la vis ou céder du terrain.  La balle est dans le camp des travailleurs.

De la Commune de 1871 à aujourd’hui : la même guerre de classes

Il y a 150 ans, le 18 mars 1871, le petit peuple parisien s’insurgeait et proclamait la Commune. Pour ceux qui ne se résignent pas à la domination de la bourgeoisie, c’est, encore aujourd’hui, un fait extraordinaire et enthousiasmant.

La Commune de Paris a été, en France, le premier et le seul pouvoir ouvrier. Du 18 mars au 28 mai 1871, pendant 72 jours, le peuple ouvrier, artisan et boutiquier de Paris – on dirait aujourd’hui le monde du travail – s’est gouverné lui-même.

La bourgeoisie prétend toujours être la seule classe capable de diriger. La Commune a prouvé que les classes laborieuses, les petites gens, n’avaient pas besoin de rois, de politiciens, de chefs ou de patrons pour organiser la vie sociale. Elle a fait ce qu’aucun gouvernement bourgeois n’a jamais fait et ne fera jamais : elle a dirigé la société pour qu’elle réponde aux besoins du plus grand nombre.

En septembre 1870, la France connut une formidable ébullition politique suite à la défaite contre l’armée prussienne, à la chute de Napoléon III et à la proclamation de la République. Les assemblées et les clubs s’étaient multipliés un peu partout. Et surtout, à Paris, le peuple ouvrier s’était armé et organisé au sein des bataillons de la garde nationale pour se défendre.

Pour le gouvernement républicain bourgeois, c’était la menace d’une révolution ouvrière qu’il fallait tuer dans l’œuf. Lorsqu’il tenta de le faire, le 18 mars 1871, en enlevant les canons gardés dans les quartiers populaires, il déclencha l’insurrection.

Le peuple de Paris organisa alors son propre gouvernement : la Commune. Il choisit des responsables issus de ses rangs, des ouvriers et des militants connus pour leur dévouement aux travailleurs. Aux finances, un ouvrier relieur, Eugène Varlin ; à la commission du travail, Léo Frankel, un ouvrier bijoutier hongrois…

C’en était fini des privilèges, des sinécures et des passe-droits ! Membres de la Commune, chefs de bataillons, fonctionnaires municipaux… tous les responsables étaient élus. Ils trouvaient tout naturel d’être rétribués comme les ouvriers qualifiés, naturel aussi de rendre des comptes. Ils ne s’enfermaient pas dans les palais dorés de la République comme cela se fait aujourd’hui, ils vivaient parmi la population et ils étaient ainsi contrôlés et révocables à tout moment.

Le peuple faisait confiance à ses élus, mais surtout, les élus faisaient confiance au peuple et s’appuyaient sur son action. Associations de quartier, syndicats, coopératives… mille et une initiatives étaient prises pour régler les problèmes des classes laborieuses, et nombre de femmes, comme l’institutrice Louise Michel ou l’ouvrière Victorine Brocher, y tinrent les premiers rôles.

Il fallait nourrir de toute urgence la population ? Des cantines collectives furent mises sur pied. Il fallait donner un toit à des milliers de familles ? Les Communards décidèrent un moratoire sur les loyers et réquisitionnèrent les logements vacants. Il n’y avait plus de travail ? Ils chargèrent les associations ouvrières de faire tourner les ateliers abandonnés. Il fallait éduquer les enfants ? Les églises furent réquisitionnées et transformées en écoles, des volontaires sollicités…

Le petit peuple de Paris pouvait compter sur un gouvernement qui prenait fait et cause pour le locataire contre le propriétaire, pour l’ouvrier contre le capitaliste, pour le pauvre contre le riche.

Une telle démonstration était intolérable pour la bourgeoisie. Le gouvernement de Thiers écrasa la Commune, fusillant sans autre forme de procès quelque 20 000 Communards.

Aujourd’hui, la société fonctionne à l’inverse des principes de la Commune : le gouvernement dirige au service exclusif d’une minorité richissime, pour les profits et la propriété privée de cette poignée de parasites. C’est ce qui rend la société incapable de trouver les solutions aux maux dramatiques qu’elle génère : le chômage, les crises économiques ou la crise écologique.

C’est ce qui fait que, dans cette pandémie, aucun gouvernement ne veut transformer les vaccins en biens communs de l’humanité, ni réquisitionner les usines et les laboratoires pour les produire en masse. C’est ce qui rend les pouvoirs publics incapables de réquisitionner les logements vacants et, à plus forte raison, d’exproprier les capitalistes qui ferment des usines et transforment des régions entières en déserts industriels.Non, la Commune n’appartient pas au passé. Elle nous rappelle qu’un autre monde est possible, que l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes.

Unis et organisés, les travailleurs peuvent abattre le capitalisme

Il est impossible de ne pas voir que la crise sanitaire se double déjà d’une crise économique et sociale, dont le pire reste peut-être à venir. Tandis que le gouverne-ment ouvre largement sa bourse aux organisations pa-tronales qui se plaignent haut et fort, des millions de travailleurs subissent la crise sans aucun soutien : ceux qui ont perdu leur emploi ou qui doivent survivre au chômage partiel ou économique, les intérimaires ou les travailleurs au noir qui n’ont plus rien et ne peuvent même pas prétendre à une allocation, etc. Les chiffres du chômage augmentent, de même que la pauvreté et les files devant les banques alimentaires.
Avoir un emploi n’a jamais réellement protégé de la pauvreté ; aujourd’hui, c’est clair. Quant à la santé des travailleurs, la manière dont cette crise a été gérée a bien montré que c’était le cadet des soucis du gouvernement comme du patronat.
Il faudrait être naïf pour espérer qu’ils fassent quoi que ce soit pour limiter la casse sociale – au contraire, leur intention est de maintenir le blocage des salaires en 2021.
La nourriture, l’énergie, les médicaments pourraient être accessibles à tous mais leur production dépend des profits qu’ils peuvent en tirer et pas des besoins de la population, quitte à laisser les épidémies se répandre.
En plus de traiter les humains comme des marchan-dises, le capitalisme a créé une course effrénée aux pro-fits où celui qui en fera le plus pourra éliminer ou ra-cheter ses concurrents. C’est cette fuite en avant qui a gonflé la finance, créé des bulles boursières et qui a été la cause de toutes les crises économiques. Les capita-listes cherchent à y échapper en créant de nouveaux produits, en ouvrant de nouveaux marchés, en utilisant les jeux financiers. Mais la crise les rattrape toujours et alors, avec la complicité des États, ils la font à chaque fois payer aux travailleurs – ici par des plans d’austérité, ailleurs par des guerres.
Les gouvernements se présentent comme des protec-teurs face aux crises. Mais, évidemment, ils sont com-plices. La démocratie actuelle n’est qu’un mot creux. La puissance réelle, économique, est aux mains des capita-listes, l’État n’est là que pour organiser les affaires pu-bliques. Il n’est pas un arbitre au-dessus de la mêlée mais le concierge des capitalistes.
Les socialistes, censés défendre les travailleurs, les ont menés dans une impasse. Sous prétexte de chercher une voie pacifique, ils leur ont demandé de faire des concessions, soi-disant pour éviter le pire. Les travail-leurs ont fait les concessions, mais le pire est arrivé quand même. Il n’y a pas de voie pacifique car le pa-tronat ne veut pas de paix avec le monde du travail, il lui mène une guerre sans pitié, c’est la lutte des classes.
Voilà pourquoi les communistes pensent qu’il est né-cessaire d’en finir avec le capitalisme.
Le communisme est, au fond, une idée simple : mettre en commun les outils de production et organiser le fonctionnement de l’économie de façon collective et consciente, en répartissant le travail entre tous de façon à satisfaire les besoins légitimes de chacun.
Il est évident que cette idée est à l’opposé du capita-lisme. Pour qu’elle puisse se réaliser, il faut renverser le système économique et politique actuel. Il faut que le pouvoir passe des mains d’une minorité dans celles de la majorité. Et cela ne se fera pas sans une lutte entre les travailleurs et les capitalistes.
Ce n’est pas facile. Les capitalistes sont organisés, ils ont le pouvoir, ils disposent des médias et surtout ils profitent de leur monopole sur le travail pour mettre le couteau sous la gorge des travailleurs. L’État est à leur service, avec sa justice, sa police et, au besoin, son ar-mée. On voit avec quel zèle la moindre manifestation est réprimée.
Mais de leur côté, les travailleurs ont pour eux leur nombre et leur rôle central dans l’économie : ce sont eux qui produisent toutes les richesses. Ce sont donc eux les seuls à pouvoir changer les choses.
Pour cela, ils doivent arracher le pouvoir économique à ceux qui l’ont aujourd’hui, leur reprendre la gestion des usines, des mines, des terres, de l’énergie et des transports. Alors, il deviendra possible de commencer à réfléchir collectivement à la meilleure manière de gérer l’économie.
Une telle transformation se prépare, s’organise. C’est le rôle d’un parti communiste, qui reste à construire. Les communistes ne sont pas des politiciens, mais des travailleurs conscients de la nécessité de changer le monde, conscients qu’on ne peut pas s’accorder avec le patronat et qu’il faut absolument rétablir un rapport de force favorable aux travailleurs pour à terme mettre en place une société juste et égale, pour les hommes et les femmes de tous les pays.

Il y a 60 ans, des millions de grévistes faisaient trembler la Belgique

La grande grève de l’hiver 60-61 a été l’un des événements marquants de l’histoire du mouvement ouvrier en Belgique. Le gouvernement était alors dirigé par Eyskens du PSC (aujourd’hui le CdH). Il avait mis le feu aux poudres avec un plan d’austérité appelé « Loi Unique » qui prévoyait d’augmenter les taxes et les cotisations tout en remettant en cause les droits acquis en matière de pension et d’invalidité. Le PS et la FGTB, le syndicat majoritaire à l’époque, s’étaient prononcés contre mais hésitaient et ne faisaient pas mine d’organiser une quelconque riposte des travailleurs, alors que leurs affiliés et les travailleurs en général réclamaient des actions.

Le 14 décembre, 60.000 personnes manifestèrent à Liège. Le syndicat et André Renard, le dirigeant liégeois de la gauche syndicale qui avait été un partisan pendant la guerre, ne prévoyaient cependant pas de grève avant janvier.

Mais le 20 décembre, las d’attendre des mots d’ordre syndicaux, les travailleurs communaux décidèrent les premiers d’entrer en grève, suivis dès le lendemain par les cheminots et les enseignants. Dans le secteur privé, les ACEC de Charleroi et Cockerill-Liège ont arrêté le travail dès le premier jour, entrainant dans leur sillage toute l’industrie wallonne mais aussi les dockers d’Anvers et les ouvriers de Gand.

La FGTB dût bien reconnaître le mouvement mais elle refusa de lancer un mot d’ordre de grève générale nationale. Un peu partout, les travailleurs de toutes les entreprises se retrouvaient quotidiennement dans les maisons du peuple pour organiser la grève, former les piquets et assurer le ravitaillement. Tout était à l’arrêt et il fallait un laissez-passer du syndicat pour franchir les barrages !

De grandes manifestations eurent lieu, rassemblant des dizaines de milliers de travailleurs dans des villes comme Liège, Charleroi, La Louvière, Anvers, Gand et Bruxelles. Face à ce mouvement massif, l’État fit appel à la gendarmerie et à l’armée, avec chevaux, sabres et fusils. Quatre ouvriers furent tués par les gendarmes et il y eut de nombreux blessés, mais pas seulement du côté des travailleurs ! Cette répression ne fit que renforcer la colère ouvrière.

Finalement, la grève cessa le 20 janvier 1961. Elle ne s’était pas essoufflée faute de combativité ouvrière, bien au contraire, mais en l’absence de perspectives venant de leurs dirigeants, les travailleurs sont restés désemparés. Beaucoup n’attendaient du syndicat, et de Renard en particulier, qu’un signal pour marcher sur Bruxelles, unis entre travailleurs de toutes les régions et de tous les métiers pour faire tomber le gouvernement Eyskens. Mais les dirigeants syndicaux ne le voulaient manifestement pas.

Au contraire, dès qu’elle le sentit possible, la direction de la FGTB fit reprendre le travail. Dans certains endroits, comme à Liège, les bureaucrates syndicaux firent voter plusieurs fois les travailleurs jusqu’à ce que le vote soit en faveur de la reprise. Finalement, c’est la tête haute, avec le drapeau rouge et en chantant l’Internationale, que les travailleurs sont retournés au travail.

Bien que la majorité des travailleurs flamands soient affiliés à la CSC et que ce syndicat se soit ouvertement opposé à la grève, bien que l’Église catholique ait pesé de tout son poids contre le mouvement, la grève était générale en Flandre également. Cela n’a pas empêché Renard de mettre en avant le fédéralisme au lieu de continuer la grève contre la Loi Unique, sous prétexte que les Flamands auraient été moins grévistes que les Wallons. Il y avait pourtant de nombreux grévistes à Gand et à Anvers, ainsi que d’importantes manifestations. Il aurait été tout à fait possible de renforcer les liens qui se faisaient entre les grévistes du Nord et du Sud. Mais, cela aurait été trop dangereux pour la bourgeoisie et ni la FGTB ni Renard n’en voulaient. 

Les nationalistes flamands d’aujourd’hui ont eu il y a 60 ans des prédécesseurs socialistes qui prétendaient œuvrer à la défense de la classe ouvrière. Qu’ils se disent de droite ou de gauche, le nationalisme est un poison pour les travailleurs.   

Le monde du travail a prouvé maintes fois que ce n’étaient ni la combativité ni le courage qui lui faisaient défaut. En revanche, il nous manque un parti ouvrier avec des idées révolutionnaires, un parti communiste avec un programme politique capable afin que plus jamais les travailleurs ne laissent leur sort entre les mains de ceux qui, au bout du compte, les livrent pieds et poings liés à leurs adversaires.

Le virus du profit continue de sévir

Voilà un an que la pandémie sévit dans le monde et, bien sûr, en Belgique aussi. Les premières réactions des gouvernements de la plupart des pays ont démontré le manque total de préparation face à une situation qui était néanmoins prévisible. Pas assez de masques, plus de place dans les hôpitaux et autant de conséquences d’une politique d’économies au détriment de la santé publique. La suite des décisions chaotiques, un confinement total suivi d’un déconfinement prématuré ont permis à une deuxième vague de se répandre. 

Depuis un an, les regards sont rivés sur les chiffres de la pandémie, le nombre de malades, d’hospitalisés, de morts. Tous les regards ? Pas vraiment. Le patronat, lui, n’a jamais quitté ses profits des yeux, la santé des affaires passe pour lui bien avant celle de la population.

Même les indépendants et les petits patrons de l’Horeca par exemple, ont bénéficié des aides de l’état. Certes, si le ministre des classes moyennes a veillé au grain, c’est par calcul politique afin de soigner l’électorat du MR. Ces mesures n’empêcheront pas que le café du coin ou la marchande de vélo ne mettent la clé sous la porte.

En revanche, les travailleurs n’ont rien vu venir. Le chômage économique profite surtout au patron et maintient à peine le salaire des travailleurs qui y ont droit. 

Les travailleurs n’ont pas reçu de prime, les chômeurs non plus et les travailleurs au noir, si appréciés des petits patrons, se sont retrouvés sans aucun revenu avec juste leurs yeux pour pleurer. Et si le personnel de santé s’est vu promettre quelques sous, les critères ne cessent de s’accumuler pour restreindre le nombre des bénéficiaires, comme dans le cas des infirmiers des prisons qui travaillent pourtant dans des endroits où les contaminations sont nombreuses et auxquels le gouvernement refuse la prime. 

Les actionnaires des grandes entreprises, eux, ont les moyens de voir venir. Le tourisme est à l’arrêt, mais la grande distribution, la pharmacie, la vente en ligne, le transport et l’agro-alimentaire se portent parfaitement bien, si pas mieux, sous le Covid. Le transport aérien des personnes est en chute libre, mais les marchandises circulent comme jamais auparavant. Les affaires, elles, n’ont jamais été confinées…

Ce sont pourtant ces patrons-là qui vont bénéficier des 4,9 milliards d’euros du plan de relance européen : cet argent ne va pas servir à embaucher des infirmières mais à financer des « investissements » sous le mauvais prétexte que quand l’économie va, alors tout irait bien pour les travailleurs aussi. En réalité, cet argent va juste grossir les bénéfices des actionnaires, comme avec tous les plans qui l’ont précédé.

Mais le sort réservé aux travailleurs ne fait jamais la une des journaux télévisés ! Or depuis le début de la pandémie, il y a une opposition entre les questions de santé publique et les questions économiques. Lors d’assemblées générales chez Carrefour, les travailleurs ont protesté contre le non-respect par la direction des mesures anti Covid. Il y a eu une journée d’arrêt de travail mais les CDD ont assuré l’ouverture. Ça gronde un peu partout, mais sans que cela ne débouche encore sur de vrais mouvements, même au niveau local d’une entreprise. Les syndicats se défendent d’ailleurs d’être pour quoique ce soit dans ce qu’ils appellent des « sautes d’humeur ». Comme d’habitude et sans surprise, il n’y a rien à attendre de la bureaucratie syndicale.

Bien sûr, on a parlé à juste titre du courage des travailleurs de la santé pendant la première vague. Mais depuis, le gouvernement n’a rien fait de sérieux pour alléger la pénibilité de leur travail. Tous les autres travailleurs qui ont dû continuer à aller travailler l’ont fait dans l’anonymat le plus complet. Ils ont été obligés de continuer à prendre des risques tandis que leurs patrons s’enfermaient bien à l’abri de leurs villas quatre façades pour discuter des plans de licenciements.

Solvay vient de licencier dans le monde entier, dont une centaine de travailleurs en Belgique ; à Tirlemont, Bosch licencie 400 travailleurs ; quelques jours plus tôt, Fedex avait annoncé 600 suppressions d’emplois à Liège. C’est le remerciement du patronat pour le dévouement des travailleurs. Le Covid a bon dos !

Le paradoxe est que le chômage augmente plus dans les communes riches que dans les communes pauvres ; pas parce qu’elles s’en sortent mieux, mais parce que les travailleurs pauvres sont plus vite exclus du système : pas d’Internet (30%), pas de mail (12%), pas de smartphone pour se connecter à Actiris. Dans une période comme celle-ci, où toutes les voies habituelles pour s’en sortir semblent bouchées, beaucoup de travailleurs décrochent et sombrent.

Encore et toujours, les travailleurs donnent tout et ne reçoivent rien. Pour que ça cesse, ils devront renverser ce système infecté jusqu’à l’os par le virus du profit.

Notre santé, otage des profits capitalistes

A peine lancée, la campagne de vaccination se heurte à un problème bien concret : les laboratoires ne suivent pas la cadence de livraison annoncée. Pour le vaccin AstraZeneca, il semblerait que la Belgique ne va recevoir que 650 000 doses en février au lieu des 1,5 millions promis. Pfizer et Moderna annoncent aussi des chiffres en baisse par rapport à leurs engagements.

Les annonces gouvernementales se veulent rassurantes mais il est visible que tout le calendrier est suspendu au bon vouloir des firmes pharmaceutiques. Au début, il était prévu de réserver des doses pour assurer les secondes injections, puis il a été question de prendre sur ces réserves pour avancer quand même selon le calendrier prévu ; finalement ce sera quelque chose entre les deux et il se pourrait que le délai entre les injections soit allongé, sans que personne ne semble vouloir s’engager sur les conséquences de ce retard sur la fiabilité du vaccin. Tout cela ressemble fortement aux cafouillages de l’an dernier quand les politiciens et les experts expliquaient que les masques n’étaient pas nécessaires, alors qu’il n’y en avait simplement pas…

Les laboratoires pharmaceutiques, eux, n’ont pas autant traîné pour empocher l’agent des commandes. Mais pour construire des lignes de production et embaucher, ils sont nettement moins rapides et efficaces !

L’obstacle auquel se heurte désormais la campagne de vaccination est celui de la concurrence et de la propriété privée. Pfizer et Moderna, les seuls à avoir un vaccin homologué en Europe, n’ont pas les capacités de production suffisantes. De leur côté, Sanofi, Merck ou GSK possèdent des usines, mais ils n’ont pas encore leur propre vaccin. Cela n’a malgré tout pas empêché les pays européens de signer les bons de commande pour des millions de doses de vaccins qui n’existent pas… Alors, pourquoi les labos s’en feraient-ils ?

Le bon sens et l’intérêt collectif voudraient que ces laboratoires travaillent ensemble et qu’ils mettent en commun brevets et moyens de production pour produire au plus vite et massivement les vaccins susceptibles de sauver des vies. Mais, concurrence et profit obligent, Pfizer et Moderna veulent garder le contrôle de la poule aux œufs d’or ; quant à Sanofi, il ne fera que ce que lui dictent ses profits et, pour l’heure, il continue de chercher à mettre au point son propre vaccin.

Les scientifiques ont mené une véritable course contre la montre et ils ont réalisé, en dix mois, ce qui prend habituellement plusieurs années. Maintenant, un temps précieux va être perdu à cause des calculs de rentabilité des uns et des autres. La propriété privée, la loi du profit et la concurrence sont les causes de ce gâchis.

Les États ont leurs plans de vaccination, mais les multinationales pharmaceutiques ont le dernier mot en fixant leurs prix, leurs délais et leurs volumes. Les gouvernements leur demanderont poliment d’accélérer les cadences, mais en bons défenseurs de la propriété privée, ils s’inclineront devant les choix des labos.

Les labos pharmaceutiques imposent leur diktat en vertu de la sacro-sainte propriété privée. Mais d’où viennent ces capitaux privés sinon de l’exploitation des travailleurs ! Et combien de ces capitaux proviennent du pillage de l’argent public ?

Le domaine de la santé est un de ceux que les États subventionnent le plus. Combien les gouvernements ont-ils dépensé pour aider la recherche sur les vaccins ? Combien ont-ils avancé pour qu’ils soient développés ? Combien de subventions les usines de production encaisseront-elles ? On n’arrive même pas à le savoir parce que toutes ces informations sont tenues secrètes.

Ce qui est exclusivement privé, ce sont les profits et les dividendes. Et cette crise sanitaire est le jackpot pour les labos. On le voit aussi avec les tests PCR : ils sont facturés 46 € en Belgique, 50 € en Allemagne, 30 à 40 € en Espagne… et 73,59 € en France. Pourquoi ces différences ?

En décembre, suite à une bourde, les prix des vaccins avaient été temporairement rendus publics et il a été possible de voir que le coût pour la sécurité sociale serait de 280 millions d’euros. C’est ce que vont empocher les labos, rien que pour la Belgique et rien que pour cette année.

A un moment ou à un autre, c’est à nous que la facture sera présentée, au plus grand bonheur des labos.

L’opacité des contrats et des prix, la rapacité des trusts pharmaceutiques, les difficultés de production et de livraison illustrent les tares du capitalisme. Il n’y aura rien de collectif et de constructif dans cette société tant que domineront la propriété privée des grands moyens de production, les lois du marché et la concurrence. Il faut les combattre parce qu’elles représentent un incroyable gâchis. Imposer la suppression des brevets et du secret commercial, imposer le contrôle ouvrier sur la production, et l’expropriation des grands groupes capitalistes, c’est une nécessité pour tous !