Travailleurs européens et réfugiés, une seule classe ouvrière !

Depuis le début de l’année, des centaines de milliers de réfugiés tentent au péril de leur vie de rejoindre l’Europe par la mer et les routes. Les 52 personnes retrouvées asphyxiées dans la cale d’une embarcation en Méditerranée et les 71 cadavres découverts dans un camion sur une autoroute autrichienne viennent récemment alourdir le bilan des milliers de réfugiés morts en 2015. L’extension et l’aggravation de la guerre au Moyen-Orient mais aussi de la pauvreté et de la violence en Afrique ont provoqué une explosion du nombre de candidats réfugiés depuis le printemps.
En réaction, de nombreux dirigeants européens, de droite comme de gauche, ont multiplié les obstacles, les mesures répressives et les discours populistes présentant les réfugiés comme une menace, une source d’accroissement du chômage et de la criminalité. En Hongrie, le gouvernement du nationaliste réactionnaire Viktor Orbán construit depuis juillet un mur hérissé de barbelés et de lames de rasoir le long de la frontière avec la Serbie. En Grèce, des centaines de familles sont entassées dans des stades ou des bâtiments abandonnés, souvent sans nourriture, ni eau, ni électricité. Les gouvernements français et anglais ont signé un accord en août pour compléter le dispositif répressif existant à Calais par des projecteurs, des détecteurs à infrarouge et plus d’un millier de policiers et gendarmes. La Commission européenne a décidé cet été de débloquer une aide de 2,4 milliards d’euros sur six ans ; mais ces aides aux États serviront bien plus à renforcer les barrières qu’à accueillir et soulager les réfugiés.
En Belgique, le nationaliste d’extrême-droite, Bart De Wever, présente les migrants comme des « profiteurs » et plaide pour un statut social particulier du réfugié qu’il résume en trois expressions : « un lit, un bain et du pain ». Reprenant les thèmes nauséabonds du Vlaams Belang, le leader de la N-VA prône le contrôle aux frontières et le refoulement des réfugiés. Et en bon représentant de la bourgeoisie belge, il demande que les autres États européens prennent en charge plus de réfugiés ; alors que lui, son parti et le reste du gouvernement refusent la répartition contraignante proposée par la Commission en juin.
Mais la gauche n’est pas beaucoup moins méprisante. Sous la pression des événements, le secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration de la N-VA, Théo Francken, qui avait fermé 6000 places d’accueil en deux ans, a obtenu du gouvernement de pouvoir réquisitionner des bâtiments, dont la caserne de Tournai. Les bourgmestres en titre et faisant fonction de cette ville, Rudy Demotte et Paul-Olivier Delannois, tous deux du PS, s’y sont opposés avec virulence dans la presse. Ce dernier parlant de « sentiment d’insécurité » et de « racisme » qui seraient provoqués par la concentration de réfugiés.
Qu’on ne puisse pas « accueillir toute la misère du monde » est un mensonge bien hypocrite de la bourgeoisie. D’abord, la majorité des millions de réfugiés fuyant la violence et la misère, se réfugient dans des pays comme le Liban ou la Lybie, deux fois moins peuplés et dix fois moins riches que la Belgique. Ensuite, les sommes dépensées pour l’accueil des réfugiés sont faibles. Le budget de l’Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile s’élève à environ 300 millions d’euros par an. C’est à peu près le coût annuel d’entretien des 40 nouveaux avions de chasse dont l’armée belge veut se doter. Or, finalement, ce sont bien les interventions militaires des puissances impérialistes qui engendrent la barbarie et maintiennent le Moyen-Orient et l’Afrique dans les griffes de grands groupes capitalistes comme BNP Paribas.
Quant au chômage, ces mêmes capitalistes n’ont pas attendu l’afflux de réfugiés pour multiplier les licenciements collectifs de milliers de travailleurs comme Delhaize. La guerre et la misère dans les pays sous-développés, le chômage et la pauvreté dans les pays impérialistes ne sont que deux faces d’un même système capitaliste barbare et décadent.
Les populations expropriées, chassées ont toujours migré vers les centres industriels pour chercher du travail. Les travailleurs sont tous des émigrés, ils n’ont pas de patrie. Nous avons intérêt à refuser la démagogie et les divisions dressées entre les peuples. Demain, une grande partie des migrants rejoindront le monde du travail et ses luttes pour mettre fin à l’exploitation et à l’injustice.

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