Afghanistan: un chaos dont l’impérialisme est responsable

On ne peut être qu’écœuré et révolté par les images venant d’Afghanistan. La débâcle de l’armée américaine et du régime qu’elle soutenait a entraîné un vent de panique dans la population à Kaboul. Des milliers d’Afghans ont foncé vers l’aéroport pour tenter de fuir dès qu’ils ont appris l’arrivée des talibans. Mais une fois sur place, les soldats américains se sont opposés à leur accès à l’aéroport, en faisant plusieurs morts, victimes de balles ou écrasés dans la bousculade. L’armée américaine a abandonné ceux sur lesquels elle s’était appuyée pendant des années, mais aussi tous ceux qui craignent la dictature infâme des talibans, et les a empêchés de monter dans ses avions.

Contrairement à ce qu’ont continuellement affirmé les dirigeants des grandes puissances, les vingt ans de guerre et d’occupation militaire n’ont pas fait reculer le terrorisme et la barbarie. Au contraire, les talibans semblent plus forts que jamais. Quant au terrorisme, en vingt ans il s’est répandu sur la planète, alimenté par la misère que les grandes puissances imposent à la population mondiale et les guerres qu’elles mènent partout.

 Les milices islamistes afghanes ont été financées et armées par les Américains et leurs alliés à la fin des années 1970 pour affaiblir le régime afghan alors soutenu par l’Union soviétique. Tenue en échec, l’armée de Moscou dut quitter le pays. Dix ans plus tard, les milices ont fini par prendre Kaboul. Leur pouvoir, qualifié de démocratique par les puissances occidentales, s’intitulait crûment « gouvernement islamiste ». Une guerre civile entre factions islamistes rivales vit la victoire des talibans, les mieux armés… par les Américains et leurs alliés ! Les femmes furent aussitôt chassées de leurs emplois et enfermées sous leur burqa. Le pays tout entier fut soumis aux lois rétrogrades des intégristes. Il y eut bien quelques commentaires désolés, mais aucun État ne leva le petit doigt.

Après l’attentat du 11 septembre 2001, revendiqué par Al Qaïda, le gouvernement américain chercha à rappeler que les États-Unis sont le gendarme du monde. Les talibans et leur régime furent accusés d’abriter les terroristes et l’Afghanistan fut envahi par les armées des États-Unis et de leurs alliés. La propagande coula à flot pour convaincre que cette guerre allait donner des droits aux femmes afghanes, allait apporter la civilisation dans ce pays, les hôpitaux et les routes à venir, la sécurité pour tous, etc.

En fait, le peuple afghan connut vingt années supplémentaires de guerre, les bombardements de terreur, les déplacements de population, les internements, la torture. La population n’a pas vu la couleur des centaines de milliards de dollars censés tirer le pays du sous-développement. Les puissances d’occupation ont dépensé bien plus pour leurs besoins militaires sur place que pour la santé ou l’éducation dans le pays. En guise de développement, ce fut surtout celui de la corruption. Et elle n’a pas profité qu’aux margoulins locaux, mais plus encore aux capitalistes américains. Le régime mis en place par les Américains, sur la base de la misère persistante et de la corruption, ne pouvait qu’être rejeté par la population. La rapidité avec laquelle les talibans sont revenus au pouvoir, avant même que l’armée américaine ait quitté le pays, le montre.

Le sort que les États impérialistes font subir à l’Afghanistan donne l’image du monde qu’ils nous imposent. Quant aux dirigeants européens, ils se sont empressés d’agiter le spectre d’une nouvelle vague migratoire qu’il faudrait stopper. 

Aucune frontière n’arrêtera ces êtres humains qui fuient la mort et veulent sauver leur vie et celle de leurs enfants. Un point de vue humain élémentaire voudrait qu’ils puissent s’installer là où ils le souhaitent et rejoindre des amis ou des membres de leur famille qui ont déjà émigré. Mais les dirigeants préfèrent utiliser les migrants comme des boucs émissaires contre lesquels détourner le mécontentement.

Ils vont chercher à diviser encore plus les travailleurs, en stigmatisant ceux qui viennent d’Afghanistan, mais aussi tous ceux qui sont originaires de régions arabes, turques ou en général de religion musulmane. Alors, il ne faut pas que les travailleurs se laissent abuser ni se trompent d’adversaires.

Tout cela ne pourra cesser qu’avec le renversement du capitalisme sur la planète entière, aussi lointaine que puisse paraître cette perspective.

La première condition pour que cet espoir devienne réalité est que nous, travailleurs des pays riches, refusions toute forme de solidarité avec le capital, son armée, ses expéditions militaires et ses mensonges à prétention humanitaire.

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