Tax Shift: encore un moyen de faire payer les travailleurs

Le gouvernement Michel poursuit sa stratégie contre les travailleurs. Il y a d’abord eu le report de l’âge de la pension à 67 ans et une limitation du droit aux prépensions. Il y a eu la criminalisation accrue des chômeurs. Puis est venu le saut d’index, qui va réduire de 2% le pouvoir d’achat des couches populaires. En parallèle, les moyens des services publics ont été réduits à peau de chagrin, tant au niveau de la sécurité sociale, de l’éducation, que des transports. Il y a aura moins de trains pour amener les travailleurs au boulot… et il y aura moins de fonctionnaires pour lutter contre la fraude fiscale des patrons. Dans le même temps, les charges des entreprises ont été diminuées. Le bilan est clair : quels que soient les discours des différents partis, c’est un programme 100% patronal qui a été mis en œuvre.
Maintenant, c’est sur le plan fiscal que les attaques se préparent. Cela s’appellera le « Tax Shift ». Il a été présenté comme un moyen de répartir plus « justement » l’impôt, en imposant moins le travail pour imposer plus la consommation, l’environnement et, éventuellement, le capital. En d’autres termes, ce que les travailleurs paieront en moins comme impôts, ils le paieront en plus par une augmentation de la TVA ou des accises sur l’essence.
Les partis de la majorité sont d’accord sur le fond, mais divisés sur la forme, car chacun doit soigner son image vis-à-vis de son électorat. Aucun d’eux n’a envie d’être associé à des impôts nouveaux. L’Open-VLD, par exemple, refuse tout nouvel impôt sur les bénéfices des entreprises sous prétexte que cela bloquerait la croissance. Mais pour ne pas paraître trop pro-patronal, il bloque aussi l’augmentation de la TVA. Sa solution, qui est aussi celle du MR, serait de taxer la « pollution ». Cela paraît louable en apparence, mais en pratique tous les travailleurs qui travaillent dans des entreprises polluantes savent bien que leurs patrons parviennent toujours à échapper aux amendes et aux taxes, surtout si dans le même temps l’Etat et les régions refusent d’embaucher des contrôleurs, pour raison d’économies. Ca tourne tout simplement en rond. La taxation de la pollution se résumera donc à augmenter les accises sur le diesel, ce qui touchera uniquement les travailleurs…
Quant au déplacement de la « charge sur le travail » vers la « consommation », cela ne signifie rien d’autre qu’une augmentation de la TVA. Le CD&V et le MR y étaient initialement opposés, mais ils ont déjà commencé à retourner leur veste. Pas besoin de faire un dessin : les entreprises ne paient pas la TVA, alors si elle augmente, ce seront uniquement les classes populaires qui seront touchées.
Ce fameux « Tax Shift » a été présenté cet hiver comme un rééquilibrage qui permettrait de compenser les sacrifices exigés de la part du monde du travail. C’est cet argument qui a été utilisé par le CD&V pour justifier ses pressions sur la CSC lors des mouvements de grève : acceptez le saut d’index, acceptez le report de l’âge de la pension, mais en échange il y aura une fiscalité plus juste… Comme dit le dicton, les promesses n’engagent que ceux qui y croient ! Et une fois la menace sociale passée, la majorité passe à la suite de l’offensive. Il ne fallait pas s’attendre à autre chose de la part d’un gouvernement de bourgeois au service des bourgeois.
Le gouvernement Di Rupo avait fait 20 milliards d’économies sur les services publics, la santé et les transports. Le gouvernement Michel prend la suite et a déjà planifié onze milliards supplémentaires. On nous rabâche les oreilles avec la compétitivité, qui serait nécessaire pour relancer l’économie et créer des emplois. Mais où sont les 250 000 emplois promis par Di Rupo ? Et les 570 000 promis par Leterme avant lui ? Alors comment croire à la promesse de Michel de créer 200 000 emplois ? C’est du vent. Les sacrifices ont été consentis, mais les emplois n’ont pas été créés et les travailleurs sont aujourd’hui plus pauvres.
Cette situation n’est pas une fatalité. Tout ce système ne tient que tant que les travailleurs acceptent leur sort. Et on voit bien qu’avec l’éloignement de la menace de grève générale, les partis politiques renient les quelques vagues promesses qu’ils avaient faites. Voilà pourquoi il ne peut y avoir de compromis entre le monde patronal et le monde du travail. Les patrons et leur gouvernement utiliseront tous les moyens pour imposer des sacrifices supplémentaires aux exploités. Mais les travailleurs peuvent répondre sur le terrain où ils sont une force : celui des luttes collectives.

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