Le virus du profit continue de sévir

Voilà un an que la pandémie sévit dans le monde et, bien sûr, en Belgique aussi. Les premières réactions des gouvernements de la plupart des pays ont démontré le manque total de préparation face à une situation qui était néanmoins prévisible. Pas assez de masques, plus de place dans les hôpitaux et autant de conséquences d’une politique d’économies au détriment de la santé publique. La suite des décisions chaotiques, un confinement total suivi d’un déconfinement prématuré ont permis à une deuxième vague de se répandre. 

Depuis un an, les regards sont rivés sur les chiffres de la pandémie, le nombre de malades, d’hospitalisés, de morts. Tous les regards ? Pas vraiment. Le patronat, lui, n’a jamais quitté ses profits des yeux, la santé des affaires passe pour lui bien avant celle de la population.

Même les indépendants et les petits patrons de l’Horeca par exemple, ont bénéficié des aides de l’état. Certes, si le ministre des classes moyennes a veillé au grain, c’est par calcul politique afin de soigner l’électorat du MR. Ces mesures n’empêcheront pas que le café du coin ou la marchande de vélo ne mettent la clé sous la porte.

En revanche, les travailleurs n’ont rien vu venir. Le chômage économique profite surtout au patron et maintient à peine le salaire des travailleurs qui y ont droit. 

Les travailleurs n’ont pas reçu de prime, les chômeurs non plus et les travailleurs au noir, si appréciés des petits patrons, se sont retrouvés sans aucun revenu avec juste leurs yeux pour pleurer. Et si le personnel de santé s’est vu promettre quelques sous, les critères ne cessent de s’accumuler pour restreindre le nombre des bénéficiaires, comme dans le cas des infirmiers des prisons qui travaillent pourtant dans des endroits où les contaminations sont nombreuses et auxquels le gouvernement refuse la prime. 

Les actionnaires des grandes entreprises, eux, ont les moyens de voir venir. Le tourisme est à l’arrêt, mais la grande distribution, la pharmacie, la vente en ligne, le transport et l’agro-alimentaire se portent parfaitement bien, si pas mieux, sous le Covid. Le transport aérien des personnes est en chute libre, mais les marchandises circulent comme jamais auparavant. Les affaires, elles, n’ont jamais été confinées…

Ce sont pourtant ces patrons-là qui vont bénéficier des 4,9 milliards d’euros du plan de relance européen : cet argent ne va pas servir à embaucher des infirmières mais à financer des « investissements » sous le mauvais prétexte que quand l’économie va, alors tout irait bien pour les travailleurs aussi. En réalité, cet argent va juste grossir les bénéfices des actionnaires, comme avec tous les plans qui l’ont précédé.

Mais le sort réservé aux travailleurs ne fait jamais la une des journaux télévisés ! Or depuis le début de la pandémie, il y a une opposition entre les questions de santé publique et les questions économiques. Lors d’assemblées générales chez Carrefour, les travailleurs ont protesté contre le non-respect par la direction des mesures anti Covid. Il y a eu une journée d’arrêt de travail mais les CDD ont assuré l’ouverture. Ça gronde un peu partout, mais sans que cela ne débouche encore sur de vrais mouvements, même au niveau local d’une entreprise. Les syndicats se défendent d’ailleurs d’être pour quoique ce soit dans ce qu’ils appellent des « sautes d’humeur ». Comme d’habitude et sans surprise, il n’y a rien à attendre de la bureaucratie syndicale.

Bien sûr, on a parlé à juste titre du courage des travailleurs de la santé pendant la première vague. Mais depuis, le gouvernement n’a rien fait de sérieux pour alléger la pénibilité de leur travail. Tous les autres travailleurs qui ont dû continuer à aller travailler l’ont fait dans l’anonymat le plus complet. Ils ont été obligés de continuer à prendre des risques tandis que leurs patrons s’enfermaient bien à l’abri de leurs villas quatre façades pour discuter des plans de licenciements.

Solvay vient de licencier dans le monde entier, dont une centaine de travailleurs en Belgique ; à Tirlemont, Bosch licencie 400 travailleurs ; quelques jours plus tôt, Fedex avait annoncé 600 suppressions d’emplois à Liège. C’est le remerciement du patronat pour le dévouement des travailleurs. Le Covid a bon dos !

Le paradoxe est que le chômage augmente plus dans les communes riches que dans les communes pauvres ; pas parce qu’elles s’en sortent mieux, mais parce que les travailleurs pauvres sont plus vite exclus du système : pas d’Internet (30%), pas de mail (12%), pas de smartphone pour se connecter à Actiris. Dans une période comme celle-ci, où toutes les voies habituelles pour s’en sortir semblent bouchées, beaucoup de travailleurs décrochent et sombrent.

Encore et toujours, les travailleurs donnent tout et ne reçoivent rien. Pour que ça cesse, ils devront renverser ce système infecté jusqu’à l’os par le virus du profit.

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