Impérialisme et nationalisme relancent la guerre en Syrie

L’annonce par Trump du retrait des forces américaines du nord de la Syrie a donné le feu vert à une invasion par la Turquie de cette zone frontalière, essentiellement peuplée par des Kurdes. Alors que les combats avaient en grande partie cessé en Syrie, cette intervention ouvre un nouveau front, avec son lot de massacres et de misère pour les populations locales, forcées de fuir sous les bombardements des canons et des avions turcs. Cent mille réfugiés ont déjà dû s’enfuir. Une fois de plus, les calculs politiques des puissances impérialistes vont mettre la région à feu et à sang.
Les Kurdes sont répartis sur plusieurs pays, la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie. En Irak, ils disposent d’une certaine autonomie régionale mais dans les autres pays, ils sont privés de tous droits et opprimés. Pendant la guerre qui a opposé l’État syrien aux milices regroupées sous la bannière de l’organisation État Islamique (EI), les Kurdes de Syrie se sont engagés aux côtés de la coalition dirigée par les États-Unis et ont contribué à sa victoire. C’est ce qui leur a permis de prendre de fait le contrôle de la région autonome du Rojava, à majorité kurde et aujourd’hui attaquée par la Turquie.
Or, en même temps qu’ils s’appuyaient sur les milices kurdes syriennes contre l’EI, les États-Unis étaient alliés à la Turquie dont le président, Erdoğan, mène une politique corrompue qui ne bénéficie qu’à ses riches amis et qui est de plus en plus remise en cause par les travailleurs turcs. Depuis toujours, Erdoğan utilise l’arme du nationalisme afin de détourner l’attention de la population turque des problèmes économiques et pour tenter de la rassembler derrière son combat contre le « terrorisme kurde ».
Pour éviter un conflit entre ses alliés turcs et kurdes, les États-Unis avaient posté des soldats américains dans une zone tampon au nord de la Syrie. En retirant ces troupes, Trump a livré les Kurdes, soldats comme civils, à l’armée turque.
Pour les Kurdes, c’est une trahison et ce n’est pas la première. En 1991 déjà, lors de l’invasion du Koweït, les États-Unis avaient appelé les Irakiens à se soulever contre Saddam Hussein, mais quand les Kurdes l’ont fait, ils se sont retrouvés seuls et les dirigeants américains ont laissé Saddam les réprimer dans le sang.
Aujourd’hui, alors que la bataille contre l’EI semble gagnée, les États-Unis privilégient l’alliance avec la puissance économique et militaire de la Turquie. Cela pèse bien plus aux yeux de Trump que le droit des Kurdes à l’autodétermination.
En signe de protestation, certains pays européens ont décrété un embargo sur les exportations d’armes vers la Turquie. Une partie des politiciens américains, y compris dans le Parti républicain de Trump, ont poussé à des sanctions contre la Turquie. Évidemment, ce n’est ni pour des raisons humanitaires, ni pour les droits des Kurdes. Ce qui les gêne, c’est qu’en quittant la zone, Trump laisse le champ libre à la Russie et à la Syrie dans une zone stratégique du point de vue pétrolier. En outre, la folie nationaliste et meurtrière d’Erdoğan risque de remettre le feu aux poudres de façon incontrôlable, voire même de remettre l’EI en selle.
Néanmoins, les réactions des uns et des autres, y compris celle des Nations Unies, sont bien timides et se limitent le plus souvent à de grandes déclarations de principe ou à des demandes polies à Erdoğan pour « qu’il n’exagère pas ».
Ce qui détermine la politique des pays impérialistes, ce ne sont pas les valeurs morales, mais leurs intérêts économiques. Les guerres en Palestine, en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Bosnie ont toutes été le reflet de la concurrence des superpuissances – USA, Russie et Europe – pour le contrôle économique ou militaire de ces régions. Aucune d’entre elles n’a jamais hésité à allumer un incendie si cela pouvait ébranler le pouvoir de l’autre. Les peuples dans tout ça ne sont que des pions et les familles décimées, séparées, réfugiées, ne sont que des dommages collatéraux.
Ces Trump et ces Erdoğan de tous bords veulent jeter les peuples les uns contre les autres dans une guerre fratricide. Ce nationalisme est un poison pour les travailleurs, qui les détourne de leur ennemi commun, le capitalisme, car c’est au bout du compte lui qui engendre la misère et la guerre. C’est pourquoi Marx disait déjà il y a deux siècles : « Travailleurs de tous les pays, unissez-vous ».

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