Edito

Plus dure sera la chute

La réponse des politiciens belges à la série impressionnante de mobilisations des jeunes et de manifestations nationales a été une nouvelle démonstration de leur médiocrité. Ils n’ont même pas été capables de se mettre d’accord sur la « Loi Climat » proposée par un groupe de scientifiques. Et pourtant, cette loi est tout sauf contraignante : elle propose de donner des objectifs communs et de mettre en place des commissions pour coordonner les initiatives au niveau national. Rien de bien révolutionnaire mais c’est déjà trop pour la NVA et le MR pour qui la liberté de faire des profits est plus importante que l’avenir de la planète. A la fin des fins, le MR, pour ne pas passer pour le mauvais élève climatique, a déclaré du bout des lèvres qu’il voterait en faveur du texte, mais seulement quand il a été certain qu’il n’y aurait de toute façon pas de majorité pour le voter au parlement.
Le patronat, par la voix de la FEB, s’est dit opposé à une loi, par crainte qu’elle puisse servir à condamner les entreprises polluantes pour leur inaction.
Qu’on ne s’y trompe pas : loi ou pas, ce n’est pas ça qui va changer les choses. Il est évident qu’aucun politicien de droite ou de gauche ne va prendre l’initiative de faire payer quoi que ce soit au patronat. Certes, les partis d’opposition voient là une occasion d’attirer les faveurs des jeunes électeurs à la veille des élections législatives et européennes, mais il est bien connu que les promesses électorales sont la première chose que les politiciens oublient au lendemain du vote.
Certains seront peut-être frappés de voir à quel point la classe politique semble sourde à toute forme de contestation alors même que des dizaines de milliers de jeunes et moins jeunes ont manifesté à plusieurs reprises pour que des mesures urgentes soient prises afin de juguler la crise écologique que le mode de production actuel prépare inéluctablement.
En réalité, cette surdité est bien plus générale. En France, les gilets jaunes se mobilisent depuis plusieurs mois de façon déterminée et parfois violente, mais Macron félicite la police et refuse de changer sa politique antisociale. Au Royaume-Uni, plus d’un million de personnes ont manifesté contre le Brexit et plusieurs millions ont signé une pétition dans le même sens, mais la Première ministre May et ses acolytes maintiennent leur cap comme si de rien n’était. Et puis, combien de manifestations nationales n’ont-elles pas déjà eu lieu, sans que cela fasse reculer le gouvernement d’un millimètre sur les sauts d’index, les pensions, etc.
En réalité, dans un monde capitaliste, la voix des milliards de travailleuses et travailleurs qui font tourner l‘économie ne compte pas. Il est inutile d’espérer qu’un vote, une pétition ou un « référendum d’initiative populaire » fasse dévier d’un iota la machine à profits.
Ce serait une illusion de croire que les politiciens ne « comprennent » pas et que les mobilisations pourraient servir à leur faire prendre conscience de l’urgence climatique ou de l’injustice de la pension à 67 ans. La classe politique est parfaitement informée, chaque gouvernement et chaque parti disposent d’une armée d’experts pour les informer sur la situation économique, écologie ou sociale.
Le capitalisme est basé sur l’exploitation des travailleurs par le patronat. C’est une dictature économique que les plus riches imposent au reste du monde : travailler pour eux ou crever de faim. Cette dictature utilise l’apparence de la démocratie pour donner l’illusion que travailleurs et patrons seraient égaux dans un monde régi par des lois et un gouvernement au-dessus de la mêlée. Les politiciens perpétuent cette illusion. Les uns, les libéraux veulent faire croire que la richesse des entreprises va rejaillir sur les travailleurs, les autres, les socialistes, prétendent qu’on peut arrondir les angles et obtenir des compromis. Les uns comme les autres cherchent surtout à endormir les travailleurs pour que le patronat puisse continuer à engranger tranquillement ses profits.
Mais ces discours ne changent pas la réalité : la richesse et le pouvoir du patronat dépendent au bout du compte de la pauvreté et de la précarité des travailleurs. Bourgeois contre prolétaires, cela n’a pas changé depuis deux siècles.
On ne peut attendre des gouvernements ni compréhension vis-à-vis de la situation sociale des travailleurs, ni qu’ils forcent les entreprises à consommer des énergies renouvelables ou à retraiter leurs déchets à leurs propres frais.
Les travailleurs ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Leur force, c’est leur nombre et leur rôle central dans l’économie. Seules des grèves massives pourront faire reculer patrons et gouvernements, et imposer de meilleurs salaires tout comme des mesures pour le climat.

Algérie : la contestation populaire met le régime en crise

En Algérie, l’immense mobilisation de la population a finalement eu raison du président Bouteflika, qui a remis sa démission le 2 avril. C’est le résultat de l’énorme pression qu’exerce le peuple algérien depuis plus d’un mois mais aussi des pressions d’une partie de l’armée qui, depuis plusieurs jours, demandait que Bouteflika laisse la place.
Le retournement de veste du chef de l’armée, Gaïd Salah, en faveur de la démission de Bouteflika est apparue aux yeux du peuple algérien pour ce qu’elle est : une énième tentative de sauver le système. Très en colère et conscients que leur nombre serait décisif, c’est par millions que, vendredi 29 mars, les Algériens sont descendus dans la rue pour crier : « Gaïd Salah, toi aussi dégage ! ». Les opposants qui avaient collaboré avec le pouvoir étaient aussi la cible des manifestants : « Ce n’est pas aux corrompus d’organiser les élections ».
Des manifestations ont eu lieu dans toutes les villes du pays, même dans des petites localités, réunissant toutes les générations, des travailleurs, des femmes en nombre, des familles et de nombreux enfants, fiers et heureux d’être aussi nombreux.
La liste des entreprises en grève est longue : automobile, textile, alimentation, emballage, tous les secteurs sont touchés. Dans le secteur privé où la précarité est la règle, les pressions patronales sont plus fortes. Malgré tout, les travailleurs de LU, par exemple, se sont eux aussi mis en grève, en dépit des menaces du patron français de licencier les meneurs.
Les travailleurs, les classes populaires des villes et des campagnes, fiers de leur mouvement, soucieux de le préserver et de le faire aller de l’avant, expriment de l’hostilité et de la méfiance vis-à-vis de tous ceux qui veulent parler en leur nom. Cette méfiance est plus que légitime. Un véritable changement de système ne pourra venir que d’eux.

Brexit : La ronde des démagogues

Un million de Britanniques environ ont manifesté samedi 23 mars contre le Brexit, lors d’une des marches les plus massives que le pays ait connues. Le Parlement se déchire depuis des mois pour savoir s’il doit ratifier l’accord négocié avec l’Union européenne (UE). Et nul ne sait si et quand le Brexit aura lieu, ni quelles en seront les conséquences.
Il est d’ores et déjà manifeste que, pour les travailleurs britanniques, le bilan n’est pas celui que promettaient les démagogues. Le pays, disaient-ils, retrouverait sa souveraineté. À les entendre, l’argent donné à l’UE serait désormais utilisé pour améliorer le service de santé, et le niveau de vie progresserait. Trois ans après, l’avenir radieux promis par les marchands d’illusions s’est transformé en cauchemar.
Les économies des différents pays européens sont maintenant entremêlées et, une fois qu’on a fait une omelette, on ne reconstitue pas aisément les œufs. Chaque bien manufacturé est fabriqué dans plusieurs pays. Par exemple, dans l’automobile britannique, la majorité des pièces traversent plusieurs fois la Manche avant d’être assemblées, pour des voitures souvent vendues… sur le continent européen. Avec le Brexit, les multinationales réorganisent leur production à l’échelle européenne et des dizaines de milliers de suppressions d’emplois sont programmées. Alors que plus de 10 000 camions franchissent la Manche chaque jour, rétablir des contrôles douaniers serait lourd de conséquences. Aussi les Britanniques font déjà des stocks de médicaments, qui viennent aux trois quarts du continent, et pour lesquels, comme dans le cas de l’insuline, des retards d’acheminement peuvent être dramatiques.
Les partisans du Brexit dénonçaient l’immigration européenne. Mais, comme ici, de nombreux secteurs, du bâtiment à l’agriculture, des hôpitaux à la restauration, seraient incapables de fonctionner sans les immigrés. En opposant les Britanniques aux étrangers, en renforçant le racisme et la xénophobie, le Brexit a divisé les travailleurs et les a donc affaiblis face aux capitalistes.
En Irlande du Nord, longtemps ravagée par une guerre civile, le rétablissement d’une frontière avec la République d’Irlande, au sud, menace de rouvrir des plaies encore à vif.
En 2016, de nombreux Britanniques ont été abusés par les politiciens favorables au Brexit qui s’avère tourner à la catastrophe pour eux. Cela n’empêche pas des politiciens de continuer à défendre le même genre d’idées en Italie, en Hongrie ou en France.
Bien sûr, l’Union européenne n’a pas été construite pour les peuples. Tout y a été fait pour les capitaux et la finance. Les grandes banques et les multinationales d’Europe de l’Ouest ont maintenant accès à un vaste marché de plus de 500 millions d’habitants. Les pays les plus riches ont assis leur domination économique sur les pays les plus pauvres. Et c’est cette unification capitaliste que défendent les partis pro-européens.
L’UE n’a pas unifié les peuples. Elle n’a pas harmonisé les droits des salariés. Aujourd’hui, en Europe de l’Est, le salaire minimum reste partout inférieur à 500 euros. La Grèce, l’Espagne et le Portugal ont été ravagés par le chômage. Même les droits des femmes n’ont pas bénéficié de la construction européenne. Les Irlandaises ont dû se battre pour le droit à l’avortement, qu’elles n’ont obtenu que tout récemment, et les Maltaises et les Polonaises en sont privées.
Alors, le bilan de l’UE n’est certes pas glorieux. Mais celui des différents États nationaux n’est pas meilleur ! Les attaques contre le monde du travail ont été décidées par les gouvernements de chaque pays.
À l’approche des élections européennes, les pro et anti-UE s’affrontent. C’est une mise en scène et un faux combat. Le gouvernement de Salvini veut obliger les chômeurs à accepter n’importe quel emploi, tout comme Macron le fait avec ses décrets anti-chômeurs et Michel avec ses Flexi-jobs.
En réalité, la seule opposition qui compte, c’est celle entre les travailleurs et le grand capital. Quelle que soit leur nationalité, les travailleurs d’Europe, les travailleurs du monde ont les mêmes intérêts : défendre leur emploi, leur salaire et leur pension ; contrôler l’économie afin qu’elle fonctionne pour le bien de tous.

Clabecq : Bilan d’une lutte

Le travail a progressivement repris à l’usine sidérurgique de NLMK-Clabecq, après près de sept semaines de grève.
Tout a commencé le 17 janvier, quand la direction a annoncé un plan de restructuration : licenciement de la moitié du personnel – soit 290 travailleurs – gel des salaires pendant trois ans, révision des primes à la baisse, augmentation de la polyvalence et de la flexibilité.
Les ouvriers sont immédiatement partis en grève, fermant les grilles de l’usine et installant un piquet bloquant tandis que les directeurs s’enfuyaient peureusement à pied par des chemins dérobés.
Personne ne se doutait alors que le mouvement allait durer aussi longtemps.
Il est rapidement apparu que la direction russe de l’usine voulait utiliser la manière forte, refusant de négocier quoique ce soit avec la délégation syndicale. Mais il est aussi devenu très vite évident que la délégation menait la lutte avec des pieds de plomb. Elle n’a organisé aucune assemblée générale. Pendant des semaines, les discussions avec le patron se sont tenues dans le plus grand secret et les ouvriers, maintenus dans une attente permanente et usante, ne recevaient des informations qu’au compte-goutte.
La seule initiative des délégués a été, à partir du 11 février, de faire bloquer les sorties de camions sur les autres sites de NLMK, à Manage et La Louvière que la direction a fait lever avec les huissiers et des auto-pompes. Mais ils n’ont pas fait en sorte que les ouvriers des différents sites entrent en contact. Au contraire, selon eux, il ne fallait surtout pas demander la solidarité des ouvriers de La Louvière puisque lors du dernier conflit à La Louvière, les ouvriers de Clabecq leur ont tourné le dos. Voilà une morale qui fait bien l’affaire des patrons ! Et puis, ce sont des choix qu’ont fait les délégations des usines sans jamais demander l’avis des ouvriers. Or, ce qui inquiète vraiment le patronat, ce ne sont pas tant les blocages de camions, que de voir les travailleurs des différentes usines s’unir et prendre conscience de la force énorme qu’ils constituent
Cherchant une issue, des ouvriers ont pris l’initiative d’appeler à une manifestation le 18 février à Tubize. Les délégués ne s’y sont pas opposé mais n’ont rien fait pour que ce soit un succès. Il y a quand même eu plus de 200 travailleurs. De retour à l’usine, certains ouvriers voulaient continuer, d’autres aller à La Louvière,
mais aucune direction claire n’est venue des délégués. Ils se sont contentés de remercier les ouvriers d’être venus…Pendant ce temps, la direction a organisé un référendum pour la reprise du travail que la plupart des ouvriers ont spontanément boycotté.
En fin de compte, fatigués d’attendre, les ouvriers ont commencé à s’organiser eux-mêmes, en commençant par une assemblée générale, le vendredi 8 mars, suivie d’une autre le dimanche suivant. Ils avaient là, enfin, la possibilité de s’exprimer, de faire des plans, d’établir leurs revendications et surtout de décider eux-mêmes de la suite à donner à leur mouvement.
Malheureusement, dès le lundi, la direction a fait donner la police pour évacuer l’usine. Les ouvriers ont déplacé le piquet de l’autre côté de la rue, mais là c’est le bourgmestre qui les a délogés.
Au même moment, les grévistes ont reçu un mail de la part des délégués qui leur « conseillait » de répondre positivement aux convocations de la direction pour reprendre le travail. Ils n’ont même pas osé venir se présenter devant les ouvriers !
Au cours des restructurations, bien des travailleurs ont eux aussi vécu cette attente épuisante, sans informations, sans assemblées, pendant que les délégués discutaient en secret avec la direction de leur entreprise. Ils peuvent comprendre l’importance du pas en avant qui a été fait par les ouvriers de Clabecq lorsqu’ils ont décidé d’organiser eux-mêmes leur propre assemblée de grévistes.
Aujourd’hui, la grève a cessé, les salaires sont payés mais le travail n’a pas encore repris. La direction a reculé sur le blocage des salaires et les primes sont maintenues jusqu’en 2020. Bien sûr, beaucoup d’ouvriers sont amers et en colère de s’être battus comme des beaux diables pendant si longtemps sans savoir dans quelle direction se tourner. Néanmoins, c’est quand ils ont commencé à s’organiser que la direction à fait un pas en arrière. Et cette expérience-là, les ouvriers de Clabecq ne sont pas prêts de l’oublier. Rien n’a changé concernant les licenciements, mais rien n’est terminé.
Cette grève à Clabecq nous rappelle que les travailleurs peuvent s’organiser par eux-mêmes et cesser d’attendre que d’autres les défendent à leur place. Elle montre aussi l’urgence qu’il y a de s’organiser pour ne plus être pris au dépourvu et pour être prêts à rendre coup sur coup au patronat.

Marre des miettes ! Défendons les intérêts des travailleurs

Comme tous les deux ans, patronat, gouvernement et syndicats négocient un accord interprofessionnel qui va fixer les augmentations de salaires maximales.
Et comme à chaque fois on assiste à une bataille de chiffres entre les uns et les autres. Maximum 0,8% selon les patrons, au moins 1 ou 1,5% selon les syndicats. Dans les deux cas, c’est bien insuffisant.

Le dernier rapport d’Oxfam sur la richesse colossale d’une infime minorité d’ultra-riches a remis en lumière l’immensité des inégalités sociales, partout sur la planète. Quand il y a autant de richesses accumulées, quel sens cela a-t-il que des ouvriers, des employés ou des pensionnés, qui travaillent, qui ont travaillé toute leur vie n’arrivent pas à vivre décemment ? Pourquoi vouloir acculer encore plus les chômeurs à la misère, alors que les entreprises qui les ont licenciés continuent à faire des profits ? Quel avenir pour les jeunes, condamnés à être flexibles, à accepter des salaires ridicules où à rejoindre eux-aussi les rangs des chômeurs ?
Tout cela au nom de la productivité des entreprises ! Uniquement parce que la richesse des actionnaires dépend de chaque centime dont ils privent les salariés. C’est la loi de l’économie capitaliste que Marx a dénoncée il y a déjà plus de cent cinquante ans et que les travailleurs subissent tous les jours : les capitalistes s’enrichissent avant tout en ne payant pas aux travailleurs la vraie valeur de leur travail. Plus les salaires baissent, plus les profits augmentent.
Le capitalisme se nourrit de l’injustice.
C’est dans sa logique même de réduire les salaires le plus possible et payer le moins d’impôts possible et de faire ainsi peser le poids de la société sur le reste de la population, cette immense majorité qui n’a justement pas de moyens. Le rôle des gouvernements est uniquement de gérer cette injustice sociale profonde, de maintenir les salaires bas par des lois sur la compétitivité, de réduire les services publics à peau de chagrin, laissant aux travailleurs des écoles délabrées, des hôpitaux en sous-effectifs et des trains en retard.
Le gouvernement se pose en arbitre, mais c’est un arbitre corrompu : tous les partis défendent ouvertement le patronat. Le MR qui nous éreinte avec ses flexi jobs et la pension à 67 ans, la N-VA qui veut en finir avec l’indexation des salaires, l’Open VLD qui veut limiter encore plus les allocations de chômage dans le temps, le CD&V qui refuse de toucher à cette fameuse loi sur la compétitivité, etc.
Encore et toujours, les partis politiques répètent que la santé de l’économie exige encore et toujours plus de sacrifices de la part des travailleurs. Mais ce n’est évidemment que de la santé des profits patronaux dont ils se préoccupent.
Dans le contexte des négociations de cet accord interprofessionnel, les syndicats ont appelé à une grève nationale le 13 février et elle a été massivement suivie. Il faut que le patronat se rende compte que le monde du travail ne se laissera plus faire et qu’il n’a pas d’autre choix que d’augmenter sérieusement les salaires, les pensions et les allocations.
Les directions syndicales se sont réjouies d’avoir obtenu 1,1% au lieu des misérables 0,8% proposés par le patronat, mais ce n’est pas une victoire pour autant. Ce ne sont pas 10 euros par mois de plus qui vont réellement changer le sort des familles populaires. En réalité, il faudrait au moins 300 à 400 euros d’augmentation par mois pour compenser des années de perte d’un pouvoir d’achat, amputé par les sauts d’index et les statistiques truquées.
Quoi qu’on obtienne, il faudra plus qu’un jour de grève pour y arriver.
Les attaques patronales se succèdent, mais il y a aussi des réactions. Le mouvement des Gilets Jaunes, les manifestations des Jeunes pour le Climat montrent que nous sommes de plus en plus nombreux à ne plus accepter le mélange de misère et de catastrophes écologiques que le capitalisme nous propose comme avenir.
La grève du 13 février pourrait être un point de départ pour mobiliser d’autres couches du monde du travail. Plus il y aura de telles mobilisations, plus les travailleurs se rendront compte de la force réelle qu’ils représentent, plus il sera possible de faire plier la bourgeoisie et voire même à terme contester son pouvoir sur la société.

Pour les travailleurs, pas d’avenir sans luttes

Proximus a annoncé en janvier un plan de restructuration qui prévoit 1900 licenciements.
Le prétexte invoqué est de se « préparer aux changements ». Une semaine plus tard à peine, le groupe NLMK annonçait à son tour son intention de licencier 290 personnes aux Forges de Clabecq, soit la moitié du personnel. NLMK voudrait en outre imposer aux travailleurs qui resteraient une flexibilité accrue et un blocage des salaires pendant plusieurs années. Dans les deux cas, l’avenir de l’entreprise sert de prétexte à la restructuration.
Pourtant, ni Proximus, ni NLMK ne sont des entreprises en difficulté. Sept milliards de bénéfices en 2018 pour la première et douze milliards de chiffre d’affaires pour la seconde. Les 240 millions de salaires que Proximus voudrait économiser sont bien inférieurs aux 500 millions payés chaque année aux actionnaires qui, eux, ne produisent rien. La direction a récemment refusé de réduire ces dividendes car cela « ne serait pas bon pour les actions ».
Ce n’est de toute façon pas une question de
chiffres. Les entreprises de cette taille disposent d’experts en montages financiers pour maquiller
les chiffres et escamoter discrètement leurs bénéfices. Quand bien même les bilans comptables afficheraient des pertes, cela n’empêche pas que,
pendant des années, les actionnaires ont empoché les profits créés par le travail des salariés. Et pendant ces années, les directeurs ont été grassement payés pour maximiser ce profit en imposant la polyvalence et la flexibilité, en augmentant les cadences, en rognant sur la sécurité, en réduisant les effectifs et en faisant jouer le chantage à la fermeture pour faire accepter aux travailleurs des baisses de salaires. Mais rien n’y fait, quand les actionnaires trouvent ailleurs de meilleurs rendements financiers, ils lâchent tout pour se jeter sur une nouvelle proie, sans aucun scrupule et sans aucun égard pour ceux qui les ont enrichis par leur labeur.
Alors, cette vieille rengaine patronale selon laquelle il faudrait que les travailleurs se sacrifient pour sauver l’entreprise et l’emploi est un mensonge. Cette chanson est reprise en chœur par les politiciens et les médias pour démoraliser et culpabiliser les salariés licenciés qui souhaiteraient se défendre.
De tous temps, les patrons ont usé et abusé de cet argument. Aux Forges de Clabecq, par exemple, dans les années nonante déjà, les 2000 salariés avaient accepté une baisse « temporaire » de leurs salaires pour préserver l’entreprise et les emplois. Cela n’a pas empêché la mise en faillite de l’usine en 1997, à peine quelques années plus tard.
Lors de la grève qui a suivi la fermeture, les travailleurs de Clabecq ont réussi à mobiliser au-delà de leur propre entreprise. Cela a culminé avec la « marche multicolore pour l’emploi » qui a rassemblé 70 000 travailleurs de toute la Belgique, alors même que les directions syndicales ne soutenaient pas le mouvement. C’est cette extension de la mobilisation qui a contraint la région wallonne à trouver un repreneur, Duferco, à qui elle a offert l’usine sur un plateau pour la relancer et calmer le mouvement social.
Il n’y a pas qu’à Proximus et NLMK où l’on licencie. On pourrait aussi citer Coca-Cola, Nokia, Ikea, New-Look, la Sonaca, etc. Ce sont autant d’attaques mais aussi autant de travailleurs qui auraient intérêt à briser leur isolement et unir leurs mouvements de résistance. Ce n’est pas facile, mais c’est la seule solution. Le mouvement des gilets jaunes et la réussite de la grève du 13 février ont montré qu’il y a bien des travailleurs qui sont prêts à se mobiliser pour défendre leur droit à un salaire décent.
Le patronat possède une armée d’experts pour presser les travailleurs comme des citrons, il peut compter sur les politiciens pour édicter des lois sur mesure pour bloquer les salaires ou les empêcher de se défendre, il dispose de journaux et de télés pour propager son idéologie de soumission aux prétendues lois du marché.
Les travailleurs n’ont rien à attendre de l’État et des politiciens, qu’ils soient de gauche ou de droite. A Clabecq comme à Proximus, le fédéral et la région sont actionnaires mais ils ne font rien pour influencer les décisions car le rôle de l’État est de défendre la logique du profit. Le patronat fait de la politique, il mène sa politique.
Les travailleurs ont un besoin vital de mener eux aussi leur propre politique, de s’organiser pour défendre leur intérêt collectif, au-delà des frontières et des divisions entre entreprises, statuts, langues ou origines. Une mobilisation large permettrait de faire reculer l’ensemble du patronat plutôt que de se défendre entreprise par entreprise. Le camp des travailleurs prendrait alors la mesure de sa force réelle et cela ne pourra que le renforcer pour les luttes futures.

Pour une riposte du monde du travail

2018 a été une année de plus d’attaques répétées contre les classes populaires, d’une misère accrue et de régression sociale.
Le gouvernement et les employeurs, armés de rapports du FMI ou d’universitaires, prétendent aujourd’hui que le pouvoir d’achat a augmenté et que le chômage a baissé. Ce mensonge ne tient pas.
Les travailleurs ne s’y trompent d’ailleurs pas. Les fins de mois sont toujours plus difficiles, il faut toujours plus se serrer la ceinture.
Les prix ont augmenté. Ce n’est pas seulement le coût des carburants qui a décollé mais aussi celui de denrées et de services aussi indispensables que le gaz (+17%), l’électricité (+10%), les soins dentaires (+8%) et des produits alimentaires comme les pommes de terre par exemple (+11%).
Quant aux salaires, ils ont reculé. Entre 2015 et 2017, les salaires réels ont perdu 2,3%. Cela a continué cette année. Les raisons sont à chercher dans le saut d’index et, de façon plus générale, dans le chantage à l’emploi que les patrons font peser sur les travailleurs.
Les statistiques qu’utilisent le gouvernement et les employeurs sont tronquées. Elles intègrent dans leurs moyennes tous les privilégiés qui ne tirent pas leurs revenus de leur travail, contrairement à l’immense majorité de la population.
Pour ce qui est du chômage, il est bien loin de diminuer. Les statistiques officielles de l’ONEM dénombraient 365 000 chômeurs indemnisés au premier semestre 2018, mais il faudrait y ajouter plus de 150 000 chômeurs sans indemnités. C’est en laissant dans l’ombre plus du tiers des sans-emplois que le gouvernement tente de cacher que sa politique ne profite qu’aux riches.
Ainsi, le Tax-shift a permis au patronat de faire des économies de cotisations au détriment de la sécurité sociale tandis que la réduction de l’impôt sur les sociétés a été synonyme de coupes dans les services publics que les classes populaires sont les premières à subir.
Face à ces attaques, il n’a pas toujours été facile pour les travailleurs de s’organiser et de s’unir pour résister efficacement au gouvernement et au patronat.
Dans le secteur public, les fonctionnaires sont entrés plusieurs fois en grève. Cependant, les syndicats ont organisé trop peu de jours d’action pour que le gouvernement se sente menacé.
A la SNCB, plusieurs jours de grève n’ont pas réussi à faire abandonner les projets du gouvernement sur les retraites. A Bpost, une grève de 5 jours contre la détérioration des conditions de travail décidée par les syndicats a amené nombre de travailleurs qui n’avaient jamais fait grève à débrayer. Nombreux sont ceux qui n’ont pas accepté la capitulation syndicale qui a suivi, ont refusé l’accord proposé et continué le mouvement encore plusieurs jours. Chez Ryanair et AviaPartner, les travailleurs en grève ont réussi dans les deux cas à faire plier la direction. De nombreux autres secteurs, dont la distribution avec Carrefour-Mestdagh, ont été touchés par des annonces de vagues de licenciements et les salariés sont aussi entrés en lutte.
Tout cela montre que, quoi que veuillent faire croire les politiciens bourgeois, et malgré les coups et les reculs, le monde du travail peu se mobiliser pour se défendre.
Une preuve de plus en a été donnée à la fin de l’année quand de nombreux travailleurs, encouragés par les gilets jaunes en France, se sont mobilisés contre le gouvernement et la cherté de la vie.
Ce mouvement spontané reste disparate, sans unité, traversé par un mélange d’idées qui reflétait une composition sociale hétéroclite allant des travailleurs salariés aux petits patrons indépendants. Il n’est pas clair qui, des uns ou des autres, donnera le ton.
C’est la classe ouvrière qui fait fonctionner toute l’économie. Elle possède un atout essentiel pour faire plier le patronat : la grève. Les gilets jaunes, en restant à l’écart du mouvement ouvrier, se privent de cette arme essentielle.
Aujourd’hui, les travailleurs ont un besoin vital d’une augmentation générale des salaires, des pensions, des allocations et de l’embauche. Alors, il faut souhaiter que 2019 soit l’année de la riposte du monde du travail !

C’est dans les entreprises que le combat doit se mener

La journée d’action du 14 décembre contre la réforme des pensions et pour l’augmentation du pouvoir d’achat a été un franc succès. Les lignes des TEC en Wallonie et de De Lijn en Flandre étaient quasi totalement à l’arrêt, des zonings ont été bloqués ainsi que des centaines de grandes entreprises, aussi bien dans le secteur de la métallurgie que du textile, avec parfois 100% de grévistes. Des hôpitaux et des écoles se sont joints au mouvement. Des convois ont mené des actions escargot sur les routes tandis que d’autres actions étaient menées sur les ronds-points des centres-villes.
Isolés dans leur bulle, les politiciens et les médias avaient pour unique préoccupation les éternelles bisbilles politiciennes de la N-VA, du MR et des autres. Ils en viennent à considérer comme acquis que les travailleurs accepteront éternellement sans réagir à l’humiliation et aux privations qu’ils leur sont imposées.
L’histoire devraient leur avoir appris qu’ils ne doivent pas compter là-dessus. L’ampleur du mouvement a été bien au-delà des habituels bastions syndicaux. Les syndicats ont eux-mêmes reconnu qu’ils avaient été surpris par la volonté des travailleurs de faire grève.
Il est clair que le mouvement des gilets jaunes des semaines passées a donné envie à d’autres travailleurs d’entrer eux-aussi en lutte. Des grévistes racontent comment, au zoning de Courcelles par exemple, les piquets syndicaux cohabitaient avec ceux des gilets jaunes dans une ambiance fraternelle. Certains gilets rouges ou verts déclaraient d’ailleurs être gilets jaunes les autres jours ! C’est assez logique, car ils sont animés par la même volonté, celle de combattre la pauvreté grandissante des couches populaires.
Tous, travailleurs, chômeurs, pensionnés sont confrontés aux mêmes difficultés. Les fins de mois, les frais scolaires, les soins de santé réservés aux enfants, les privations permanentes, tout cela pèse toujours sur les mêmes. Certaines familles en sont réduites à compter sur l’aide des instituteurs pour nourrir les gamins à l’école. Un tel niveau de pauvreté dans un pays riche comme la Belgique, est une honte.
Le gouvernement Michel, non content de maintenir le blocage des salaires, y a ajouté des sauts d’index et surtout le report de l’âge de la retraite à 67 ans. Tout cela au nom de la dette de l’État, alors que cette dette vient principalement des cadeaux aux entreprises sous la forme de baisses successives des cotisations patronales. On en est au point où, selon les statistiques européennes officielles, la Belgique est le pays de la zone euro où le salaire a le moins augmenté et où les charges patronales ont le plus diminué.
La Belgique est candidate au titre de paradis des patrons et Michel voudrait gagner la course. Que cela provoque la colère des travailleurs est inévitable, la seule incertitude est quand.
L’étincelle des gilets jaunes a probablement aidé à la réussite du mouvement, mais elle n’explique pas tout. Chaque année il y a des grèves et des manifestations auxquelles les travailleurs répondent présents. Si le mouvement des gilets jaunes a pris cette ampleur, c’est justement parce qu’il est en partie composé de travailleurs plus déterminés à agir que leurs propres syndicats et qui ne se reconnaissent pas dans des structures syndicales qui n’organisent pas la lutte pour leurs revendications. Tous les travailleurs le savent et le disent : ce n’est pas en avec une manifestation par an qu’on peut forcer un gouvernement à céder quoi que ce soit.
L’organisation d’un micro rassemblement devant la FEB ce 14 décembre, au lieu d’une vraie manifestation, tout comme l’absence de mot d’ordre de grève à la SNCB, dans l’enseignement et à la Stib, montrent bien que les syndicats n’ont rien vu ou compris de la situation actuelle et en tout cas qu’ils ne sont pas prêts à organiser les grèves nécessaires. Alors, tant mieux si les travailleurs les ont surpris par leur détermination ce vendredi, et tant mieux si certains, en endossant un gilet jaune, ne les ont pas attendus pour agir !
Mais, les gilets jaunes se revendiquent d’être le Peuple et c’est là que le bât blesse. Car il n’y a pas de Peuple, il n’y a que des exploités et des exploiteurs. Le Peuple est un mot fourre-tout qui avait tout son sens au XVIIème siècle à l’époque de la Révolution française lorsqu’il représentait la population opposée à l’aristocratie, parasite au-dessus de la société. Le Peuple, c’est une communauté d’individus, aux intérêts divers voire contradictoires, réunis par leur opposition au pouvoir politique.
Nous ne sommes pas le Peuple, nous sommes la classe des travailleurs, la classe des exploités et nous sommes dans une guerre contre le grand capital, contre la classe des exploiteurs. Que ce soit pour gagner la bataille ou la guerre, il faudra que la lutte se mène dans les entreprises, là où nous sommes une force.

Les travailleurs doivent prendre le contrôle de la société !

Démarré mi-novembre en France, le mouvement des Gilets jaunes a fait tache d’huile en Belgique et il continue malgré le concert de commentaires négatifs dans les médias et la classe politique.
Certes, les uns comme les autres disent comprendre le désarroi social des Gilets jaunes. Mais en pratique, les médias font leurs premières pages sur les dégâts occasionnés lors des manifestations. Les moins négatifs limitent leurs critiques à pointer du doigt l’absence d’organisation et de revendications claires, les autres accusent le mouvement de flirter avec le populisme, voire l’extrême droite.
De l’autre côté, les politiciens renchérissent en dénonçant les débordements inacceptables. Eux aussi reconnaissent du bout des lèvres qu’il y a un problème social à la base du mouvement, mais ils s’abstiennent évidemment de proposer quoi que ce soit de concret pour y répondre. Charles Michel, par exemple, a dit entendre le message – mais il ajoute aussitôt que son Tax Shift va tout résoudre et ensuite que c’est la faute au… changement climatique ! « Il ne faut pas faire croire que l’argent tombe du ciel, quelqu’un doit payer, si ce sont les entreprises, ce sont des emplois potentiels qui sont en jeu ». Tous ceux qui travaillent dur, jour après jour, toute leur vie, apprécieront qu’un ministre qui gagne 10 000 euros par mois leur fasse la morale sur « l’argent qui ne tombe pas du ciel ». Surtout quand il s’acharne à les faire travailler encore plus longtemps et à réduire les impôts de ces bourgeois qui vivent du travail des autres !
Même son de cloche dans les autres partis : tous prétendent avoir entendu le message, se défaussent les uns sur les autres et attendent que la répression policière et la lassitude aient raison du mouvement pour reprendre le train-train des affaires.
Médias et politiciens partagent un point commun à propos des Gilets jaunes : le mépris pour un mouvement qui est parti d’une colère profonde de ceux dont ils attendent qu’ils subissent leur sort en silence.
Il n’y a qu’à voir la manière dont le même Charles Michel et les médias ont encensé la marche pour le climat pour se rendre compte qu’il y a deux poids et deux mesures ! Le dimanche, il n’y avait pas d’autopompes en embuscade, ni de policiers en civil pour arrêter les manifestants à la descente du train…
Il est vrai que le mouvement des gilets jaunes n’est pas homogène et structuré. On y retrouve tant des salariés, des chômeurs ou des pensionnés que des petits indépendants. Beaucoup ont un travail et viennent par solidarité. Tous partagent la difficulté à joindre les deux bouts et ne supportent plus d’être des laissés pour compte, de devoir porter, année après année, tout le poids de l’austérité sans rien recevoir en échange.
Leur première cible sont les taxes et particulièrement celles sur le diesel. Combien de travailleurs dépensent entre 200 et 300 euros par mois pour se rendre à leur travail, parce qu’il n’y a pas de transports publics sur leur trajet, ou à l’heure à laquelle ils vont au travail ? Pour ceux-là, chaque hausse du prix de l’essence les pousse un peu plus vers la précarité et on peut comprendre pourquoi l’augmentation des accises a pu déclencher leur colère. Mais beaucoup vont au-delà et dénoncent plus généralement les salaires trop bas et l’injustice sociale d’une société uniquement tournée vers le profit. Pour d’autres, le problème n’est pas tant de payer des taxes que de ne rien recevoir en retour : pas de profs dans les écoles, ni d’infirmières dans les hôpitaux, pas assez de bus ou de trains.
La colère qu’ils expriment, chacun à leur manière, et la violence qui ressort des manifestations sont le reflet de la violence de la société à l’égard des couches populaires, condamnées à la précarité par l’appétit de profits des capitalistes. Devoir choisir entre nourrir ses enfants ou se soigner, c’est violent, mais c’est pourtant le sort d’un foyer sur cinq en Wallonie et c’est ce que les gouvernants voudraient qu’on accepte en silence, avec leur pitié pour seule consolation.
Le manque de clarté des revendications, parfois contradictoires, reflète le manque d’unité politique. Il n’est pas évident pour tous que c’est le capitalisme qui est responsable de cette situation et que les gouvernements n’en sont que les gestionnaires.
Des voix parmi les Gilets jaunes disent qu’il ne suffira pas d’obtenir un recul sur les taxes. Effectivement, quoiqu’il cède, le gouvernement cherchera aussitôt à le reprendre. Le seul moyen de sortir de ce cercle vicieux, ce serait d’imposer un contrôle de la population sur les comptes de l’État et des grandes entreprises. On verrait alors où va l’argent des impôts ainsi que les milliards créés par notre travail. Et il faudrait aussi imposer une hausse générale des salaires au détriment des profits. Voilà des revendications qui pourraient unir les travailleurs. Et cette union, c’est leur force.

Plus que jamais la lutte des classes

Journalistes et intellectuels peuvent bien clamer que les classes sociales n’existent plus et que la lutte des classes est une histoire ancienne, il suffit d’observer la situation sociale pour se convaincre du contraire.
Warren Buffet, l’une des premières fortunes mondiales n’expliquait-il pas « il y a une guerre des classes, c’est un fait. Mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui est en train de la gagner. » La Belgique ne fait pas exception, les conditions d’existence des classes populaires n’arrêtent pas de se dégrader. Depuis quelques semaines, des travailleurs se sont mobilisés chez Ryanair, AviaPartner, Bpost, Mestdagh, etc.
Dans la compagnie irlandaise, les grèves sont fréquentes et un mouvement à l’échelle européenne s’est construit. Suite aux dernières grèves fin octobre, la direction belge s’engageait à faire appliquer la législation locale, plus favorable aux travailleurs et garantissant de meilleures conditions de travail.
Le jour même de la conclusion de l’accord chez Ryanair, ce sont les travailleurs d’Avia Partner qui entraient en grève. Six jours plus tard, la direction a dû céder et passer un accord avec les syndicats. Les travailleurs ont obtenu la transformation de 27 contrats d’intérimaires en CDI, la prolongation de CDD et l’embauche de 40 intérimaires supplémentaires. De plus, alors même que la direction refusait toute intervention pour remédier au matériel défectueux, elle a consenti à débourser 3,2 millions d’euros pour son remplacement.
À BPost, les sous-effectifs et les cadences de travail démentes ont poussé les syndicats à organiser une grève tournante d’une semaine début novembre.
En effet, l’exploitation des travailleurs s’y était fortement aggravée ces dernières années : retour de l’engagement à la journée, chronométrage du tri, allongement des tournées, introduction de nouvelles machines augmentant les cadences, etc. À cette heure, les travailleurs n’ont pas gagné la lutte. Mais ils ont refusé d’accepter l’accord que les syndicats avaient signé avec la direction et les grèves ont continué.
Plus récemment, et sur un mode très différent, des travailleurs manifestent leur opposition à la hausse du prix de l’essence. Les Gilets jaunes comme ils s’appellent, bloquent les routes et les dépôts d’essence. Le mouvement est parti de France et s’est étendu au sud de la Belgique. Mais très vite, les manifestants, pour la plupart des travailleurs, ont exprimé leur ras-le-bol des petits salaires et de ne pouvoir joindre les deux bouts en fin de mois.
Le mouvement s’est organisé à la base, à partir des réseaux sociaux et sans lien avec les syndicats, raison qui explique en partie les réticences syndicales à l’égard des Gilets jaunes. Bodson, le président de la FGTB wallonne, estime aussi que les revendications contre les taxes sont trop partielles, qu’elles ne posent pas le vrai problème des travailleurs, celui des salaires trop bas.
Bodson n’a pas entièrement tort. Les taxes pèsent à la fois sur les travailleurs et sur les petits patrons. C’est la raison pour laquelle les uns et les autres se retrouvent dans le mouvement, sans doute de manière plus importante en France qu’en Belgique. Or, les taxes et les impôts servent de plus en plus à financer les profits des grandes entreprises. Si le gouvernement devait reculer sur les taxes, il se tournerait vers les classes populaires pour les ponctionner un peu plus et combler le manque à gagner pour la grande bourgeoisie.
Des salariés du public ou du privé, des chômeurs et des retraités participant aux blocages ont exprimé qu’ils n’en pouvaient plus des sacrifices et de devoir se serrer la ceinture d’un cran de plus pour se déplacer, ne serait-ce que pour aller au boulot ou pour essayer d’en trouver. Mais, s’ils veulent se battre pour leur droit à l’existence, les travailleurs doivent cibler les donneurs d’ordre : cette classe capitaliste pour laquelle le gouvernement est aux petits soins et qui mène la guerre aux travailleurs.
Aujourd’hui, les manifestants se déclarent apolitiques et par là expriment leur défiance vis-à-vis des partis traditionnels qui mènent tous une politique contre les classes populaires. Mais l’apolitisme est une chimère. Le monde du travail doit mettre en avant ses propres objectifs et se mobiliser sur ses propres revendications.
Pour l’instant on ne peut pas dire quelle direction va prendre ce mouvement. Lorsqu’un ancien membre du parti d’extrême droite de Modrikamen a essayé de lancer un nouveau parti au nom des Gilets jaunes, celui-ci a dû faire marche arrière devant le désaveu exprimé par les portes-paroles du mouvement. Mais hier encore, des militants de Nation, un groupuscule d’extrême droite, ont participé à des blocages.
L’intérêt des travailleurs est de montrer leur indignation sur leur terrain de classe. C’est le meilleur moyen d’empêcher toute récupération par des démagogues.