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Grande-Bretagne : les travailleurs ne se laissent pas faire

La classe ouvrière anglaise subit de plein fouet les effets de l’inflation. Les spéculations liées à la guerre en Ukraine s’ajoutent aux effets catastrophiques du Brexit pour les travailleurs. Des études estiment qu’un million de personnes de plus seraient poussées dans la pauvreté cet hiver, incapables d’assumer l’augmentation de 80% des factures d’électricité et une inflation générale de plus de 13%.

Que ce soit le Labour (socialiste) ou les Tories (libéral), les gouvernements successifs n’ont eu de cesse de démanteler les services publics depuis 30 ans : privatisation des transports ferroviaires, sous-financement des hôpitaux, etc. Cela fait que les services de base, comme simplement se rendre à son travail, sont inefficaces et chers ; il faut des mois pour avoir rendez-vous chez un médecin, ou alors passer chez un privé qui coûte plusieurs fois le prix. Cela fait aussi que les filets de sécurité n’existent pas et que les travailleurs qui ont un bas salaire ou qui n’ont droit qu’au chômage se retrouvent dans des situations de misère noire, contraints de vendre leurs meubles pour payer leurs factures.

Face à ça, les travailleurs anglais ont réagi.

Les 2000 dockers du port de Felixstowe, le plus important port marchand du Royaume Uni, ont fait une semaine de grève, du jamais vu depuis plus de 30 ans. Alors que leur entreprise a distribué 45 millions d’euros aux actionnaires, les dockers n’ont pas accepté l’indexation de 7% de leurs salaires : c’est moins que l’inflation, qui a déjà dépassé 10% en juillet ! La grève est suspendue mais les syndicats ont annoncé qu’elle allait reprendre. Pareil pour les plus de 100 000 postiers qui ont fait grève pour rejeter les misérables 2% proposés par la direction, comparés aux 450 millions d’euros empochés par les actionnaires.

A Édimbourg, en Ecosse, ce sont les éboueurs qui ont mené une grève qui leur a déjà permis d’obtenir une augmentation de 2300€ par an, soit 11% de leurs salaires.

Ces premiers mouvements, qu’ils soient couronnés de succès ou pas, ont encouragé l’ensemble des travailleurs anglais et, à la suite de votes massifs en faveur de la grève, les syndicats ont annoncé des mouvements chez les infirmières, les enseignants, les employés territoriaux et dans le secteur privé.

Liz Truss, la nouvelle première ministre, qui est une admiratrice de Boris Johnson, a dit que les travailleurs anglais devraient travailler plus dur. Elle a déjà leur réponse. Ils vont se battre plus durement contre sa politique.

Le Labour Party, qui est l’équivalent du parti socialiste en Angleterre, a une longue tradition de trahison des luttes. Sa direction refuse de soutenir les grèves – son dirigeant, Keith Starmer, a déclaré que c’était une question entre salariés et employeurs et que son parti n’avait pas à prendre position ; il a même interdit aux élus du parti de se montrer sur les piquets. Un certain nombre d’entre eux l’ont fait quand même et plus de 600 ont signé une lettre en faveur des grèves. Mais même s’il y a au sein du Labour une aile gauche, proche des syndicats, qui se montre plus proche des travailleurs, ce ne sont que des postures qui visent à ne pas se couper de leur base électorale dans les régions ouvrières. Ce ne sont pas eux qui vont faire sérieusement obstacle aux attaques de Liz Truss, en qui le patronat a trouvé une représentante offensive, que l’on compare déjà à la « dame de fer » Margaret Thatcher de triste mémoire.

Quant aux syndicats anglais, ils sont traditionnellement mous et corporatistes. Si aujourd’hui ils parlent d’unir les luttes et de synchroniser les mouvements, c’est sous la pression de la base. En pratique, ils continuent à ne pas le faire et les journées d’actions sont disséminées selon les secteurs. La raison en est que, comme les syndicats du continent, ils cherchent avant tout à se positionner comme interlocuteurs crédibles auprès du gouvernement et pas comme réels représentants des besoins des travailleurs.C’est pour cela qu’en Grande Bretagne, comme ici, il est d’une urgence vitale que les travailleurs recréent leurs propres organisations, leurs propres partis, qui soient sous leur contrôle direct et qui se préoccupent en premier lieu d’organiser des luttes d’ensemble pour des revendications communes à tous : des emplois, des salaires, des services publics. Nous savons que ces revendications exigeront des luttes dures et que le patronat utilisera tous les moyens pour les contrer. Alors, il faudra aussi contester le pouvoir du patronat sur la société et à terme balayer le système capitaliste lui-même.

Mort de Gorbatchev,
chouchou des bourgeois

La mort de Mikhaïl Gorbatchev, le dernier dirigeant de l’Union soviétique, fait l’objet d’une pluie d’hommages le dépeignant comme un grand réformateur pacifiste épris de liberté. Il fut surtout le chef d’une caste de bureaucrates corrompus qui avait depuis longtemps confisqué le pouvoir à la classe ouvrière. Quant à ses fameuses réformes, elles visèrent avant tout à sauver les bases d’un vaste système de prédation. Ces parasites les plus rapaces finirent par se coaliser pour s’en partager les dépouilles en se reconvertissant en dictateurs bourgeois nationalistes. 

Cela fait maintenant de nombreux mois que les travailleurs sont confrontés à la spirale infernale de l’envolée des prix. 

Officiellement, les statistiques de l’État affichent une augmentation de 10 % à la fin du mois d’août. On est bien loin de la réalité des fins de mois car moins un ménage a de moyens, plus les augmentations des prix de produits de première nécessité pèsent lourd dans son budget. Ce sont les prix de l’électricité et du gaz qui ont tiré les chiffres vers le haut. Depuis 2020, ils ont été multipliés respectivement par dix et par quinze ! C’est à près de 8 000 euros que s’élèverait en moyenne la facture annuelle d’énergie pour un ménage de quatre personnes. À côté, ce sont aussi le pain, les céréales, la viande et les vêtements qui ont encore augmenté le mois dernier. Des choses dont on voit mal comment se passer. Au bout du compte, ce sont des centaines d’euros qui manquent à la fin du mois.

Et ces centaines d’euros, multipliés par plusieurs millions de ménages, ne disparaissent pas comme par enchantement. Ils vont tout droit sur les comptes en banque des grandes entreprises auprès desquelles on fait nos achats. Ce n’est pas un hasard si le chiffre d’affaires de Delhaize a bondi de 15%. Comme l’affirme son directeur : « cette hausse s’explique en grande partie par l’inflation ». En ce qui concerne Solvay, son chiffre d’affaires a bondi de plus de 32%, dont 26% grâce à ses augmentations de prix. L’inflation n’est pas une plaie qui s’abat mystérieusement sur nos têtes, c’est une méthode qu’utilisent les capitalistes pour faire grossir leurs profits.

Les méthodes de brigandage des capitalistes appraissent le plus clairement dans le domaine de la production et de la distribution d’énergie ou de céréales. Les montagnes d’or accumulées en quelques mois le prouvent à elles seules. Dans ces deux secteurs, seule une petite poignée de grands groupes font la loi. Rien n’est donc plus facile pour eux que de s’entendre ou d’organiser une pénurie pour faire bondir les prix. Qu’il s’agisse de Total, Exxon, Chevron ou Shell dans le secteur de l’énergie, d’ADM, Bunge, Cargill et Louis Dreyfus dans celui du blé, les hausses de prix imposées ont fait décoller les profits et ce sont des milliards de bénéfices supplémentaires qui ont atterri dans les poches de leurs actionnaires.

Journalistes et gouvernements nous répètent à longueur de journées que les augmentations de prix sont causées par la guerre en Ukraine, par les pénuries de matériaux ou encore par la sécheresse. Ce sont des explications bien commodes, qui blanchissent les vrais responsables. L’inflation n’est ni un phénomène naturel, ni une fatalité, elle est le résultat de la dictature du profit. Si les prix décollent, c’est parce que quelques grands groupes, en position dominante, imposent ces hausses de prix aux autres capitalistes, qui choisissent de les répercuter à leur tour afin de préserver les marges bénéficiaires. Au bout du compte, c’est aux travailleurs qu’est présentée la note, donc à ceux qui ne peuvent répercuter ce vol sur personne. Les capitalistes exploitent le travail tout au long de l’année et, en plus, ils font les poches des travailleurs en manipulant les prix ! En fait, grâce à l’inflation, ces profiteurs nous volent deux fois.

Les capitalistes mènent une véritable guerre à la classe ouvrière sur ces deux fronts. Ils nous entraînent progressivement vers la misère. En Europe comme dans le reste du monde, les travailleurs sont confrontés aux attaques d’une poignée de milliardaires. Pour y mettre un terme, la seule solution est d’engager, nous aussi, le combat. Aujourd’hui, certains ont déjà commencé, comme  les travailleurs du Royaume-Uni, qui ont entamé de grands mouvements de grève. En Sierra Leone, à Haïti, en Iran, au Kazakhstan ou encore au Sri Lanka, les manifestants ont bravé les balles de la police et de l’armée pour crier toute leur colère contre ce système injuste et contre les gouvernements qui le défendent.

Ces luttes montrent concrètement que les mêmes problèmes se posent à tous les travailleurs du monde et que partout, des femmes et des hommes sont prêts à se mobiliser pour défendre leur droit à une vie décente. Partout, les gouvernements utilisent des méthodes de répression policière pour défendre le droit du patronat à exploiter les plus pauvres. Tous ces gouvernements, même s’ils s’opposent dans leurs intérêts commerciaux, se soutiennent dans la répression contre les travailleurs. Mêmes problèmes, mêmes luttes, mêmes ennemis. Cela n’a pas changé depuis deux siècles, pas plus que notre devise : « travailleurs de tous les pays, unissez-vous ».

Chantiers scolaires, écoles précaires

Un récent rapport confirme l’état de délabrement avancé des bâtiments scolaires en Wallonie et à Bruxelles. Pas moins de 500 nécessitent des travaux de démolition et de reconstruction ou de lourde rénovation. Et encore, le recensement est loin d’être complet. Les chantiers en matière d’économies d’énergie sont tout aussi colossaux et souvent bâclés à la va-vite. Après plus de quarante ans de sous-financement chronique de l’enseignement, la facture s’annonce lourde, et ce sont encore les classes populaires qui vont en payer le plus lourd prix.

En Turquie, la réaction religieuse en action

Alors que la Turquie s’enfonce dans une crise économique toujours plus profonde, la propagande religieuse du régime Erdoğan n’hésite plus à surenchérir dans une offensive réactionnaire tous azimut contre les homosexuels, les femmes, les Kurdes et les milieux laïcs. Récemment, un concert de K-pop prévu pour célébrer l’amitié turco-coréenne a été annulé sous prétexte de promouvoir un mode de vie trop efféminé. Une stratégie qui vise à détourner l’attention des classes populaires des vrais problèmes et leurs principaux responsables !

Bruits de bottes et de tiroirs caisses

Après avoir annoncé qu’il dégagerait un milliard d’euros pour l’armée, le Premier ministre promet d’arroser encore bien plus les marchands de canon. En début d’année, le gouvernement s’était déjà accordé sur l’augmentation des dépenses militaires à 1,54 % du PIB d’ici 2030, avec son projet « star ». 

Maintenant, comme les autres pays de l’OTAN, De Croo voudrait les porter à 2 % en 2035. Ce n’est rien moins que 10 milliards d’euros par an ! Pendant ce temps, les hôpitaux attendent encore les belles promesses de la veille. Les gouvernements voudraient nous faire croire qu’ils « défendent la paix, la veuve et l’orphelin » mais ils se préparent surtout à faire la guerre et à semer la mort.

Violences sexuelles, société poubelle

Un nombre record de victimes de violences sexuelles a été enregistré en 2021 par les centres de prise en charge hospitaliers, avec une moyenne de 193 signalements par mois au deuxième semestre, dont 65% de viols. Parmi les victimes, un tiers sont mineures d’âge ! S’il n’y a sans doute pas plus de violences sexuelles aujourd’hui qu’avant, les agressions abjectes commises contre des femmes, souvent très jeunes, en disent long sur l’état de cette société barbare où le corps féminin peut être consommé et exploité comme une vulgaire marchandise.

Frontex, l’agence de la honte

Un document interne de l’agence européenne Frontex avoue comment celle-ci couvre depuis des mois le refoulement de réfugiés depuis la Grèce en les faisant passer pour des opérations de prévention au départ de la Turquie. Cette réalité, déjà documentée par de multiples témoignages et vidéos, prouve une fois de plus l’hypocrisie et la duplicité criminelle des dirigeants européens si prompts à dénoncer les violations des droits de l’homme partout dans le monde, sauf chez eux. Et ce n’est pas la démission d’un directeur bouc émissaire qui y changera quelque chose !

Afrique du Sud : un 1er mai de lutte

A l’occasion du 1er mai, les mineurs sud-africains ont donné une bonne leçon au président de la république Ramaphosa, un ancien syndicaliste devenu un gros capitaliste. Invité à s’exprimer à un rassemblement syndical organisé dans la ville minière de Rustenburg, il a été copieusement chahuté par les mineurs grévistes en lutte pour l’augmentation de leurs salaires, avant de devoir piteusement quitter la tribune. 

Dix ans après le massacre de 34 des leurs par la police appelée par le même Ramaphosa, les mineurs n’ont rien oublié, et encore moins leur ennemi de classe. 

Shell ou Petrobras, le capital amasse

Le groupe pétrolier britannique Shell vient d’annoncer un bénéfice net de 7,1 milliards d’euros pour le premier trimestre de cette année, soit une hausse de 26%. Le géant pétrolier brésilien Petrobras fait encore plus fort. Il a multiplié son bénéfice net par 38 sur la même période pour atteindre les 8,4 milliards d’euros, et annonce déjà de nouvelles augmentations de prix. Pendant que les classes populaires peinent à payer leurs factures d’énergie, les multinationales se gavent toujours plus au seul profit d’une petite poignée d’actionnaires.