Prolétaires de tous les pays, unissez-vous

Le 18 janvier dernier, le Parti Socialiste a exclu Emir Kir, le bourgmestre de Saint-Josse.
Des militants du PS s’étaient en effet émus que les idées de Kir et ses relations avec des maires turcs membres du parti turc d’extrême-droite MHP soient en opposition avec les quelques principes que le PS continue à défendre.
Par opportunisme, le PS a placé sur ses listes des candidats de diverses origines, turque, marocaine ou congolaise, pour attirer les voix des électeurs de ces communautés, en entretenant l’idée fausse que les travailleurs seraient mieux défendus par quelqu’un venu du même pays ou de la même région qu’eux.
Tout cela n’est ni nouveau, ni propre au parti socialiste, la classe politique n’a pas attendu qu’il y ait des communautés étrangères pour développer cette politique. L’argument régionaliste a, par exemple, été utilisé tant au Nord qu’au Sud du pays pour faire croire que les travailleurs seraient mieux défendus en Wallonie par des politiciens wallons, et réciproquement en Flandre.
Il y a longtemps que le PS ne défend plus aucune des idées de la lutte des classes et cherche encore moins à les populariser auprès de son électorat. Il doit néanmoins entretenir son image de parti censé défendre les couches populaires alors, de temps en temps, comme ce qui vient de se passer avec Kir, les compromis passés avec des politiciens arrivistes lui font une mauvaise publicité et il doit revenir en arrière.
Ce que l’histoire montre, c’est que les politiciens bourgeois ne défendent jamais les travailleurs, ils défendent la bourgeoisie. Cela est vrai pour les politiciens d’origine belge et ce n’est pas différent pour les politiciens d’origine étrangère. Dans chaque pays, il y des travailleurs et des bourgeois, des exploiteurs et des exploités. Poser la question en termes d’origine, de religion ou de nationalité, c’est occulter la division de la société en classes sociales.
Certes, il est compréhensible que des populations immigrées de fraîche date cherchent à se regrouper auprès des premiers arrivés, ne serait-ce qu’en raison de leur communauté de langue et pour s’entraider face à un contexte hostile. Mais cela mène à un émiettement de la classe ouvrière dont le patronat est le premier à profiter : déjà au 19ème siècle, Marx et Engels constataient que la domination de la bourgeoisie n’est fondée que sur la concurrence des ouvriers entre eux, sur la division à l’infini du prolétariat, sur la possibilité d’opposer entre elles les diverses catégories d’ouvriers.
Face à cela, le mouvement ouvrier du siècle passé a tenté de surmonter les barrières de la langue, de la religion et de l’origine pour unir les travailleurs. Pour ces générations de travailleurs, l’intégration ne signifiait pas de s’identifier à une « nation belge » dépassée ni de renoncer à sa culture, mais de s’intégrer dans la classe des travailleurs, pour défendre ensemble les salaires, les emplois et, pourquoi pas, un autre avenir.
Cette lutte pour l’unité de la classe ouvrière s’est heurtée à tous les préjugés hérités du passé mais elle a donné lieu à de grandes luttes sociales où les travailleurs se sont retrouvés côte à côte, toutes origines confondues. Depuis lors, les partis dits « de gauche » se sont complètement ralliés au capitalisme et n’ont rien fait contre le chômage et la pauvreté. Ils ont repris le discours général anti-immigration, certes sous une forme « adoucie », mais qui sous-entend que les problèmes des travailleurs viendraient de leurs frères de classe d’origine étrangère, alors qu’en réalité ils sont le résultat de la course au profit menée par les capitalistes.
L’aggravation de la situation économique des travailleurs, combinée avec le recul des idées révolutionnaires, les laisse isolés et sans espoir. Lorsque le sentiment d’appartenir à une même classe sociale s’affaiblit ainsi, cela ouvre la porte à toutes sortes de démagogues qui s’appuient les uns sur le nationalisme, les autres sur le racisme ou la religion. Les Trump, Le Pen, Erdogan, Netanyahou et autres De Wever ont en commun les mêmes idées réactionnaires qui ne peuvent que diviser et affaiblir les travailleurs pour le plus grand bénéfice des bourgeois.
Les travailleurs de toutes origines n’ont rien à attendre des politiciens bourgeois, rien à espérer des divisions nationalistes ou religieuses. En revanche, ils ont tout intérêt à mettre de côté leurs différences et s’appuyer sur ce qu’ils ont en commun pour lutter ensemble pour leurs droits et contre cette société capitaliste.
La devise « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous » n’a jamais autant été d’actualité !

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