Le business de la démocratie

Le mois dernier, à la suite des révélations d’un lanceur d’alerte, est apparu au grand jour ce dont tout le monde se doutait déjà : le géant américain des réseaux sociaux, Facebook, vend les données de ses utilisateurs aux plus offrants.
Tant que cela se limitait à des firmes publicitaires, cela ne choquait apparemment pas grand monde. Mais là, il s’avère que les données ont été utilisées pour tenter de manipuler les élections de 2016 aux États-Unis ainsi que le référendum du Brexit. On parle là des données privées de plus de 50 millions de personnes, qui été ont utilisées pour établir des profils psychologiques d’électeurs potentiels et ensuite les inonder de messages électoraux ciblés.
Des soi-disant « études sociologiques » ont servi de couverture à ces activités, financées à la fois par un milliardaire américain et par le gouvernement russe. Les données ont atterri dans les ordinateurs de la société Cambridge Analytica, dont le vice-président n’était autre que le sulfureux politicien d’extrême droite, Steve Bannon, par ailleurs conseiller de Trump.
Du coup, une partie de la presse et des politiciens de l’autre bord ont crié au scandale. Les élections étaient truquées, les électeurs manipulés et tant Trump que le Brexit devenaient illégitimes.
Il n’y a pourtant rien là de bien nouveau. L’ensemble des partis politiques dépensent des montants faramineux pour payer des sondages d’opinion. Depuis que la démocratie moderne existe, les partis de droite comme de gauche rivalisent de discours faciles et de promesses illusoires pour convaincre les « électeurs » de voter pour eux, tout en sachant très bien que les seules promesses qu’ils tiendront sont celles qu’ils ont faites aux riches et aux puissants. La seule différence est que Cambridge Analytica a été un pas plus loin que les techniques artisanales du marketing politique, en réutilisant pour la politique les méthodes modernes du marketing commercial.
On peut trouver cela choquant et inapproprié. Mais ceux qui s’indignent ont une indignation sélective. Ils ne trouvent en général pas choquant que les travailleurs soient soumis en permanence à du matraquage commercial, que les données de toutes sortes soient utilisées pour profiter de leurs faiblesses, de leurs besoins afin de les faire consommer plus.
Et puis, les politiciens et les journalistes qui s’indignent de la manipulation électorale prennent les électeurs pour des idiots, des têtes vides qui vont voter en fonction de ce que le plus malin arrivera à leur fourrer dans le crâne. Mais si Trump a été élu, si le Brexit l’a emporté, c’est pour des raisons plus profondes : les couches populaires sont de plus en plus écrasées, le niveau de vie de la majorité baisse tandis que la richesse de la minorité augmente de façon hallucinante. Partout, les travailleurs ont vu se succéder au pouvoir des politiciens qui promettent des lendemains qui chantent mais mènent des politiques d’austérité qui ne font qu’aggraver le désespoir et la colère. On ne peut dès lors pas s’étonner qu’ils désertent les élections et laissent le champ libre aux « populistes » tels que Trump aux États-Unis, Johnson en Angleterre, Le Pen en France, etc.
Ces populistes cultivent la colère et la haine des uns contre les autres, des blancs contre les noirs, des européens contre les musulmans ; ils prétendent être contre le « système » mais ils servent le capitalisme comme les autres politiciens. Leur base électorale, c’est la petite bourgeoisie, les « classes moyennes » qui sont elles-mêmes tirées vers le bas par les crises économiques et qui enragent de se retrouver au niveau des travailleurs qu’elles méprisent.
Les politiciens qui se drapent dans les principes démocratiques pour blâmer les manipulations électorales voudraient en réalité le beurre et l’argent du beurre : que les travailleurs subissent les ravages de l’économie capitaliste tout en continuant à voter pour eux qui représentent les profiteurs !
Ce ne ne sont donc ni un complot, ni une manipulation qui ont donné la victoire à Trump et autres Brexiters. C’est l’incapacité totale du capitalisme à offrir quoi que ce soit aux travailleurs, car il a un besoin vital de les maintenir dans la pauvreté et la précarité pour pouvoir les exploiter.
C’est pourquoi il est plus que jamais nécessaire que les travailleurs mènent leur propre politique, avec leurs propres organisations, pour renverser le capitalisme et le remplacer par une société dirigée par la majorité pour le bien général et de façon réellement démocratique : le communisme.

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