C’est dans les entreprises que le combat doit se mener

La journée d’action du 14 décembre contre la réforme des pensions et pour l’augmentation du pouvoir d’achat a été un franc succès. Les lignes des TEC en Wallonie et de De Lijn en Flandre étaient quasi totalement à l’arrêt, des zonings ont été bloqués ainsi que des centaines de grandes entreprises, aussi bien dans le secteur de la métallurgie que du textile, avec parfois 100% de grévistes. Des hôpitaux et des écoles se sont joints au mouvement. Des convois ont mené des actions escargot sur les routes tandis que d’autres actions étaient menées sur les ronds-points des centres-villes.
Isolés dans leur bulle, les politiciens et les médias avaient pour unique préoccupation les éternelles bisbilles politiciennes de la N-VA, du MR et des autres. Ils en viennent à considérer comme acquis que les travailleurs accepteront éternellement sans réagir à l’humiliation et aux privations qu’ils leur sont imposées.
L’histoire devraient leur avoir appris qu’ils ne doivent pas compter là-dessus. L’ampleur du mouvement a été bien au-delà des habituels bastions syndicaux. Les syndicats ont eux-mêmes reconnu qu’ils avaient été surpris par la volonté des travailleurs de faire grève.
Il est clair que le mouvement des gilets jaunes des semaines passées a donné envie à d’autres travailleurs d’entrer eux-aussi en lutte. Des grévistes racontent comment, au zoning de Courcelles par exemple, les piquets syndicaux cohabitaient avec ceux des gilets jaunes dans une ambiance fraternelle. Certains gilets rouges ou verts déclaraient d’ailleurs être gilets jaunes les autres jours ! C’est assez logique, car ils sont animés par la même volonté, celle de combattre la pauvreté grandissante des couches populaires.
Tous, travailleurs, chômeurs, pensionnés sont confrontés aux mêmes difficultés. Les fins de mois, les frais scolaires, les soins de santé réservés aux enfants, les privations permanentes, tout cela pèse toujours sur les mêmes. Certaines familles en sont réduites à compter sur l’aide des instituteurs pour nourrir les gamins à l’école. Un tel niveau de pauvreté dans un pays riche comme la Belgique, est une honte.
Le gouvernement Michel, non content de maintenir le blocage des salaires, y a ajouté des sauts d’index et surtout le report de l’âge de la retraite à 67 ans. Tout cela au nom de la dette de l’État, alors que cette dette vient principalement des cadeaux aux entreprises sous la forme de baisses successives des cotisations patronales. On en est au point où, selon les statistiques européennes officielles, la Belgique est le pays de la zone euro où le salaire a le moins augmenté et où les charges patronales ont le plus diminué.
La Belgique est candidate au titre de paradis des patrons et Michel voudrait gagner la course. Que cela provoque la colère des travailleurs est inévitable, la seule incertitude est quand.
L’étincelle des gilets jaunes a probablement aidé à la réussite du mouvement, mais elle n’explique pas tout. Chaque année il y a des grèves et des manifestations auxquelles les travailleurs répondent présents. Si le mouvement des gilets jaunes a pris cette ampleur, c’est justement parce qu’il est en partie composé de travailleurs plus déterminés à agir que leurs propres syndicats et qui ne se reconnaissent pas dans des structures syndicales qui n’organisent pas la lutte pour leurs revendications. Tous les travailleurs le savent et le disent : ce n’est pas en avec une manifestation par an qu’on peut forcer un gouvernement à céder quoi que ce soit.
L’organisation d’un micro rassemblement devant la FEB ce 14 décembre, au lieu d’une vraie manifestation, tout comme l’absence de mot d’ordre de grève à la SNCB, dans l’enseignement et à la Stib, montrent bien que les syndicats n’ont rien vu ou compris de la situation actuelle et en tout cas qu’ils ne sont pas prêts à organiser les grèves nécessaires. Alors, tant mieux si les travailleurs les ont surpris par leur détermination ce vendredi, et tant mieux si certains, en endossant un gilet jaune, ne les ont pas attendus pour agir !
Mais, les gilets jaunes se revendiquent d’être le Peuple et c’est là que le bât blesse. Car il n’y a pas de Peuple, il n’y a que des exploités et des exploiteurs. Le Peuple est un mot fourre-tout qui avait tout son sens au XVIIème siècle à l’époque de la Révolution française lorsqu’il représentait la population opposée à l’aristocratie, parasite au-dessus de la société. Le Peuple, c’est une communauté d’individus, aux intérêts divers voire contradictoires, réunis par leur opposition au pouvoir politique.
Nous ne sommes pas le Peuple, nous sommes la classe des travailleurs, la classe des exploités et nous sommes dans une guerre contre le grand capital, contre la classe des exploiteurs. Que ce soit pour gagner la bataille ou la guerre, il faudra que la lutte se mène dans les entreprises, là où nous sommes une force.

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