Fermons le bec à ces patrons gloutons

Entre les provocations de Trump et le scandale des intercommunales wallonnes, la nouvelle est passée presque inaperçue : le patronat et les syndicats ont conclu un accord interprofessionnel pour les années 2017-2018.

Illustration picture taken during a special meeting of the group of 10 (Groep van Tien - Groupe de Dix, a selection of social partners including unions representatives and employers organisations) to sign the new agreement ( AIP Accord Interprofessionnel - IPA Interprofessioneel Akkord), at the FEB-VBO headquarters in Brussels, Thursday 02 February 2017. BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNE

Selon l’accord, l’augmentation maximale des salaires sera de 1,1% brut sur deux ans.
Pour un salaire de base de 1700 euros bruts, cela fera cinq euros nets d’augmentation par mois.
Cinq euros par mois ! C’est tout ce que l’accord prévoit pour les deux ans qui viennent. C’est une misère.
On comprend que Charles Michel se soit réjoui publiquement et qu’il ait déclaré que cet accord était une « excellente nouvelle ».
Et encore, le montant est un maximum. Les entreprises ne sont pas obligées de l’octroyer alors que les syndicats s’engagent à ne pas réclamer plus. Chaque branche professionnelle va maintenant définir ses propres accords et éventuellement revoir le chiffre à la baisse secteur par secteur. La fédération patronale du textile a déclaré qu’elle trouvait l’accord « trop cher », celle des entreprises graphiques prétend que l’accord « entame le potentiel concurrentiel des entreprises ». Rien n’est donc réellement acquis.
Au contraire, il n’y a qu’une seule certitude, c’est que cet accord est insupportable pour la majorité de la population, celle qui ne vit que de son propre travail, qui ne fait pas travailler les autres pour son compte et qui ne place pas son argent en bourse.
Alors que les rémunérations des dirigeants explosent et se comptent en centaines de milliers, voire en millions d’euros, la majorité laborieuse de la population devrait se contenter de cinq euros de plus par mois.
Tout cela au nom de l’éternelle compétitivité. La menace implicite est que si les travailleurs coûtent trop cher en Belgique, les patrons seront « contraints » d’aller ailleurs car cela ferait monter les prix des marchandises. Mais si le problème était réellement celui de la concurrence, qu’est-ce qui empêcherait le patronat de réduire ses profits ? Mais leurs millions ne leurs suffisent pas, les profits, c’est sacré, et tant pis si les familles populaires doivent continuer à compter chaque cent à la fin du mois.
Quant aux fausses promesses de créations d’emploi, elles ont été tellement trahies que plus personne n’y croit.
Le gouvernement a tout de même reconnu que le fameux « handicap salarial » était résorbé. Cela signifie qu’en 2017, les différences de salaires entre la Belgique et les pays voisins sont revenues au niveau de 1998. En d’autres termes, tous les acquis salariaux obtenus entre 1998 et 2006 ont maintenant été repris par les patrons. Eh bien, non contents de cela, ils veulent encore remonter dans le passé pour annuler toutes les augmentations de salaires depuis les années 1980. Cela n’a jamais de fin car l’avarice et la gloutonnerie du patronat n’ont pas de limites.
Enfin si, mais la limite, c’est celle que les travailleurs imposeront par des luttes sociales.
Mais, au lieu d’organiser ces luttes, les syndicats ont encore une fois joué le jeu des négociations feutrées et discrètes, loin des yeux des syndiqués auxquels il n’est demandé que de ratifier passivement l’accord.
Les mobilisations de 2015 et 2016 ont prouvé que lorsque les syndicats appelaient à des manifestations, les travailleurs répondaient présent. Malgré l’ambiance plombée par les attentats, les travailleurs ont participé nombreux aux grèves régionales et à la majorité des actions syndicales. Pourtant, beaucoup d’entre eux trouvaient que ces actions dispersées et éloignées dans le temps, n’avaient aucun sens et qu’il aurait fallu des actions fortes, une grève générale. Mais malgré leurs doutes, les travailleurs se sont mobilisés.
Tout cela prouve qu’il aurait été possible de mettre une pression bien supérieure sur le patronat pour réclamer une réelle augmentation des salaires. Elle serait parfaitement méritée après les années de vaches maigres au nom d’une crise qui n’a finalement touché que les plus pauvres.
Les directions syndicales ont préféré les négociations à la mobilisation. Leur immobilisme est un poids pour les travailleurs mais, plus d’une fois dans l’histoire, le monde du travail a passé outre et a su se mobiliser malgré tout pour imposer ses revendications. C’est devenu une nécessité vitale.

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