Le capitalisme, c’est l’insécurité sociale

La FGTB organise ce mardi 28 janvier une manifestation nationale pour défendre la Sécurité sociale.
La Sécurité sociale, on le sait, paie les pensions, les soins de santé, les accidents du travail, les allocations familiales et les allocations de chômage. Elle est financée à 75% par les salaires des travailleurs, sous la forme de charges sociales retenues à la source. Les 25% restants viennent des impôts, des taxes sur le tabac et un peu de la TVA. Donc, d’une manière ou d’une autre, ce sont les travailleurs qui paient. Cela est également vrai pour les charges dites « patronales » puisqu’elles sont elles aussi un prélèvement sur les salaires, même si elles ne figurent pas sur les fiches de paie. La Sécurité sociale, comme tout ce qui est payé par les impôts constitue notre « salaire indirect ».
Depuis que la Sécurité sociale existe, le patronat ne cesse de réclamer des réductions des charges patronales. Cela leur permet de payer moins de salaire sans que cela ne se voie sur les fiches de salaire des travailleurs. Ils se moquent bien qu’il n’y ait ensuite plus assez d’argent dans les caisses de la sécu car, eux, ils ont les moyens de se payer des hôpitaux privés et n’ont pas besoin de pension car ils comptent bien encaisser toute leur vie le bénéfice du travail des salariés.
Mais pour le reste de la population, les coûts restent les mêmes : il faut toujours payer les pensions, les soins, les allocations. Le résultat, c’est ce déficit de la sécurité sociale qui est régulièrement agité comme un épouvantail. Rendez-vous compte : 6 milliards de déficit d’ici 2024 ! Cela paraît énorme mais ça ne fait jamais que 8% de son budget de 76 milliards et ce n’est rien devant les mille milliards d’euros de chiffre d’affaire des entreprises belges. Simplement, les partis de gouvernement sont au service de la bourgeoisie et ne veulent pas faire payer le patronat. Alors ils agitent des chiffres catastrophiques et essaient de trouver un moyen de faire payer le déficit par les travailleurs.
Ils n’ont que deux options : réduire les coûts ou augmenter la charge sur les travailleurs – ou les deux à la fois. C’est ce qu’a fait le gouvernement Michel avec le report de l’âge de la pension à 67 ans : chaque travailleur va cotiser plus longtemps et touchera sa pension moins longtemps. Le compte n’est pas bon : nous paierons plus pour toucher moins. C’est aussi ce qu’a fait la Ministre De Block : alors que la population augmente, le budget des hôpitaux a été réduit de 200 millions d’euros. Cela se traduit par un manque dramatique de personnel dans les hôpitaux, el flicage des accidentés du travail, etc. Quant à la diminution du remboursement des antibiotiques, elle coûte 40 millions de plus par an aux malades.
Pour les pensions, on accuse le « vieillissement de la population », pour les antibiotiques on accuse les malades de surconsommer. En réalité, le problème n’est pas là, mais uniquement dans le fait que les charges patronales sont réduites sans cesse.
Récemment, la Banque nationale a publié son rapport, dans lequel elle a dû admettre que ces politiques de réduction des charges n’ont jamais créé un seul emploi : les patrons empochent les réductions et n’embauchent pas. Au contraire, ils licencient !
Contrairement à ce que les trois syndicats affirment, la sécurité sociale n’est pas un acquis des travailleurs, il n’y a jamais eu de lutte pour l’obtenir. C’est l’État qui a pris cela en charge après la deuxième guerre mondiale dans le contexte du « pacte social » négocié entre le patronat et les syndicats. A l’époque, le patronat craignait que la fin de la guerre donne lieu à des troubles sociaux. Il souhaitait donc garantir une forme de stabilité. C’est pour cela que l’État a été chargé de centraliser les assurances et mutuelles qui existaient déjà, et de généraliser le système aux travailleurs qui n’en bénéficiaient pas encore.
Il n’y eut ni lutte, ni conquête. La Sécurité sociale fut, pour la bourgeoisie, le prix à payer pour la paix sociale, c’est-à-dire pour que l’économie soit reconstruite, redémarre, en faisant travailler la classe ouvrière au moindre coût. La Sécurité sociale était, comme les assurances sociales de l’époque, financée par des prélèvements sur les salaires, pas sur les profits.
Depuis, l’État pille petit à petit la sécu au bénéfice des patrons et ce sont les travailleurs qui en paient le bilan catastrophique. Alors, oui, il est important de lutter contre ce pillage et de défendre la Sécurité sociale car ce sont les salaires que nous défendons ainsi.
Mais pour lutter contre l’insécurité sociale que fabrique chaque jour le système capitaliste, il faudra le renverser.

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