La lutte sociale est notre seule arme

Le 23 octobre dernier, une malade est décédée suite au retard d’un médecin qui avait été pris dans un embouteillage dû au blocage de l’autoroute E40 par des travailleurs en grève.
L’hôpital a porté plainte pour masquer sa propre désorganisation et faire porter la responsabilité de cet accident sur les grévistes.
Les politiciens, la presse et les médias se sont emparés de l’affaire et déchaînés contre les grévistes et la FGTB, traités d’assassins irresponsables.
Il s’agit évidemment d’une manipulation grossière qui cherche à déconsidérer l’action de travailleurs légitimement en colère contre les mesures insupportables du gouvernement contre les couches populaires.
La rage des médias est à sens unique. L’attaque de grévistes à un piquet à coups de barre de fer n’a pas suscité la même indignation. Et qui, à part la presse d’extrême-gauche, parle des morts quotidiennes dues à des accidents du travail, à l’empoisonnement de travailleurs par les produits toxiques qu’ils manipulent, aux suicides dus à la pression ou aux licenciements ? Sans compter les maladies et la perte d’espérance de vie liées aux conditions de travail ? Tout cela est considéré comme « normal », comme des dommages collatéraux acceptables du fonctionnement de cette économie basée sur la recherche du profit à tout prix.
La colère des travailleurs d’Air France qui ont malmené leurs patrons a donné lieu au même déchaînement médiatique. Ils ont été traités de voyous, puis arrêtés par la police comme des criminels, pour une chemise arrachée. Mais jamais la police n’a défoncé à l’aube la porte de ces patrons qui brisent des milliers de vies avec leurs plans de restructuration.
Pour les politiciens au service du patronat, et pour ces médias conformistes, ce qui est normal, c’est que les travailleurs acceptent tout en silence. Ce qui est pour eux inacceptable, c’est quand les travailleurs relèvent la tête et refusent le sort qu’on leur réserve.
Ce n’est là que l’expression du mépris des bourgeois et des médias serviles pour le monde du travail.
On retrouve ces mêmes discours anti-travailleurs à chaque grève, à chaque manifestation. Lorsque les cheminots étaient en grève la même semaine, les médias ont comme d’habitude mis en avant les navetteurs qui seraient « pris en otage ». Mais ils ne parlent pas du chantage et des pressions qui sont faites sur les cheminots dont les conditions de travail s’aggravent chaque jour un peu plus, faute de personnel et faute de moyens. Les médias cherchent à opposer les travailleurs les uns aux autres, les cheminots aux usagers, les manifestants aux automobilistes, alors qu’ils font partie d’une même classe sociale et qu’ils subissent les mêmes attaques. A chaque fois qu’un recul social est imposé à une catégorie de travailleurs, cela sert de prétexte pour l’imposer à tous les travailleurs, les uns après les autres.
Le décès de cette patiente tombe à pic pour le gouvernement qui préparait justement une loi qui, sous couvert de défendre la « liberté de se rendre à son travail », va en réalité porter un coup de plus au droit de grève. Cette tentative de limiter le droit de grève refait régulièrement surface, soit sous la forme d’un service minimum dans les transports, soit comme c’est le cas maintenant en interdisant plus ou moins ouvertement l’organisation de piquets de grève.
Cette expression même de « liberté de travailler » n’a aucun sens. Il n’y a ni liberté, ni « droit » au travail dans cette société capitaliste. Le travail est une nécessité vitale imposée à tous, sauf aux patrons bien sûr. Le patronat se réserve la liberté d’embaucher et de licencier qui bon lui semble, profitant de son pouvoir pour imposer des conditions draconiennes aux salariés. Et surtout, avec l’aide du gouvernement, il organise le chômage pour entretenir la concurrence entre les travailleurs.
Ce que veut le gouvernement, c’est empêcher les travailleurs de se défendre, les livrer pieds et poings liés au patronat. L’auteur de la loi, le MR Denis Ducarme, dit justement qu’il est pour « organiser paisiblement la concertation sociale ».
Ducarme, comme tous les politiciens et journalistes, opposent la concertation à la violence, le dialogue à la confrontation. Mais pour eux, le dialogue social se limite à contresigner les diktats du patronat. C’est une mascarade consistant à faire croire que les coups patronaux sont acceptés par les salariés.
La première des choses pour les travailleurs est de prendre la parole eux-mêmes, de ne pas laisser le gouvernement ou le patronat parler à leur place pour leur faire dire le contraire de ce qu’ils pensent. C’est de s’organiser et de se mobiliser le plus collectivement possible pour peser car, dans cette lutte de classe, on ne peut pas rester sans rendre les coups.

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