Le droit de grève des cheminots, c’est aussi celui de tous les travailleurs

Le gouvernement repasse à l’attaque contre le droit de grève. C’est Bellot, le Ministre des transports, qui relance l’offensive en visant particulièrement les cheminots.
La mesure concrète vise à obliger les cheminots à se déclarer grévistes ou non-grévistes au moins quatre jours avant la date prévue dans le préavis, qui lui-même doit être remis huit jours à l’avance.
Cela retirerait aux travailleurs le droit de réfléchir et de se décider, jusqu’à la dernière minute pour ou contre la grève. Cela empêcherait les travailleurs sur les piquets de discuter avec leurs collègues pour les convaincre de rejoindre le mouvement.
Une grève, c’est un mouvement collectif des travailleurs. C’est un moment où ils peuvent se rendre compte que quand ils sont nombreux et unis, ils représentent une force. Le reste du temps, chacun est isolé, dans sa petite équipe, dans un bureau, un poste de travail, une cabine de train, etc. Isolés, nous sommes faibles. Mais se retrouver devant un piquet peut nous redonner confiance en notre force collective.
Ce que veulent Bellot et ses pairs, c’est obliger les travailleurs à prendre la décision quand ils sont seuls, chez eux devant l’écran d’un portail informatique et face aux factures et aux échéances. Cela va bien plus loin que la sanction symbolique de 12,5 euros ou le blâme pour ceux qui feraient grève sans s’être inscrits à l’avance.
A de nombreuses reprises, des entreprises ont imposé des référendums à bulletins secrets pour décider de continuer où d’arrêter des grèves – et les syndicats ont accepté. Là aussi l’objectif est d’obliger les travailleurs à prendre une décision quand ils sont isolés. Au contraire, dans un vote à main levée, le fait de voir de nombreuses mains se lever en faveur de la grève peut inciter les hésitants à s’engager eux aussi pour le mouvement.
Dans cette attaque contre les cheminots, Bellot essaie de s’appuyer sur les « usagers » : certes, les grèves des cheminots ont un impact sur la mobilité des autres travailleurs et certains d’entre eux ne se sentent pas concernés. Ce sont évidemment ces travailleurs les moins conscients que le gouvernement met en avant, ce sont eux que les médias interviewent pour culpabiliser les grévistes. Ils veulent monter travailleurs contre travailleurs pour faire pression sur ceux qui essaient de se défendre.
Bellot l’a rappelé en disant refuser qu’une « poignée des grévistes prenne le pays en otage ». Mais l’hypocrite Bellot sait très bien que les grévistes ne sont jamais « une poignée ». Il parle du « droit au travail » pour justifier la mise en place d’un service minimum. Le seul droit au travail que les travailleurs reconnaissent, c’est celui d’avoir un emploi digne de ce nom, avec un salaire correct et des conditions de travail décentes. Mais ça, Bellot, Michel et leurs acolytes ne veulent pas en entendre parler !
Pour en rajouter une couche contre les cheminots, la presse se fait régulièrement l’écho des soi-disant « avantages » des cheminots. Mais il est faux de dire que les cheminots ont droit à 65 jours de congés. Ils ont simplement le droit, comme tous les travailleurs de récupérer les heures supplémentaires. Si cela fait beaucoup de jours, c’est bien parce qu’il y en a des heures sup ! Il est faux que les cheminots ont droit à la retraite à 55 ans : s’ils le font, ils n’ont qu’une retraite partielle et ils doivent, comme les autres, attendre 65 ans pour bénéficier d’une pension complète.
Il n’y a que les bourgeois pour penser que les travailleurs sont des fainéants et aiment faire grève. Ce ne sont pas eux qui font des journées à rallonge dans une cabine de train, ni qui se font insulter par des passagers excédés par les retards dus, non pas aux grèves, mais aux économies sur le matériel et le personnel.
Le problème, c’est que les syndicats jouent le jeu et acceptent de négocier des accommodations sur le droit de grève. Ils disent que la bonne grève, c’est celle qu’on ne fait pas. Ils entretiennent l’illusion qu’il serait possible d’avoir un « dialogue » avec le gouvernement ou le patronat. Mais ni les uns ni les autres ne veulent dialoguer, ils veulent uniquement réduire les coûts et maximiser les profits. Et pour y arriver, ils ont besoin de museler les travailleurs. Renoncer, même en partie, au droit de grève, c’est se priver de la seule arme dont les travailleurs disposent pour se défendre.
Aujourd’hui, les cheminots sont dans le collimateur, demain, les mêmes mesures seront étendues aux autres travailleurs. C’est pourquoi le droit de grève des cheminots, est aussi celui de tous les travailleurs.

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