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En Iran, la contestation s’étend

Quatre semaines après l’assassinat de Mahsa Amini par la police des mœurs iranienne, la contestation ne faiblit pas en Iran. La répression, qui a fait plus de 185 morts, n’entame pas le moral des hommes et des femmes, parfois sans voile, souvent très jeunes, qui continuent de risquer leur vie pour descendre dans la rue et crier toute leur colère contre les dirigeants de la République islamique. Au contraire, la contestation ne cesse de s’étendre. De nombreux étudiants se rassemblent devant les universités pour dénoncer la pauvreté et la corruption en criant « mort à la dictature ». À Abadan, à Kengan et surtout dans la grande usine pétrochimique d’Assalouyeh, des travailleurs se sont mis en grève et ont manifesté. Ils montrent la voie à suivre pour balayer cette dictature réactionnaire qui les opprime. 

Les grévistes contre les privilégiés

Confrontée à un solide mouvement de grève qui paralyse les raffineries et les livraisons de carburant en France, la direction de Total a décidé de publier à combien se chiffrait le salaire moyen de leurs salariés. C’est une vieille méthode de patrons : après avoir opposé les grévistes aux automobilistes, ils voudraient diviser les travailleurs en fonction de leur fiche de paie. Évidemment, pour les patrons nous sommes toujours trop bien payés ! C’est parce que nos salaires sont si bas que leurs profits sont si élevés. Les vrais privilégiés ce sont eux. Les millions qu’ils accumulent n’ont rien à voir avec les salaires des travailleurs sur le dos desquels ils s’engraissent. Les voilà les vrais privilégiés, qui vendent le carburant plus cher et qui exploitent les travailleurs ! C’est contre eux que les travailleurs de Total et Exxon se battent.

Iran : la révolte vient des femmes

Le 16 septembre dernier, une étudiante de 22 ans, Mahsa Amini, est morte sous les coups de la police religieuse iranienne sous prétexte qu’elle ne portait pas correctement son voile. Cela a été la fois de trop pour la jeunesse iranienne. Des centaines de manifestations ont eu lieu dans le pays malgré une répression policière qui a déjà fait plus de 80 morts, des centaines de blessés et des milliers d’arrestations. Rien ne semble faire reculer ces jeunes qui ont soif de liberté. On a vu des jeunes femmes se couper publiquement les cheveux ou brûler leur tchador, en révolte contre cette société qui leur dicte jusqu’à la manière de s’habiller. Les slogans sont dirigés contre le régime militaro-religieux et son chef, l’ayatollah Ali Khamenei : « mort au tyran », « à bas l’oppresseur » ou encore « Femme, vie, liberté », un slogan d’origine kurde, comme la jeune fille, mais qui est repris par tous les manifestants sans distinction.

Un chanteur célèbre a été arrêté pour avoir écrit une chanson en soutien à la protestation ; elle est depuis reprise dans les manifestations et même par des lycéennes et lycéens qui postent des vidéos où ils la chantent et insultent les portraits des dirigeants.

On ne peut que se réjouir de voir l’énergie de ces jeunes filles et garçons ébranler l’ordre établi de ces vieux croulants engoncés dans une vision religieuse et archaïque du monde. Encore une fois, ce sont les femmes qui ont été le fer de lance du mouvement. Ce n’est pas un hasard : dans toutes les sociétés, et encore plus dans les sociétés dominées par la religion, ce sont elles qui sont les plus opprimées : elles n’ont pas le droit de faire les mêmes métiers que les hommes, elles gagnent moins, elles sont mises sous la tutelle de leur père, frère ou mari et elles doivent se cacher de la tête aux pieds dans un tchador noir. En cas d’adultère, elles sont condamnées à mort. Ceux qui parlent ici en Europe de la liberté de choix religieuse oublient vite que dans des pays comme l’Iran, la religion ne laisse aucun choix aux femmes ni aux hommes.

Alors oui, bravo à ces femmes et à tous ceux qui ont rejoint cette révolte.

Le président Khamenei a accusé les manifestants d’être manipulés par les Etats-Unis et Israël. Il est probable que les dirigeants occidentaux se réjouissent de tout ce qui peut nuire à un régime qui leur est hostile, mais les Iraniennes et les Iraniens qui se révoltent ne sont pas des marionnettes, ils savent très bien ce dont ils ne veulent plus et pourquoi ils sont prêts à mourir.

Et même si les Occidentaux voulaient un changement de régime, ils préfèrent la dictature au désordre et ils craignent les révoltes tout autant que Khamenei. 

Le régime militaro-religieux de l’Iran est hérité de la révolte de 1979 qui a permis à l’ayatollah Khomeini de prendre le pouvoir en s’appuyant sur la haine des couches pauvres envers la dictature corrompue du Shah, inféodée aux intérêts américains. Des paysans, des ouvriers, des jeunes sont morts par milliers pour s’en libérer mais ont hérité d’une nouvelle dictature, qui n’a de démocratie que le nom. Le régime de Khomeini est resté anti-impérialiste mais il a réduit à néant les droits des femmes, tandis que les syndicats indépendants sont interdits, tout comme les grèves. La prison, la torture ou les exécutions ont été systématiquement utilisées pour empêcher toute forme d’opposition politique. 

Les travailleurs ont malgré tout continué à lutter pour leurs salaires et leurs conditions de travail. Dans les transports publics de Téhéran, par exemple, un syndicat clandestin a perduré malgré les arrestations de délégués, parfois condamnés à des années de prison.

L’économie stagne, minée à la fois par l’embargo des Occidentaux et par la corruption du régime. Le chômage sévit et les gouvernements tiennent le tout artificiellement en subventionnant les denrées de base comme le blé, le sucre ou l’essence. Ces subventions permettent aussi de maintenir les campagnes dans la dépendance vis-à-vis du régime et d’opposer les travailleurs des villes à ceux des champs.

De grandes grèves ont eu lieu ces dernières années, dans les industries sucrière et pétrolière. Ce sont à chaque fois des milliers de grévistes qui ont exigé de meilleurs salaires, ou parfois simplement d’être payés !

Derrière le vernis religieux du régime, il y a l’armée pour maintenir l’ordre et, surtout, il y a comme ailleurs des entreprises privées qui exploitent des travailleurs pour le profit de leurs actionnaires, comme dans tous les pays capitalistes de la planète.Il existe au sein du régime des tendances favorables à l’Occident. Pour eux, la liberté, c’est celle du commerce et d’exploiter « librement » les travailleurs d’Iran. Ce n’est évidemment pas pour ça que se battent les jeunes aujourd’hui. On espère qu’ils seront rejoints par les travailleuses et travailleurs du pays. S’il parviennent à chasser les ayatollahs, ils devront mettre en avant leurs propres objectifs pour ne pas se faire confisquer leur révolution.

Guerre en Ukraine : les pauvres meurent, les riches dans le beurre

Après six mois de guerre en Ukraine, le bilan des pertes humaines et matérielles est des plus lourds, sans compter les millions de déplacés. Et la boucherie n’est pas près de s’arrêter, au plus grand bonheur des marchands de canon qui l’alimentent. Tout en évitant de recourir à une conscription qu’elle sait impopulaire, l’armée russe recrute massivement parmi les couches les plus pauvres pour renouveler ses effectifs. Car dans les deux camps, ce sont surtout les plus pauvres qui sont envoyés au front. Les riches, eux, peuvent continuer à profiter de la belle vie.

Aux USA, offensive des réactionnaires contre l’avortement

Le 23 juin dernier, la Cour Suprême des USA a abrogé la loi qui, depuis 1973, légalisait l’avortement dans l’ensemble des Etats-Unis. Dorénavant, chaque État américain est libre de décider si oui ou non l’avortement est autorisé sur son territoire.

Il n’a fallu attendre que quelques jours pour que l’Idaho, le Dakota, le Texas, la Louisiane, le Mississipi et toute une série d’États du Sud-Est, au total 25 États sur 50 interdisent totalement l’avortement, même en cas de viol, d’inceste, de danger pour la mère ou de maladie grave du fœtus. Des scandales ont déjà éclaté : une enfant de 10 ans, violée, a dû quitter l’Ohio pour avorter dans l’État voisin. Au Texas, un soignant qui pratiquerait une IVG risque dorénavant la prison à vie. La délation y est même récompensée. 

Cependant, la loi de 1973 n’avait jamais réellement garanti le droit des femmes à l’IVG. Au fil des années, les cliniques pratiquant l’avortement se sont raréfiées dans de nombreux États, soit par manque de moyens financiers, soit à cause des menaces exercées par des bandes d’extrême-droite. Pour trouver une clinique, il fallait donc parfois parcourir des centaines de kilomètres, ce qui, ajouté au prix déjà élevé de l’intervention, mettait l’IVG hors de portée des femmes des classes populaires. Au moment où la crise ne cesse de s’approfondir et appauvrit toujours plus de travailleurs, les restrictions à l’avortement obligeront toujours plus de femmes à pratiquer des avortements clandestins au péril de leur vie. 

L’arrêt de la Cour aggrave encore la situation. Il est déjà question d’attaques contre le droit à la contraception. Les politiciens qui mènent ces attaques sont les mêmes qui remettent en cause le droit de grève et celui de se syndiquer, et qui font passer des lois qui rendent le vote plus compliqué pour les couches pauvres, par exemple, en limitant le vote par correspondance, largement répandu parmi ceux qui ne peuvent se permettre de s’absenter du travail pour aller voter. Ce sont ces mêmes politiciens qui défendent la « liberté », mais uniquement celle des riches ! Aux pauvres, ils veulent imposer leur ordre moral où hommes et femmes sont sensés se laisser exploiter, sans autre droit que celui de se taire.

Un automne social trop poussif

Thierry Bodson, le président de la FGTB, annonce un premier rassemblement syndical pour ce 21 septembre avant une grève générale prévue dans la première quinzaine de novembre. Alors que les prix continuent de flamber et que les travailleurs ont toujours plus de mal à joindre les deux bouts, ce calendrier d’action sociale est bien trop timoré. Face à un patronat prêt à tous les sales coups, il est plus que temps de durcir le ton et de faire payer aux capitalistes qui se gavent sur notre dos une augmentation immédiate des salaires et des allocations sociales.

Engie : une rapacité sans limites

Pour réduire la dépendance aux hydrocarbures russes sur fond de guerre économique et militaire, le gouvernement avait décidé en mars dernier de prolonger deux centrales nucléaires jusque 2035. Engie, le propriétaire de ces deux centrales, comme de toutes les autres d’ailleurs, avait flairé la bonne affaire. Ses dirigeants savent bien qu’ils peuvent compter sur la complicité des politiciens qui se succèdent dans les cercles du pouvoir. Ils n’ont pas été déçus ! 

En juillet, le gouvernement De Croo a annoncé qu’il acceptait toutes les conditions d’Engie pour la remise en route des centrales. Deux mois plus tard, alors que les prix de l’énergie continuent d’exploser et que l’entreprise a annoncé un bénéfice net de 5 milliards d’euros, en augmentation de près de 100 % par rapport à l’année dernière, que fait le gouvernement ? Il persiste et signe : lors du « codeco sur l’énergie », il s’est caché derrière l’accord du précédent gouvernement pour justifier qu’il ne pourrait pas modifier les taxes avantageuses offertes à Engie avant… 2025.

Quant à la « taxe sur les surprofits » brandie comme un épouvantail par les Écolos, le gouvernement va sagement attendre de voir ce qui se fait au niveau européen. Pareil pour la limitation du prix de l’électricité : le gouvernement se cache derrière l’Europe pour justifier son inaction. 

Les gouvernements ne sont pas là pour défendre le pouvoir d’achat des travailleurs, mais pour assurer la continuité de leur exploitation par le patronat. Quand Macron, qui n’est pas un gauchiste, bloque les prix du gaz et de l’électricité en France, c’est avant tout pour éviter des explosions sociales.

Pourtant, c’est bien de ça dont le monde du travail aurait besoin, car seule une lutte sociale d’envergure fera suffisamment peur au patronat, et à Engie en particulier, pour leur imposer d’arrêter l’augmentation des prix et de rendre l’argent qu’ils nous ont volé par leur spéculation. 

La crise du climat,
c’est celle du capitalisme

Cet été a été marqué par une série de catastrophes climatiques à travers le monde.

Au Pakistan, les inondations ont déjà fait plus de 1200 morts. Des incendies ont ravagé l’Espagne, la France et la côte Ouest des Etats-Unis. Des fleuves, et non des moindres, ont été quasiment asséchés, tels la Loire, le Rhin ou le Yangtsé en Chine – au point d’être devenus impropres à la navigation ou de réduire à néant la production hydroélectrique. Dans les Alpes, un glacier s’est effondré, un autre a disparu. La canicule qui a frappé toute la planète, de l’Europe à la Chine, a battu tous les records de température et de durée, avec son lot de morts, de sécheresse et de misère.

Dans le même temps, les experts du GIEC ont annoncé que la montée des eaux liée à la fonte des glaciers serait plus rapide que prévue et atteindrait 30 centimètres ce siècle-ci, même si le réchauffement était bloqué au niveau actuel.

Et tandis que des humains meurent de chaleur et de faim, des espèces animales disparaissent à un rythme accéléré.

Ce n’est pas le scénario d’un film catastrophe, c’est le monde dans lequel nous vivons. Ce n’est pas une surprise non plus, le dérèglement climatique est annoncé depuis des dizaines d’années par des scientifiques. Si rien n’a réellement été fait, ce n’est pas parce que les dirigeants politiques et financiers d’ici et d’ailleurs sont sourds, mais parce qu’ils ne veulent pas agir.

Il ne s’agit évidemment pas que de la Belgique, dont les dissensions communautaires ridicules continuent malgré l’urgence. La ministre fédérale du climat, Zakia Khattabi, a bien mis en place un «mécanisme de suivi ». Mais quelles actions vont être suivies ? Pour l’instant, mystère. Cet attentisme reflète ce qui se passe au niveau mondial, où les négociations entre les pays achoppent sur qui va payer quoi.

Pourtant, les moyens ne manquent pas. Nous vivons à une époque où les entreprises sont capables d’organiser la production à l’échelle planétaire : elles extraient les ressources naturelles sur un continent, usinent les pièces sur un autre, effectuent le montage final encore ailleurs, pour vendre ensuite sur les cinq continents. Tous les jours, des milliers d’avions et de navires parcourent la planète en tous sens. La terre est entourée d’une myriade de satellites extrêmement sophistiqués et la Nasa a été capable de placer un télescope ultra puissant à 1,5 million de kilomètres de nous. Technologie, organisation, tout est à notre portée mais, malgré tout, l’humanité est incapable de s’organiser pour cesser de détruire sa propre planète. Ces moyens ne sont même pas utilisés pour contrer les effets actuels du réchauffement. Qu’est-ce qui empêcherait dès aujourd’hui de transporter les gigantesques stocks de nourriture pour nourrir ceux qui meurent de faim ? S’il est possible de maintenir des golfs verts, pourquoi ne le fait-on pas pour les pâturages du bétail ? 

Et puis, pourquoi doit-on continuer à transporter inutilement des marchandises d’un bout à l’autre de la planète ? Le bœuf brésilien en route vers l’Europe croise le bœuf européen exporté au Brésil…

Poser la question, c’est y répondre : c’est le profit, c’est le principe même du capitalisme qui veut que la loi du profit prime sur tout le reste, sur l’humanité, sur la planète elle-même.

Pour cesser de détruire la planète, il faudrait autre chose que les promesses des conférences internationales, il faudrait autre chose que les « petits gestes quotidiens » dont les politiciens moralisateurs nous rebattent les oreilles.

Car c’est là l’enjeu : qui va payer ?  

La Commission européenne a bien parlé de taxer les billets d’avion pour le transport des voyageurs, mais les jets privés et le fret en seront exemptés ! On consomme trop d’eau ? Mais 20% de la consommation est due aux fuites qui perdurent faute d’investissements. On pourrait multiplier à l’infini les exemples qui démontrent que les gros pollueurs, ce sont les grandes entreprises et leurs actionnaires.

Alors, oui, pour cesser de détruire la planète, il faudra arrêter de produire des choses inutiles, même si elles rapportent de l’argent, et investir dans des moyens durables de nourrir, loger et soigner l’humanité. Cela exigera de faire passer le profit après le reste. Les capitalistes ont le pouvoir depuis plus ou moins trois siècles, cela leur a suffi pour démontrer amplement leur immense capacité de destruction et leur incapacité à enrayer la catastrophe qu’ils ont enclenchée. Leur reprendre ce pouvoir est une nécessité vitale. Ça s’appelle une révolution !

Turquie, l’étau de l’inflation

La Turquie connaît une inflation galopante qui, d’après les statistiques officielles, atteint les 80%, un chiffre assurément sous-estimé. Les deux hausses de salaire décrétées depuis le début de l’année n’ont même pas compensé les précédentes envolées de prix. Les classes populaires sont écrasées par une politique délibérée de dévaluation monétaire ne profitant qu’aux banques et aux exportateurs. Face à la colère sourde qui gronde, Erdoğan n’a plus d’autres ficelles que de se répandre en diatribes martiales et de redoubler la répression contre les voix critiques.

Les bienfaits de la digitalisation

Au gré des licenciements dans les services, il devient toujours plus nécessaire d’être « connecté ». Du bureau de chômage au cabinet médical, en passant par la gare ou la banque, trouver un guichet ouvert ou un humain au bout du fil revient à gratter un billet de Lotto. Pourtant, nombreux sont ceux qui n’ont pas d’ordinateur, de connexion internet ou qui éprouvent des difficultés à s’en servir. Les abonnements et le matériel informatique coûtent extrêmement cher ! Cette digitalisation qu’on nous vend comme une « simplification administrative » entraîne en fait l’exclusion de toute une partie de la population qui n’a pas les moyens de l’utiliser : la fracture numérique est une fracture… sociale. Au final, il faut reconnaître ce qu’elle est avant tout : un prétexte dont se servent les patrons pour licencier.