Ce n’est pas la mer qui tue, c’est le capitalisme

photo-1230295032311-3-0Le nouveau naufrage dans lequel ont péri au moins 300 personnes, près de l’île de Lampedusa, n’est pas dû à la fatalité. Il frappe par le nombre de victimes, mais en 2010, au même endroit, deux naufrages simultanés avaient déjà provoqué près de 400 victimes. En 2009, 200 personnes se sont noyées au large de la Sicile. Depuis le milieu des années 90, la guerre menée par l’Europe contre les migrants a tué au moins 20 000 personnes en Méditerranée.
La population de la région, choquée, a marqué son émotion et sa solidarité avec les victimes et les rescapés. Les habitants dénoncent l’inertie coupable des politiciens devant une situation qui perdure depuis autant d’années. Des banderoles affichées dans les rues principales leur disent clairement : « nous n’acceptons pas de visites ».
Devant le nombre de victimes, une vague de réactions politiciennes est en effet venue dénoncer la politique européenne d’immigration. Le premier ministre italien, Enrico Letta, a décrété une journée de deuil national et le pape lui-même a parlé de « honte ».
Tout cela est parfaitement hypocrite.
En premier lieu, cela fait des dizaines d’années que tous les politiciens, de gauche comme de droite, mènent une politique répressive contre ce qu’ils appellent l’immigration clandestine. Ils rendent l’accès aux pays européens de plus en plus difficile et obligent les immigrants à prendre de plus en plus de risques pour échapper à la misère ou aux guerres qui sévissent dans leurs pays d’origine. Dénoncer aujourd’hui la politique répressive comme le font certains, c’est au mieux être amnésique…
Et puis, ce que demandent les politiciens italiens, ce n’est pas d’accueillir ceux qui fuient la guerre et la misère, mais uniquement que l’Europe les aide financièrement dans la lutte contre l’immigration.
D’ailleurs Didier Reynders, est plus précis : pour éviter que de tels drames se reproduisent, il veut « lutter plus fermement contre les réseaux criminels qui exploitent la détresse des migrants ».
Mais qui est responsable de la misère et des guerres qui poussent à l’exil la jeunesse de ces pays ? Qui vend des armes et soutient les pires dictatures ? Qui exploite les sous-sols ou les ressources agricoles de ces pays dans des conditions pires que celles de l’esclavage antique ? La réponse est pourtant évidente : ce sont les grandes entreprises des pays riches, avec le soutien servile de leurs gouvernements.
Cela remonte à l’époque coloniale où la France, l’Angleterre, et dans une moindre mesure d’autres pays européens comme la Belgique, se partageaient la plus grande partie du Moyen-Orient, du Maghreb et de l’Afrique. C’est de cette époque que remonte la fortune de groupes comme Bouygues en France, ou la Société Générale de Belgique, l’ancêtre de Suez-Tractebel et de Fortis. D’un côté, les gouvernements les soutenaient avec leurs armées coloniales ; de l’autre, ils recrutaient parmi ces populations écrasées par la misère et la répression, une main d’œuvre à bon marché destinée à faire baisser les salaires européens grâce à la concurrence entre les travailleurs.
Les politiciens de l’époque ont été les complices serviles des intérêts du patronat. Ceux d’aujourd’hui continuent en faisant porter la responsabilité des difficultés des travailleurs européens sur les immigrés, espérant ainsi que, trop occupés à se battre entre eux, ils laisseront les vrais responsables tranquilles.
Des socialistes au MR en Belgique, en passant par la sinistre Maggie de Bloch, tous se sont appuyés sur cette prétendue évidence que l’immigration était un problème et qu’on ne pouvait pas « accueillir toute la misère du monde ». Mais ceux qui refusent de partager, ce sont les riches, les grands bourgeois, les 1% de la population mondiale qui possèdent à eux-seuls la moitié de la planète, tandis que 70% de la population se partage 3% des richesses !
Ce sont ces richards-là, qui sont le réseau criminel qui exploite la détresse des migrants. La seule différence avec la mafia des loueurs de bateaux, c’est que la mafia capitaliste fait ça à grande échelle, qu’elle exploite des millions de gens ; mais aussi qu’elle fait ça tout à fait légalement, avec le soutien et la bénédiction des gouvernements.
Alors, si l’on veut que les plus pauvres de la planète ne meurent plus par milliers aux pieds de la forteresse Europe, qui est aussi notre prison, il faudrait prendre sur les grandes fortunes pour développer les pays pauvres et permettre à toute la population mondiale de vivre décemment. C’est une nécessité car plus la situation des pays pauvres s’aggrave, plus les patrons pourront mettre la pression sur les travailleurs des pays riches, par la concurrence ou les délocalisations.

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